Chroniques

Belgium "vs" Mafia

Les coulisses du pouvoir

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16 sept. 2022 à 06:47 - mise à jour 16 sept. 2022 à 11:05Temps de lecture2 min
Par Bertrand Henne

La Belgique tente enfin une réponse commune face à l’extension du crime organisé lié à la drogue. Le Premier ministre Alexander De Croo et quatorze bourgmestres de communes urbaines se sont réunis hier pour la première fois. ​La lutte contre la criminalité liée à la drogue ne répond pas seulement à des préoccupations sanitaires et sécuritaires, mais aussi démocratiques.

Alarme !

Suite à l’escalade de violence liée au trafic de cocaïne à Anvers cet été, Bart de Wever, tout régionaliste qu’il est, a demandé l’aide du fédéral. Débordé dans la guerre contre la drogue qu’il prétend mener, il a demandé un Conseil national de sécurité.

Le fédéral n’a pas accédé à sa demande, mais a organisé donc ce format original 14 bourgmestres des grandes villes, avec le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw et les ministres de l’intérieur, de la justice, de la santé. Beaucoup de monde, trop pour Bart de Wever qui aurait préféré qu’on se concentre sur Anvers et Bruxelles, les têtes du serpent, comme il dit.

Barnum

C’est un barnum pour les caméras de télévision. Mais derrière le barnum il y a un plan : stroomplan XXL.

Le fédéral a évidemment revendu des mesures déjà annoncées, comme le renforcement des effectifs de polices pour près de 300 millions d’euros, des douaniers afin de contrôler à terme 100% des conteneurs qui passent à Anvers, des procureurs en plus pour traquer les structures financières des mafias. Dans le tube il y a aussi un projet de loi permettant aux bourgmestres de fermer administrativement un commerce qui à un lien avec le trafic de drogue.

Le fédéral à aussi joint à son plan répressif un aspect santé ce qui est plus novateur. La loi drogue de 1921 va être modifiée pour permettre de donner un statut légal aux salles de consommation à moindre risque. Les soins psychiatriques vont être renforcés et un groupe de travail va se réunir pour suivre ces questions plusieurs fois par ans.

Démocratie

La question des drogues nous place face à des enjeux sanitaires (santé physique et mentale), des enjeux sécuritaires (violences au niveau des consommateurs, vendeurs et trafiquants), mais aussi, et on le sait moins, un enjeu démocratique.

Le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw le dit partout ou il va, le trafic de drogue, de cocaïne en particulier brasse des dizaines de milliards d’euros chaque année. Rien que la quantité saisie dans le dossier Sky ECC (90 tonnes) a une valeur marchande de 4.5 milliards d’euros. Et c’est une petite portion de ce qui passe à Anvers chaque année.

La circulation d’autant d’argent sale entraîne une augmentation de la corruption, qui gangrène les dockers, la police, la justice et la politique locale, prévient le procureur fédéral. En fait la criminalité organisée des mafias de la drogue s’installe à bas bruit comme un Etat dans l’Etat. Et ce n’est qu’un début. La Belgique petit Etat, divisé et un peu naïf est une cible idéale.

Il est à peu près certain que le Stroomplan XXL ne suffira pas à gagner cette guerre contre la drogue. Mais la prise de conscience des autorités semble être réelle. Comme disait Churchill dans une autre guerre : “Ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin. Mais, c’est peut-être la fin du commencement.”

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