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Avignon 2013.Coup de jeune(s) aux Doms, " paradis… théâtral ".

Les Doms à Avignon.
06 juil. 2013 à 13:464 min
Par Christian Jade

Frédéric Dussenne est connu pour son amour des beaux textes. Avec la dernière confidence  d’Henri Bauchau, Combat avec l’ombre, Dussenne confirme mais renouvelle sa forme en confiant un des deux rôles à un acteur circassien. Entre résistance et collaboration, pendant la seconde guerre mondiale, les ombres sont convoquées.

Dominique Roodthooft a une autre spécialité : parler de science et de philosophie sur un mode humoristique. Le sous-titre donne un avant –goût : si vous  désespérez un singe, vous ferez exister un singe désespéré.

Autres amateurs de science " décalée " :Clément Thirion et Gwen Berrou remontent à la préhistoire  pour raconter  notre monde absurde et leur " moi " froissé…en dansant. Vision du monde ça s’appelle. Mais en allemand c’est plus mystérieux. D’où le titre Weltanschauung. Imprononçable si vous n’avez pas fait d’allemand…ou de philo. Ca fait partie du jeu !

Humour décalé toujours avec  In vitrine du collectif Rien de spécial, qui prouve le fétichisme imbécile des anniversaires, qui enferment notre vie dans des contraintes et des poncifs réducteurs. A prendre au 2è ou 3è degré ! Décalage horaire garanti ! Un des 3 nominés aux Prix de la Critique 2012 (meilleure découverte).

Humour et  passion ne sont pas contradictoires comme le prouve la belle performance de Pierre Mégos dans Vision . Ce fou de ciné hollywoodien en fait le centre d’un combat héroïque entre un acteur de théâtre et son ombre projetée sur un écran, avec cette question centrale : synchroniser les deux mondes et magnifier le rêve. Efficace et beau.

Pour le reste je vais découvrir  la deuxième mise en scène de Jérôme Nayer, avec un titre pas possible :Ici s’écrit le titre de la pièce, etc…. ", que ma consœur Laurence Bertels nous  annonce  à mi-chemin entre comédie et série télé, (jouant) sur le second degré. J’avais adoré la première mise en scène de Jérôme Nayer, Hors la loi de Régis Duqué . A suivre donc, tout comme le concert de Tommasenko,  Anti-freeze solution. Annoncé comme orchestre de poche pour une musique de chambre pas bien rangée.

Décidément la cohérence des deux  directeurs/programmateurs, Isabelle Jans et Hervé d’Otreppe est imparable cette année : en Belgique, chers amis français, on se la joue, non pas " défiscalisée ", mais " déjantée ". Avis aux amateurs d’humour décalé.

" Paradis " théâtral, 9 spectacles pour " s’évader ".

Au Théâtre des Doms , dans le off d’Avignon  du 7 au 27 juillet.

http://www.lesdoms.be/

Christian Jade (RTBF.be).

Interview Isabelle Jans /Hervé d’Otreppe

Isabelle Jans, codirectrice Les Doms
Hervé d'Otreppe, codirecteur Les Doms

Le rôle du duo Isabelle Jans/Hervé d’Otreppe méritait d’être " scanné ". Et dans leur programmation et dans leur ambition d’aider à la diffusion du théâtre belge francophone  en France.  

CJ : Nous constatons un rajeunissement des cadres, dans votre programmation. Hormis Frédéric Dussenne et Dominique Roodthooft, il y a sept " jeunes créations "…

Les Doms : Le théâtre des Doms n’est pas là pour offrir des tournées à des compagnies qui tournent déjà ou à des structures largement subventionnées qui ont les moyens d’assurer leur visibilité. On aura donc tendance à aller vers des structures plus jeunes et offrir ce plateau et cette visibilité à des compagnies qui auraient du mal à sortir du territoire belge. C’est une fonction essentielle du théâtre des Doms, permettre à de jeunes compagnies de se faire connaître. Ce n’est ni une exclusive contre les anciens, ni une nouveauté. C’est inscrit dans nos gènes !

C.J : vous avez aussi un rôle de " maitre diffuseur " et d’accompagnement ? Quels résultats ?

Les Doms : Les résultats sont là: cela reste une opportunité formidable pour des tournées. La plupart des spectacles qui sont passés ici tournent deux, trois, voire quatre mois (en France et en Belgique).  Cela ne se limite pas à ça, il y a des rencontres artistiques et des coproductions qui se font. Les compagnies fréquentent de  nouveaux lieux  à la faveur de leur tournée, des comédiens se font remarquer, qui peuvent entrer dans des troupes y compris en France Des liens se créent. Dans un paysage pas commode, où il y a beaucoup de concurrence, dans un paysage français fermé parfois sur lui même.  Sans prétention, la notoriété  de la culture Wallonie/Bruxelles  s’en trouve renforcée. Du coup, ces centaines de programmateurs qui viennent aux Doms chaque année peuvent avoir envie de venir voir des œuvres en Belgique francophone. Il y a un mouvement qui ne se limite pas à la vente de représentations.

CJ : D’où l’importance de l’exportation, même en période de vaches maigres ?

Les Doms : La Belgique est trop petite pour se contenter de reprises dans ses frontières. Et les compagnies vivent de leurs reprises. Tourner est une nécessité, pas un luxe. C’est aussi une nécessité financière et artistique : un spectacle joué huit fois en Belgique n’a pas sa vraie vie. La vitrine avignonnaise est une vraie opportunité, il faut y être. Il devient très difficile d’attirer les programmateurs professionnels en Belgique. Une jeune compagnie qui joue huit fois à Bruxelles, sera vue peut-être par deux ou trois programmateurs. Aux Doms, ces artistes seront vus par 100 à 250 professionnels. Les compagnies qui se produiront aux Doms vont gagner 4/5 ans de leur vie en visibilité.  C’est un vrai travail de service public d’assurer ce travail- là.

Christian Jade

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