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BD : ''L’Homme à la Tête de Lion''

L’Homme à la tête de lion

© xavier Coste

Parmi les nombreux titres de la rentrée, voici ''L’Homme à la Tête de Lion'', un roman graphique dont le titre évoque immédiatement des images de film en noir et blanc.

L’homme lion, c’est comme le garçon qui a arrêté de grandir, les sœurs siamoises ou la femme à quatre jambes : des noms liés à des spécificités physiques qui renvoient aux spectacles dont le public était friand fin 19è et début du 20è siècle. On les appelait des monstres. Le film ''Freaks - La Monstrueuse Parade'', en français - les avait scandaleusement immortalisés en 1932. Régulièrement, cette fascination pour la difformité ou pour les hommes et femmes hors-norme vient hanter les pages de romans ou de bandes dessinées. Le Français Xavier Coste qui s’est récemment illustré dans une transposition graphique bluffante du ''1984'' de George Orwell s’y essaie à son tour. Il nous propose un livre de plus de 200 pages autour du destin d’un de ces monstres de foire, Hector Bibrowski, repéré dans un cirque en France par un producteur de spectacle américain qui l’engage au triple du prix dans sa troupe. La pilosité d’Hector provoque fascination ou répulsion, mais ne laisse personne indifférent. A cause d’elle, il ne sait rien faire d’autre que se produire sur scène, dans un savant décalage lié à son érudition littéraire. Il déclame de la poésie tout en affichant son faciès d’une troublante bestialité.

On ne peut pas évoquer ces femmes et ces hommes que l’on appelait les ''freaks'' sans qu’il y ait une part de voyeurisme. Mais ce qui compte, c’est l’intention de l’auteur. Que veut-il dire ? Montrer ? Raconter ? Ici, clairement, il y a une frontière ténue entre le réel, l’historique même - puisque certains protagonistes ont existé -, et l’onirique, le fantastique ou le symbolique. Le traitement graphique de Xavier Coste en est la preuve. Sur de grandes pages carrées, il dessine des décors et des personnages souvent très réalistes, utilisant des trames grisées qui donnent un rendu presque géométrique au dessin. Mais il utilise des couleurs plutôt symboliques qui rappellent celles du cirque : rouge, or, bleu. Il passe de cases de dialogues entre des personnages sans aucun décor à des images fantasmées de lion occupant la double page. Le récit est sans cesse mouvant, il nous raconte la fin d’un monde. Ce monde, c’est celui du temps où l’extraordinaire et l’inexplicable se trouvaient au coin de la rue. On a beau trouver abjecte cette monstration de femmes et d’hommes difformes ou à tout le moins différents, on ne peut que s’interroger sur la perte d’une certaine crédulité qui va de pair avec la modernité.

On ne s’attache pas à L’Homme Lion. Il reste toujours en lisière d’humanité, par la place qu’on lui accorde mais aussi par le regard qu’il porte sur les choses. Mais il a une particularité, c’est d’être un véritable artiste refoulé. Esthète, amoureux de la littérature, il cache un peintre qui ne parvient pas à s’assumer, car il sait que quelle que soit la qualité de ses tableaux, on les reliera toujours à son apparence. Le livre est donc aussi l’histoire d’une quête, l’histoire d’une mue. Et une réflexion sur ce qu’est l’identité.

''L’Homme à la Tête de Lion'' de Xavier Coste, chez Sarbacane.

Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45,

l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

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