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Avignon 2014. Le Prince de Hombourg et Don Giovanni : deux mythes encombrants.

"Le prince de Hombourg" de von Kleist
16 juil. 2014 à 11:353 min
Par Christian Jade

Le Prince Hombourg de Kleist : un mythe gentiment déshabillé.

 

L’Italien Giorgio Barberio Corsetti, auteur de nombreuses mises en scènes d’opéra, n’a que faire de ces références à la simplicité de Vilar. Nous vivons à une époque de vidéos aux effets spéciaux surprenants. Alors il y va et réussit quelques beaux effets visuels dans cette Cour d’Honneur si difficile à meubler. Ce prince somnambule et fragile, qui sort d’un rêve pour se lancer dans une bataille victorieuse contre les Suédois, on le voit sur un immense cheval projeté sur le mur : spectaculaire. Mais en se voulant trop grand, en se lançant dans la bagarre sans ordre formel il a désobéi à son oncle le grand Electeur, qui le fait condamner à mort par une cour martiale. Toute la pièce repose sur ce procès et les hésitations à exécuter la sentence : le Prince lui-même, l’Electeur, l’Armée, sa fiancée, tout le monde hésite et pour ce nouvel Hamlet la question est " mourir ou ne pas mourir?".L’image initiale insinue l’homosexualité comme une des clefs du mystère. L’image finale qui en fait un pantin désarticulé ne résout pas l’énigme initiale mais est vécue comme une jolie "chute" finale, spectaculaire mais creuse.Joli effet de cirque.Le public marche

Le problème de cette  mise en scène (à Avignon du moins) : ce grand texte un rien fastidieux est dit "à la française", proclamé à la face de la Cour, à grand renfort d’escaliers et autres objets utilitaires qui ralentissent l’action. Je comprends mal pourquoi les acteurs "francophones", munis de micros, continuent, pour la plupart à déclamer leur texte comme si le mistral allait emporter leur voix. Le rôle titre, joué par Xavier Gallais, peine à habiter un personnage inconsistent, alors que sa fiancée jouée par Eléonore Jonquez joue littéralement tout "faux". Seuls le grand Electeur, Luc-Antoine Diquéro et sa femme, Anne Alvaro et quelques militaires, échappent à cette diction grandiloquente. Le spectacle aura on l’espère le temps de se roder et de gagner en fluidité avant d'arriver à Liège au printemps prochain.

NB : les spectateurs-français-ont adoré ce style, conforme à l’idée qu'ils se font du théâtre rhétorique à diction "française", agrémenté d’images fortes, agréables à l’œil. Pratiquement pas de départ de spectateurs et accueil chaleureux. Rendons à César ce qui revient à César !

Le Prince de Hombourg, de Kleist, m.e.s Giorgio Barbero Corsetti, dans la cour d’Honneur jusqu’au 13juillet

-puis au Théâtre de Liège du 15 au 20 mars 2014. Infos www.theatredeliege.be

Christian Jade (RTBF.be)

«Don Giovanni, Letzte Party»: très séduisant, un peu creux.

"Don Giovanni. Letste Party". m.e.s Antu Romero Nunes

 

J'attendais beaucoup de ce spectacle d'un jeune metteur en scène germano-chilien, Antu Romero Nunes, coqueluche des scènes allemandes et artiste en résidence au Thalia Theater de Hambourg. Le Thalia nous avait proposé l'an dernier un Faust de Nicolas Stemann d’une intelligence jouissive, pour inaugurer le nouveau lieu d'Avignon, La Fabrica.

 

Ce Don Giovanni commence dans la dérision avec un Leprorello déglingué, se payant la tête du public...pendant un quart d'heure, lui faisant ânonner quelques gammes en choeur improvisé. Et ça marche, jeunes et vieux se prennent au jeu. Puis s'installent les vraies trouvailles de l'ensemble: un orchestre mobile de 7 jeunes rockeuses qui sur une adaptation musicale de Johannes Hoffmann, transforment Mozart en un musicien XXIe siècle "jazzy" ou rockeur. Hoffmann revendique d'avoir pris des libertés ...avec la partition, en lisant la correspondance de Mozart : le "vrai" Mozart était facétieux et iconoclaste, donc tout est permis. Soit, on oublie donc la fidélité, même approximative à la partition, d'autant plus, expliquent les deux compères, Romero Nunes et Hoffmann, que ….ceci n'est pas un opéra, ni une comédie musicale ...mais du théâtre. Alors que reste-t-il de Mozart ? Le fil conducteur :les principaux personnages, du père assassiné et sa fille Donna Anna à Don Ottavio, de Don Giovanni à Elvira, de Mazetto à Zerline. Tous là mais avec un texte adapté à nos réalités contemporaines et une seule réussite en profondeur :un don Ottavio s’effondrant littéralement devant les clichés qui l’encombrent. Le reste assez inégal mais transcendé par des costumes sublimes, des rockeuses délicieuses et une scéno de Florian Lösche qui transforme un gigantesque lustre d’opéra à cercles concentriques en un redoutable balancier qui rythme l’action :de la grande technique germanique. Reste que la fin est baclée.La montée des spectatrices sur scène peu avant l'entr'acte transforme " l'hymne à la liberté (sexuelle) " finale une pantalonnade digne d'un spectacle "club med" années 60, pour bobos " débranchés ".Dommage pour le fond mais que d’imagination scénique pour cette comédie bâtarde, impertinente et drôle.

 

www.festival-avignon.com

 

 

NB : seulement 4 représentations du 8 au 11.Sinon un jour à Hambourg Thalia Theater www.thalia-theater.de

Christian Jade (RTBF.be)

 

 

 

 

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