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Belgian Pride : quand la culture gay façonne la pop culture

Belgian Pride : quand la culture gay façonne la pop culture
21 mai 2019 à 12:18 - mise à jour 21 mai 2019 à 12:184 min
Par RTBF La Première

Les rues de Bruxelles viennent d'accueillir la Pride Parade, cette grande marche festive qui revendique le droit à tout un chacun d’avoir sa place dans la société sans avoir à subir de discriminations. C'est l’occasion de voir comment, depuis plusieurs dizaines d’années et au départ des Etats-Unis, la culture gay a en partie façonné ce qu’on appelle la pop culture. Richard Mèmeteau, sociologue, nous dresse cette perspective historico-médiatique. Il est l'auteur du livre Pop Culture paru aux éditions La Découverte.

Pour Richard Mèmeteau, la pop culture est avant tout un geste de réappropriation des oeuvres par le public. Contrairement à la culture classique qui se définit par l'autorité d'un artiste, la pop culture abandonne sa validation au public, qui peut s'emparer des oeuvres, les réécrire, les reproduire lui-même.

Le père de la culture gay, Andy Warhol

Aux origines, Andy Warhol

Le premier grand personnage incontournable de la culture gay, aux origines de la pop culture, est Andy Warhol. 

La culture gay est d'abord une sensibilité. Andy Warhol est contemporain de la sensibilité 'Camp' (c'est à dire camper). « On est 'camp' quand on sait qu'on va être dans une situation équivoque : chaque élément de la culture majoritaire peut être réinterprété par la perspective d'une personne gay qui vivrait dans les années 60. Le terme est souvent défini comme l'art de l'équivoque. Andy Warhol se réapproprie la culture marchande, mais avec un petit décalage, une petite forme d'ironie, qui marquent sa perspective. »

Warhol est ainsi le père d'une certaine posture de la culture gay, il rend célèbres cette ironie, cette distance froide, cet humour. Il incarne la culture 'camp', au point que pour beaucoup d'artistes et de critiques de l'époque, le pop art était tout simplement un art gay.


Quand la culture gay sort des placards

La culture gay est une culture assez confidentielle au départ ; on parle d'une culture du placard. Dans les années 60-70, aux Etats-Unis, il existe des cercles LGBT, des clubs, des lieux assez fermés.  

Tout à coup, autour des années 60, les gays sont à l'avant-garde et donnent une clé pour vivre dans un monde consumériste. Il y a un lien entre la culture gay et l'émergence d'uns société de consommation. « Le gay, en investissant les marges, puisque la culture centrale lui est interdite, crée un bon goût du mauvais goût. Il s'intéresse à la mode, aux comédies musicales, à des choses qui resteraient sinon minoritaires », explique Richard Mèmeteau.

Le début de la culture gay était une sous-culture, une façon de réinterpréter et de pouvoir rire de la culture qui se prenait au sérieux. Après la lutte pour l'égalité des Noirs, les gays sortent du placard. Cela correspond à l'époque du sida, qui va venir bouleverser cette évolution des choses.

En sortant du placard, ils perdent une partie de leur ironie et la possibilité de parodier la culture majoritaire, puisqu'ils en font désormais partie. Aujourd'hui, ils vivent toujours dans cette tension.


Accepter d'être soi-même

Dans la téléréalité américaine, le Ru Paul Drag Race a pour devise : «  Si vous ne vous aimez pas vous-même, comment pourriez vous aimer quelqu'un d'autre ? ». Des femmes mal dans leur peau sont invitées à trouver la drag queen en elles, sous la houlette de Ru Paul qui est lui-même une drag queen. 

Pour Richard Mèmeteau, cette émission est très symbolique de ce qu'est aujourd'hui une certaine culture gay américaine démocratisée. 

Le coeur de la culture gay était de pouvoir retourner l'insulte, en affirmant : « Je suis fier de ce que vous pensez être un défaut ». Ru Paul livre des conseils pour aller mieux, pour s'aimer soi-même. Il tente de réconcilier tout le monde par le drag, le travestissement : on est tous nés tout nus, tout le reste est travestissement. C'est un élément central du 'camp' : tout ce qui paraît naturel est artificiel. On fait tous semblant, on joue tous. On n'a donc pas besoin de se prendre autant au sérieux, de se haïr les uns les autres. Puisque tout le reste est artificiel, on est tous à égalité. Ru Paul revendique une forme de légèreté.

Lady Gaga, avec Born this way, revendique elle aussi cette idée de s'accepter comme on est. Elle est un personnage pop par excellence, très gay-friendly, avec ses façons de drag queen et ses multiples travestissements. Elle a compris que pour réussir, il fallait vendre une identité : elle se présente comme un avatar pour ses fans. Elle partage sa célébrité avec eux et entretient son culte. Puis, avec l'album de la maturité, elle revient à ce qu'elle est vraiment, après avoir éprouvé les limites de sa recette.

 

Le retour des marges

Aujourd'hui, on assiste, avec Internet, à l'explosion des webséries LGBTQ, pensées par des personnes LGBTQ : The L World, et plus récemment la Théorie du Y à la RTBF, Les Engagés, Her Story... Ici on est dans la vraie vie. Pas de paillettes ni de drag queens, juste le quotidien des LGBTQ.

Au-delà des figures gay mainstream, très masculines, très spectaculaires et show business, on constate un retour des marges, de tous ceux qui ne sont pas représentés. La question chez les gays récemment, c'est l'intégration de la transsexualité, car tous ne sont pas capables d'accepter cette nouvelle différence, ou encore les différences raciales. Ces marges reviennent ainsi au devant de la scène.

Ecoutez ici Richard Mèmeteau.

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