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Beaucoup de bruit autour des "variantes du coronavirus": pas dangereux, mais "il y a une part d'opportunisme politique"

04 janv. 2021 à 13:06 - mise à jour 04 janv. 2021 à 14:03Temps de lecture4 min
Par X.L.

Après la variante britannique, le variant anversois ? La presse flamande, reprise par le reste de la presse belge, s'est inquiétée ce dimanche d'une augmentation subite des cas dans trois communes de la province d'Anvers, à Duffel, Lier, et Wuustwezel.

Dans les deux premières, c'est lié à d'importants foyers dans des structures de soins résidentiels, dans la troisième à des contaminations familiales, qui ont fait augmenter le nombre de contaminations de 60% en une semaine. Une hypothèse émise par les bourgmestres de ces communes sur la VRT est que ce serait lié à une variante du virus, une explication à la mode pour justifier des hausses des contaminations.

Un variant, qui n'a rien à voir avec la fameuse souche britannique. Mais de quoi s'agit-il exactement? Et à quel point faut-il s'inquiéter? Nous avons posé ces questions à Eric Muraille, biologiste et spécialiste en immunologie de l'ULB.

Faut-il parler de souche, ou de variant ?

C'est un peu la même chose. On a identifié plus de 300.000 génomes du SARS-COV2, et identifié des centaines de variants présentant des mutations, mais très peu sont étudiées. On a tendance à parler de souche, et à lui donner un nom fixe quand elle suscite un intérêt particulier et a été caractérisée

Est-il inquiétant qu'il y ait autant de variantes différentes du virus?

Non, c’est normal pour un virus à ARN qui infecte autant de monde. C'est la première fois qu'on identifie autant de variants, parce que c'est la première fois qu'on séquence autant un virus. Le séquençage de masse s'est fortement démocratisé, et donc, en séquençant autant, on trouve beaucoup de variants et de mutations. Mais la majorité de ces mutations n'ont pas d'impact sur les capacités du virus à nous infecter, elles sont neutres. Certaines ont même un impact défavorable sur la transmission du virus, et le processus de sélection fait qu'elles vont disparaître.

Mais on dit des variantes B117 en Angleterre et D614G en Flandre qu'elles sont plus contagieuses, par contre!

Ce sont les mutations facilitant l’infection et la contagion qui vont être naturellement sélectionné durant une épidémie et vont progressivement devenir dominantes. Donc oui, la D614G (ce qui veut dire qu'à l'emplacement 614 le G a remplacé le D), ou G614, actuellement dominante dans le monde, est plus infectieuse et sans doute plus contagieuse que la souche originale de Wuhan. Dans le cas du variant anglais, il y a des indices épidémiologiques indirects qui le suggèrent aussi, ainsi que des études in vitro.

Qu’est ce qui le suggère?

Un des indices est qu'il est devenu dominant au Royaume-Uni, ce qui semble indiquer qu'il se transmet plus facilement que les autres variants. Il a aussi été repéré à plusieurs endroits hors du Royaume-Uni. Mais ce qui est atypique, c'est que ce variant présente un ENSEMBLE de mutations (ndlr: c'est pour ça qu'on évoque aussi à son sujet la mutation N501Y), qui pourraient interagir entre elles. Ces mutations auraient des effets sur le spicule, et on pense qu'ils renforcent sa capacité à infecter les cellules humaines. Le variant sud-africain présente certaines mutations identiques, mais pas toutes.

Est-ce inquiétant? Comment faut-il réagir?

Les études parlent d'une augmentation de transmission de 50 à 70%, ce qui, en pratique, pour la population ne change finalement pas grand-chose : les gestes-barrières et la distanciation sociale restent a priori efficaces, il faut les appliquer pour stopper sa transmission. 

Pourquoi en faire autant de bruit alors?

Au moment où on en a fait tant de bruit au Royaume-Uni, , il y avait sans doute une part d’opportunisme de la part des politiques, qui avaient tardé à prendre des mesures pour limiter la transmission. Mettre en avant ce nouveau variant qui se transmet plus facilement permet de justifier au public un durcissement des mesures.

Et pour la suspicion de variante flamande, alors?

C'est la même chose, il n'y a pas vraiment de raison de s'inquiéter. L'important reste de respecter les gestes-barrières. La principale inquiétude, ce serait d'avoir une spicule du virus qui ne serait plus reconnue par les vaccins Covid-19. Mais avec la technologie des vaccins à ARN messager, il serait en théorie assez facile d’adapter les vaccins en y incorporant les séquences des nouvelles mutation. Cela prendrait néanmoins un peu de temps. Un temps qui coûte des vies.

Ces variantes peuvent-elles entraîner une plus grande gravité de la maladie?

Aucune observation ne va en ce sens pour les variants actuels. On ne peut l’exclure formellement, mais, en général, c’est rarement le cas. Un variant qui occasionne une maladie plus grave ou des symptômes plus visibles se répand souvent moins vite et n’est donc pas sélectionnée. Sur le très long terme, on observe plus souvent une atténuation de la gravité des infections que l’inverse.

De quelles mutations faudrait-il avoir peur?

Peut-être de celles qui sont sélectionnées chez les animaux. C'est pour cela qu'on a pris d'importantes mesures par rapport aux troupeaux de visons. Parce qu'en se multipliant chez l'animal, surtout en condition d’élevage intensif, cela pourrait sélectionner des virus très différents de ceux qui sont sélectionnés chez l’humain, ce qui augmenterait la probabilité d’un échappement aux vaccins.

Comment pourra-t-on alors se débarrasser définitivement du virus?

On ne pourra pas. On peut parfois se débarrasser d’un virus émergeant quand on l’identifie très tôt et qu’on contrôle les foyers, comme on l'a fait en Chine, à Taiwan ou en Corée. Mais à présent, c'est trop tard, l’épidémie est mondiale. Et on ne se débarrasse jamais complètement d'un virus qui peut aussi utiliser les animaux comme réservoir potentiel. On peut juste espérer contrôler l’infection chez l’humain et éventuellement chez les animaux d’élevage avec des vaccins...

A condition que la couverture soit suffisante.

Oui. Pour contrôler le virus, il faut atteindre l’immunité collective, soit 65-70% d’immunité. En Belgique, il faudrait, vu le niveau d’immunité induite par l’infection naturelle, au minimum que 5 ou 6 millions de Belges soient vaccinés, ce qui sera difficile à atteindre. Mais si nous n’avons pas de mauvaises surprises avec le virus et qu’au moins 30 à 40% de la population est vaccinée pour la fin de l’été, surtout les groupes à risques, on peut déjà espérer réduire fortement les formes sévères de Covid-19, éviter de saturer les hôpitaux et passer le prochain hiver sans mesures de type confinement.

JT du 26/12/2020: Variants du covid en Grande-Bretagne et en afrique du Sud

Le point sur les variants du Covid en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud

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