Bashing, connivence... la presse fait-elle son boulot?

Bashing, connivence... la presse fait-elle son boulot?

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19 févr. 2017 à 14:55 - mise à jour 19 févr. 2017 à 14:55Temps de lecture4 min
Par Jean-Claude Verset

65% des téléspectateurs de l’émission A Votre Avis estiment que la presse "fait le job". C’est dire s’il reste du monde à convaincre parmi ceux qui privilégient " l’information citoyenne" des réseaux sociaux et critiquent la "connivence" supposée entre les politiques et les médias. 

Mais après l’affaire Publifin, c’est plus encore de "bashing", d’acharnement médiatique, dont il est question. Richard Fournaux, bourgmestre de Dinant, longtemps épinglé par la presse et aujourd’hui blanchi de toute inculpation, dit en avoir beaucoup souffert: "C’est dur pour vous et pour vos proches. On n’en sort jamais indemne." Il souligne le nouveau caractère répétitif, le bashing de la presse : "Heureusement, en Belgique, on n’a pas encore de chaîne permanente comme BFM TV en France qui rabâche les oreilles avec la même information 24/24."

Autre "bon client" de la presse durant des décennies, Philippe Moureaux, ancien bourgmestre de Molenbeek, refuse de jeter l’anathème sur les médias:  "Je n’ai pas de problème particulier avec la presse. Quand on n’a pas la langue de bois, on est souvent sollicité. La presse en a beaucoup profité et on m’a reproché d’être dur avec des journalistes. Parfois j’ai exagéré, mais le nombre de fois que la presse a exagéré sur moi, c’est à multiplier par mille". 

Pour Thierry Dupiereux, rédacteur en chef des Editions de l’Avenir, la notion de neutralité renvoie au code de déontologie. "Les pressions sur la presse existent, mais l’essentiel est de rechercher la vérité en toute indépendance. Dans le cas de Publifin, il ne s’agit pas de bashing. A un moment donné, la presse est la cible d’attaques. "

"Je préfère le terme d’objectivité et de professionnalisme. Et donc d’honnêteté"

La neutralité et la présomption d’innocence ne sont-elles pas respectées? Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’Information à la RTBF s’en défend: " Le but est d’amener l’ensemble des éléments pour permettre à chacun de se forger une opinion. Des politiques n’aiment pas que l’on apporte des choses sur la tables et, à un moment, ne nous trouvent pas très neutres. "  Il cite le cas de la fédération liégeoise qui estimait que la presse n’était pas neutre car elle relayait les positions de ceux qui lui voulaient du tort. "Ce qui est paradoxal dans cette demande de neutralité totale est que pour cela il faut une grande diversité de médias. Or les journaux d’opinion qui se revendiquaient d’un parti ou d’un syndicat ont disparu faute de lecteurs. Je préfère le terme d’objectivité et de professionnalisme. Et donc d’honnêteté. "

Commet recréer la confiance entre l’opinion publique et les médias? Pour Eric Biérin, expert en communication le soupçon de connivence entre politique et journaliste existe dans la population. "On identifie deux publics différents, celui qui continue à se retourner vers les médias professionnels et l’autre qui ne se tourne plus que vers les réseaux sociaux. Ce sont les 18-24, les employés et les partisans d’extrême droite. Ceux-là s’informent d’abord sur les réseaux sociaux. La presse doit donc y être présente."

Une période de doutes à propos de tous les politiques et les journalistes

Mais le journalisme a aussi évolué assure Philippe Moureaux: "L’évolution est énorme depuis mes débuts en politique. Il y avait des journaux de contre-information. Il y avait un débat, mais il n’y a plus, aujourd’hui, que des grandes machines. On vit une crise de régime dans laquelle la population n’a plus confiance et peut ainsi accepter des choses incroyables sur le plan des libertés publiques et, aussi, une période de doutes à propos de tous les politiques et les journalistes".

La concurrence des réseaux sociaux

Pour en avoir souffert, Richard Fournaux assure avoir "pris énormément de recul sur ce qui se dit sur les réseaux sociaux. On y trouve de tout et cela ne concerne pas les journalistes". Pour le maître de Dinant, le fond du problème serait le manque de moyens donnés à la presse pour lui permettre de faire son boulot: "Même dans des groupes comme l’Avenir, le nombre de journalistes qui peuvent prendre le temps d’enquêter se réduit". "L'investigation coûte cher, dans un secteur qui a moins d’argent. Il faut dépasser le brouhaha des réseaux sociaux", renchérit Jean-Pierre Jacqmin. "Il faut une information vérifiée et crédible. Ne pas céder à l’information panique", analyse Thierry Dupiereux.

Des journalistes qui font leur boulot, intervient Jean-Pierre Jacqmin: "Le secret de l’instruction s’adresse aux policiers et à ceux qui mènent l’instruction, et pas au journaliste. Heureusement". Évoquant Fillon et Le Pen: "Les hommes et femmes politiques balaient parfois la presse qui est dérangeante pour s’adresser directement aux électeurs par les réseaux sociaux. Aux Etats-Unis il y a des campagnes bien orchestrées sur les réseaux sociaux pour amener les gens à penser certaines choses. "

Pourquoi tant de haine à l’égard de la presse?

Pour Eric Biérin, " certains n’ont d’autre choix que de mentir pour sauver leur peau, c’est le cas de Fillon qui contourne la presse. Trump, lui, déclare que les journalistes qui sont contre lui sont contre le peuple américain. C’est un mensonge d’Etat "... " Mais la situation en Belgique est loin d’en être là " relativise Richard Fournaux.

On peut avoir des amis dans la presse nom de dieu

Pour les téléspectateurs, c’est la neutralité qui poserait problème. Une idée que réfute Philippe Moureaux : " C’était plus facile naguère. On n’était pas accusé de faire de la manipulation. J’avais de liens d’amitié avec certains journalistes. On faisait la fête ensemble. J’ai été le seul ministre à n’avoir pas eu d’attaché de presse pendant tout un temps. Maintenant, certains ministres en ont trois. Et là, il peut y avoir de la connivence. Chacun a besoin de l’autre, mais les relations doivent être saines. On peut avoir des amis dans la presse nom de dieu".

De l’avis général, la presse souffre peut-être d’une trop grande distance par rapport aux gens. "On devrait retrouver une connivence avec les gens et remonter leurs informations vers le politique. Et la presse doit venir avec des solutions, en questionnant des experts qui expliquent comment changer la situation. La presse doit aider à trouver des solutions"

 

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