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Avignon off LesDoms : "Combat avec l'ombre", d'après Bauchau, mise en scène de Frédéric Dussenne

Combat avec l'ombre H. Bauchau. mes F. Dussenne
24 juil. 2013 à 13:262 min
Par Christian Jade

Sur une scène quasi nue, un comédien-narrateur, Jérémie Siska, visage concentré, tourné vers l’intérieur,  confesse, à mots couverts, sa " drôle de guerre " à lui. Avec le chambranle d’une porte pour seul appui, il confesse son amitié amoureuse, pendant la guerre 40-45 pour Jérémie,  un jeune homme qui le trouble (alors qu’il est marié et père de famille). Attirance renforcée par son héroïsme,  puisque Jérémie s’engage dans la résistance et est  assassiné par un chef de la Gestapo, nommé ici curieusement Shadow (" ombre " en anglais). Un autre comédien, Emmanuel Gaillard, filmé en direct, sous toutes les coutures, incarne d’abord, muet, la beauté troublante d’un corps d’homme jeune, puis le bourreau Shadow, prenant la parole, dans un drôle de dialogue de disparus. Yannick Lubaku tient la caméra qui agrandit la tension du récit. C’est simple, superbement intériorisé par des acteurs, bien dirigés par Frédéric Dussenne, également responsable de l’adaptation théâtrale d’un roman /confession ;

Dans l’ombre de Bauchau.

F. Dussenne, n’est jamais meilleur que lorsqu’il aborde à sa manière, explicite mais feutrée, le thème de l’homosexualité, mettant en valeur la langue d’un auteur, le phrasé d’un texte, l’intimité des acteurs. Dans ce cas la confession à mots couverts, d’Henri Bauchau, un des grands écrivains belges du XXè siècle, mort l’an dernier au seuil de ses  100 ans. Ce psychanalyste est l’auteur tardif d’œuvres magistrales comme Œdipe sur la route(1991), Antigone (1997)  et ce Boulevard périphérique, publié à 95 ans (2008)  et dont est tiré ce  Combat avec l’ombre, adaptation théâtrale, d’une partie du texte. Officiellement roman mais avec un narrateur  très proche de Bauchau et d’une période douloureuse de son existence, la guerre 40-45 où ce catholique conservateur hésita longtemps entre collaboration et résistance. Et où cet homme marié fut attiré par un jeune contemporain, nommé ici Stéphane, résistant assassiné par un officier SS nommé.

La beauté simple du texte, défendu avec une intensité qui exclut tout " dramatisme " superflu est bouleversante.  La soixantaine de spectateurs présents ont gratifié les acteurs de 4 rappels. Personnellement ce " théâtre de chambre ", favorisé par le plateau étroit du Théâtre des Doms,  me touche plus que les grandes messes, souvent rhétoriques et pompeuses, (pas toujours !!!) de la Cour d’Honneur.

Christian Jade (RTBF.be)

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