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BD : ''Aya de Yopougon'' T.7

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28 sept. 2022 à 14:39Temps de lecture3 min
Par Thierry BELLEFROID

L’heure est venue de parler bande dessinée avec Thierry Bellefroid. En guise de coup de cœur, cette semaine, nous allons à Abidjan, en Côté d’Ivoire, pour renouer avec une série qui n’avait plus connu de nouveauté depuis un moment, Thierry.

''Aya de Yopougon'', si ce nom vous dit quelque chose, c’est parce que cette série a connu un succès incroyable, dès sa sortie, en 2005, jusqu’à son développement en long-métrage d’animation, en 2013. Elle a conquis 800.00 lecteurs et est traduite en 15 langues ! Mais les six albums qui racontaient la vie d’une série de personnages d’un quartier populaire d’Abidjan s’étaient arrêtés il y a… douze ans ! Epuisés par le film qui avait suivi le sixième album, Marguerite Abouet, la scénariste et Clément Oubrerie, le dessinateur, avaient eu besoin de passer à autre chose. Le plaisir est revenu et voici donc le tome 7 ! On replonge dans cet univers avec une merveilleuse jubilation. Même ceux qui ne le connaîtraient pas peuvent prendre le train en marche, après avoir lu le petit résumé des principaux personnages en début de livre, comme on rentrerait au milieu d’une saison d’un soap-opera. Car c’est un soap, mais à l’africaine, et sous la forme d’une comédie sociale.

Aya, c’est une série qui aborde toutes les grandes questions modernes, mais sans avoir l’air d’y toucher. Derrière la bienveillance et l’humour qui président à l’écriture des scénarios, derrière la légèreté apparente des situations et leur traitement comique, il y a les thématiques de l’ascension sociale, du genre, du harcèlement, de l’exil, de la différence, ou de la régularisation des sans-papiers. Dans ce nouveau volume de près de 120 pages, on suit notamment les tribulations de Bintou, actrice à succès d’une série télévisée dans laquelle elle incarne une femme qui séduit les hommes mariés. Les spectateurs et spectatrices de la série la poursuivent dans la rue, l’insultent et même… la menacent. Car en Côte d’Ivoire, il est courant de ne pas dissocier le rôle joué à l’écran de la personne elle-même. Marguerite Abouet, scénariste d’''Aya de Yopougon'' qui écrit aussi pour la télévision ivoirienne, s’est donc tout simplement inspiré de ce qu’elle a vu sur place. Comme elle utilise les côtés les plus extrêmes du patriarcat pour construire certains personnages ou le manque de logements étudiants pour en plonger d’autres dans des situations burlesques.

Cette comédie a aussi une autre spécificité, c’est sa langue ! Lire ''Aya de Yopougon'', c’est se plonger dans une langue aux sonorités africaines. C’est un véritable exercice d’oralité que relève à chaque fois la scénariste. Les dialogues sont extraordinairement savoureux, truffés d’expressions locales – je vous rassure, il y a un lexique à la fin du livre -, et les proverbes, si courants en Afrique, ne sont pas en reste ! Cela rend la lecture parfois un peu plus compliquée, mais cela lui donne évidemment un côté bien plus authentique. Sans compter que Clément Oubrerie, bien que Français, connaît bien les quartiers qu’il dessine depuis près de vingt ans, maintenant. Léger, vivant et solaire, son dessin participe pleinement à la réussite de la série.

Aya de Yopougon, sept volumes parus chez Gallimard.

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Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

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