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Barrage d’Eupen : des pratiques nouvelles pour éviter les catastrophes

La réserve d’empotement est revue. Un volume deux fois plus grand est disponible en cas de fortes crues.
01 juil. 2022 à 09:41 - mise à jour 01 juil. 2022 à 13:00Temps de lecture2 min
Par Maxime Dumoulin

En province de Liège, on prend les leçons des inondations de juillet 2021. Les gestionnaires de barrages et les voies hydrauliques ont revu leur copie et implémentent de nouvelles méthodes. Le but : éviter que les barrages arrivent à saturation en cas de crues, comme ce fut le cas l’été dernier.

Vu de haut ou d’en bas, c’est un ouvrage colossal. Grâce à son mur, le barrage d’Eupen concentre artificiellement 25 millions de mètres cubes d’eau. Une réserve qui concentre trois missions : constituer une réserve d’eau potable, produire de l’hydroélectricité, et retenir les crues. Des missions qui peuvent s’opposer. En effet, si le barrage doit faire office de "bassin d’orage", il ne peut rester vide. Son objectif premier est en effet de tenir à disposition l’équivalent de 2 ans d’eau potable. Mais parfois, il faut bien relâcher des eaux.

Parfois, il faut lâcher les eaux

Le barrage d’Eupen, comme beaucoup d’autres, base son système d’écoulement sur 3 axes. Une canalisation qui active une turbine et permet la production d’hydroélectricité. Deux conduites de vidange qui peuvent restituer jusqu’à 35 m³/seconde chacune. Et puis il y a le trop-plein, cette espèce d’escalier pour géant qui longe le barrage et permet à l’eau de s’écouler sans déborder.

En juillet dernier, il a fallu faire usage de ce trop-plein sans quoi l’intégrité du barrage aurait été mise en péril. Mais pourquoi s’est-il rempli si vite ? Thibaut Mouzelard et l’inspecteur général (SPW) pour le département des voies hydrauliques de Liège et des barrages. Il explique : "On l’a vu, il faut sans cesse jouer entre une quantité d’eau minimum pour alimenter la région en eau potable, et une quantité d’eau maximale pour accueillir d’éventuelles crues. C’est ce qu’on appelle la réserve d’empotement. En juillet dernier, cette réserve respectait nos équations, nous avions suivi la procédure à la lettre. Mais notre équation n’avait pas pris en compte la quantité d’eau exceptionnelle qui est tombée à cette période, et nous avons dû faire usage du trop-plein", sans quoi le barrage aurait pu céder avec les conséquences catastrophiques que l’on ose à peine imaginer.

Un modèle mathématique poussé

Dorénavant, cette réserve d’empotement a été revue. De 2.800.000m³ disponibles, on est passés à 7.000.000m³, plus du double. "Le but", explique Thibaut Mouzelard, "c’est d’être extrêmement prévoyant pour ne plus vivre pareille situation. Mais c’est une mesure temporaire". En effet, à terme, un nouveau modèle mathématique prendra compte en direct des prévisions météo, du ruissellement des eaux dans le lac ainsi que du taux de saturation en eau des sols. "Cela nous donnera un modèle bien plus précis et nous permettra de parer à toute éventualité. Par ailleurs, les ingénieurs de garde ont doublé".

Autre mesure prise, l’optimisation de la concertation entre les cellules d’expertises. "Ce sont des réunions qui sont organisées par le centre de crise régional, et qui regroupent en fonction de la situation attendue, des experts de tel ou tel secteur et qui permettent de mettre autour de la table toutes les parties prenantes et tous les décideurs nécessaires pour réagir et anticiper le plus possible".

Un moment dur, humainement.

Thibaut Mouzelard espère ne plus revivre la situation de l’année dernière, tant pour la population que pour ses équipes :"Ça a été un moment assez intense et dur humainement pour pas mal de personnes qui se sont senties ciblées alors qu’elles faisaient leur travail, on espère pouvoir montrer les bienfaits que le barrage d’Eupen et les autres apportent à la population".

 

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