Belgique

Belfius s’inquiète des finances wallonnes et voudrait limiter ses risques financiers

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13 sept. 2022 à 15:19 - mise à jour 13 sept. 2022 à 15:20Temps de lecture3 min
Par Jean-François Noulet, avec C. Defoy et Belga

Inquiet de la situation financière de la Wallonie et de l’issue des élections en 2024, le bancassureur Belfius chercherait à réduire le contrat caissier qui le lie à la Région depuis des années, relatent L’Echo et De Tijd mardi.

"Belfius voudrait revoir à la baisse son contrat caissier. C’est vrai que la Wallonie pèse lourd dans son portefeuille et la banque redoute d’être dégradée à son tour si les finances de la Wallonie se dégradent une nouvelle fois ou si le rating de la Wallonie est revu à la baisse", explique L’Echo, citant une source dans l’entourage gouvernemental.

Contactée, la banque reste discrète sur la question et confirme simplement que "des réflexions relatives aux conditions d’une prolongation éventuelle sont en cours".

Belfius s’inquiète également d’une éventuelle arrivée du PTB au pouvoir après les prochaines élections de 2024. "Aux yeux de Belfius, la montée du PTB représente un risque financier avec une crainte de voir la dette de la Wallonie poursuivre sa croissance. C’est un élément qui a été mis en avant par Belfius lors des discussions autour du renouvellement du contrat caissier", explique une source gouvernementale.

Quel est le rapport entre Belfius et la Région Wallonne ?

Tout remonte à 1860, date de la création du crédit communal qui devient l’interlocuteur financier principal des pouvoirs publics belges, d’abord les communes puis, d’autres niveaux de pouvoir, dont la Région wallonne. Entretemps, le crédit communal a été rebaptisé "Dexia" et est devenu "Belfius" en 2012 après la débâcle financière du groupe bancaire.

Auprès de Belfius, la Région Wallonne bénéficie d’un contrat appelé "contrat caissier" qui permet au gouvernement wallon de lever des fonds chez Belfius s’il ne trouve pas ce qu’il cherche sur les marchés financiers. Ce contrat donne également à la Région des facilités pour payer ses factures. La banque est donc un partenaire incontournable.

Quel est le problème aujourd’hui ?

L’heure est venue de renouveler le contrat caissier et des tractations sont en cours entre la Région et Belfius. Elles sont compliquées. De l’issue de ces négociations dépendront les marges de manœuvre financières du gouvernement wallon.

Actuellement, Belfius se méfie. La banque s’inquiète de l’endettement croissant de la Région wallonne et de la montée de l’extrême gauche qui, pense-t-elle, pourrait encore gonfler cette dette. Comme Belfius a placé beaucoup d’argent dans la Wallonie, elle craint que cela dégrade sa réputation sur les marchés internationaux. Une banque exposée à des crédits "à risque" recevrait une sorte de mauvais bulletin, une note dégradée de la part des agences de notation et aurait moins de facilités sur les marchés financiers internationaux.

C’est la raison pour laquelle Belfius chercherait actuellement à limiter le risque soit en diminuant les 3,25 milliards d’euros de facilités de caisse qu’elle accorde à la Région wallonne, soit en réduisant la durée du contrat pour qu’il n’aille pas au-delà de la fin de la législature.

Ces manœuvres n’étonnent pas particulièrement le gouvernement wallon et son ministre du Budget, Adrien Dolimont que nos équipes ont contacté. Le gouvernement wallon ne commentera cependant pas les demandes de Belfius pour ne pas mettre en péril les négociations en cours.

Les restrictions que Belfius voudrait imposer à la Région wallonne dans le cadre du futur contrat caissier ne devraient cependant pas mettre en péril les capacités de la Région d’honorer ses dettes et de payer ses factures ou son personnel. Là où cela pourrait compliquer les choses pour la Wallonie, c’est lors des opérations financières ou lorsqu’il faudra emprunter sur les marchés internationaux.

L’affaire fâche aussi le PTB qui dénonce l’emprise de la banque Belfius sur la politique. Il s’agit d’une "intervention totalement antidémocratique" de la banque, une forme de "chantage" et de "pression financière sur les pouvoirs publics pour obtenir le gouvernement qu’elle souhaite", a indiqué Raoul Hedebouw (PTB) dans un communiqué.

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