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#Balance ton bar : à Liège, les témoignages d’abus et d’agressions se succèdent et glacent

Le compte Instagram "Balance ton bar Liège" récolte les témoignages de victimes d’abus et d’agressions dans les bars liégeois.

© RTBF

10 nov. 2021 à 17:02Temps de lecture3 min
Par Chloé Hannon, Anne Poncelet, Mallaury Lenhertz et Michel Grétry

"On a commandé des bières. J’ai bu une gorgée et je suis allé danser. Ensuite, c’est le trou noir", "J’ai bu 2-3 verres. Le dernier m’a aspirée dans une amnésie complète", "Un garçon m’a agrippée à l’entrejambe, le barman a ri." Les récits se succèdent et glacent. Depuis plusieurs jours, un compte Instagram recense les témoignages de victimes d’abus à Liège. Un mouvement parti de Bruxelles avec le #balancetonbar.


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L’objectif de ce compte est de récolter des témoignages et de libérer la parole. Sur la page dédiée à la Cité Ardente, les publications pointent des situations d’abus et d’agressions, comme des drogues glissées dans les verres et ensuite ingurgitées contre volonté, des caresses déplacées, des agressions sexuelles. Les témoignages sont anonymes et datent parfois de plusieurs années. Le lieu, lui, est toujours spécifié.

Du GHB dans les verres des fêtard⸱e⸱s de Liège

La plupart de ces posts concernent le GHB, aussi connu sous le nom de "drogue du viol". "Ce sont des témoignages assez terrifiants parce que cette drogue provoque des états assez extrêmes d’incapacité de bouger, de parler et sont généralement suivis de blackout. On est assez surpris de voir que cette drogue circule encore beaucoup aujourd’hui dans les bars de la ville", commente un membre d’un collectif féministe liégeois.


►►► À lire aussi : Des "capotes de verre" contre le GHB, vraie solution ou fausse bonne idée ?


Se sentir piégée, vulnérable, en danger et totalement impuissante, c’est ce qui est arrivé à Sarah. Il y a trois ans, elle faisait la fête dans le carré. "Tout à coup, je me suis sentie mal. Je ne sentais plus mon corps, je n’arrivais plus à parler, je n’arrivais plus à bouger. J’étais tout à fait consciente de tout ce qui se passait autour de moi mais j’étais incapable de bouger ou de parler. Le garde du bar m’a sortie à l’extérieur sans se tracasser de comment ou pourquoi j’étais sortie comme une moins que rien. J’ai été amenée aux urgences et avec l’analyse de ma prise de sang, on a vu que c’était ça."

J’étais tout à fait consciente de tout ce qui se passait autour de moi mais j’étais incapable de bouger ou de parler.

Une intoxication qui aurait pu mal tourner mais heureusement, Sarah était bien entourée. Ses amis l’ont prise en charge et ont veillé à sa sécurité. Jusqu’aujourd’hui, la jeune femme n’avait que très peu évoqué cet épisode. Si elle témoigne maintenant, c’est pour prouver que ça n’arrive pas qu’aux autres, dans l’espoir de "permettre à certaines personnes de partager ce qu’elles ont vécu aussi."

Objectif : cartographier les zones problématiques de Liège

Libérer la parole mais aussi cibler les endroits dans lesquels ces agressions se déroulent. "Cette page est un outil pour cartographier les problèmes spécifiques à la ville de Liège", nous explique-t-on. Il faut dire que ces graves dérives ne datent pas d’hier. Avec le #meetoo, "on s’est rendu compte que les agressions sexuelles existaient à Liège mais qu’aucun outil n’existait ni pour prévenir ce genre de problème, ni pour les prendre en charge."

Aucun outil n’existait pour prévenir ce genre de problème, ni pour les prendre en charge.

Cette page s’inscrit dans une dynamique constructive, en commençant par cartographier les endroits, les clubs et les bars où abus et agressions sont perpétrés. Raison pour laquelle le nom du bar est spécifié sur chaque témoignage.

Boycott des bars

Toujours dans la lancée du mouvement bruxellois, le collectif féministe "Et ta sœur ?" appelle à boycotter les bars ce vendredi 12 novembre. "On décide de lancer ce boycott tout d’abord pour suivre le mouvement de Bruxelles, lui donner de la voix et essayer qu’il prenne de l’ampleur au-delà, parce que les agressions dans les clubs et les bars, ce n’est pas qu’à la capitale", développe une membre. D’autre part, le collectif estime que le boycott économique est le levier le plus efficace pour interpeller les acteurs sur monde de la nuit liégeois sur la question de la sécurité dans leurs établissements.

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#balancetonbar, une construction de la peur ?

Les témoignages s’empilent et visent principalement le Carré. Ils posent dès lors une question : ce compte participe-t-il à une "construction de la peur" ? Non, selon Caroline Wintgens, assistante à l’université, spécialiste des discours médiatiques. "L’insécurité dans l’espace public, notamment pour les minorités de genre, c’est une réalité, insiste-t-elle. Si le phénomène semble prendre de l’ampleur, c’est à la faveur des répercussions dans la presse, à la faveur d’une libération de la parole, mais elle peut être regardée comme une forme de résistance, car elle contribue surtout à transformer des peurs individuelles en une expérience collective, et donc, d’une certaine manière, c’est d’abord une forme de solidarité". De quoi nourrir les réflexions des pouvoirs publics.

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