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BD : ''Le Ministre et la Joconde''

''Le Ministre et la Joconde''

© Bourhis, Bourgeron et Tanquerelle

On traverse l’Atlantique sur un paquebot. Direction : New York ! Décembre 1962. Le Ministre d’État emmène vers deux prestigieux musées américains le tableau le plus célèbre du monde : la Joconde. Mona Lisa sera prêtée à la National Gallery de Washington et au MOMA de New York, elle reviendra au Louvre en mars 1963.

Partant de ce fait réel, Hervé Bourhis et Franck Bourgeron, les deux scénaristes, ont tissé un récit rocambolesque qui prend ses distances avec l’Histoire pour verser dans la pure comédie. Il faut dire que les faits réels sont déjà hors-norme. Le tableau est in assurable et constitue un patrimoine national pour la France. Il est donc placé sous haute sécurité et escorté à la fois par la conservatrice du Louvre et par le ministre qui profite de la traversée pour peaufiner un discours hautement symbolique. Une traversée qui se fait sur le fleuron des chantiers navals français, le France, rendu célèbre par une chanson de Michel Sardou. 2 piscines, une consommation de 600 tonnes de fuel par jour pour 700 places, un décor de démesure. À partir de tous ces éléments, les scénaristes s’en sont donné à cœur joie pour proposer un huis clos aussi trépidant qu’hilarant.

A priori, l’histoire ne prête pas particulièrement à rire, mais elle a été transformée, amplifiée pour y parvenir. Le Ministre d’État qui accompagne la Joconde en Amérique, c’est André Malraux. Il sera le plus souvent appelé par sa fonction, parfois par son prénom, jamais par son nom. Et on comprend pourquoi. Hervé Bourhis et Franck Bourgeron en ont fait un personnage extraordinaire, confit d’importance et de narcissisme, pétri de mauvaise foi, dragueur, jaloux de la notoriété d’Herbert von Karajan également présent sur le France et surtout, complètement accro aux amphétamines. On est dans une grosse farce politique bien plus que dans l’évocation historique, un cran plus loin encore que Blain dans le fameux ''Quai d’Orsay'' inspiré du ministre Dominique de Villepin. Face à Malraux, les autres personnages ne sont pas en reste, mais sont plus là comme faire-valoir. Il y a un conseiller dépassé par les événements, des militaires qui ne font pas le poids, une conservatrice du Louvre à qui on a forcé la main pour embarquer son tableau le plus précieux dans une dangereuse expédition. Bref, une jolie brochette de personnages et une situation qui se prête aux quiproquos les plus divers, comme dans une pièce de Feydeau.

''Le Ministre et la Joconde'', c’est une comédie graphique, avant tout. Le dessinateur, Hervé Tanquerelle, qui est loin d’être un débutant, a pris le récit comme un réalisateur de cinéma. Le casting est parfait, chacun a la trogne de l’emploi et le jeu des personnages est au plus juste pour accentuer l’effet comique. Mais sans pour autant perdre la pointe de réalisme dans les décors qui restitue parfaitement l’ambiance des croisières transatlantiques. Le résultat, c’est un livre ébouriffant et irrévérencieux, qui se dévore d’une traite.

''Le Ministre et la Joconde'', de Bourhis, Bourgeron et Tanquerelle, chez Casterman

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