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Avignon 2013 : Shéda de Dieudonné Niangouna - Rhétorique enflammée, puissante mais chaotique.

SHEDA -D. Niangouna
09 juil. 2013 à 17:44 - mise à jour 09 juil. 2013 à 17:582 min
Par Christian Jade

En débarquant dans la Carrière de Boulbon, guettée, lundi soir, par un orage -qui finit par fondre sur la scène…et les spectateurs, par petites averses perturbantes- je me serais cru au Katanga, sur un site désaffecté de l’Union Minière : de vieilles machines apparemment rouillées dessinaient un espace de jeu, assorti au sable rouge " africain ". Enfin me disais-je, un metteur en scène va exploiter ce superbe décor naturel, toujours " gommé "  après 1985, où le célèbre Mahabharata de Peter Brook en fit un fabuleux décor à histoires mythologiques.  Le " griot " africain Dieudonné Nianguna  allait-il nous séduire par un " collier  d’histoires " bien enfilées, mêlant le passé colonial et le présent d’une Afrique où les prédateurs se multiplient comme des vautours menaçants ? Le thème est traité, parmi d’autres, avec des morceaux d’anthologie parfois tragiques, parfois irrésistiblement comiques. Ce Dieudonné a une langue parlée savoureuse, un rythme de récit parfois captivant, un sens polémique aigu mais souvent redondant. Et, gravissime pour le rythme du spectacle, il avoue ne savoir écrire que des monologues poétiques, souvent joués par lui ou son meilleur acteur, Mathieu Montanier, épatant de drôlerie dans sa longue robe beige. Autrement dit, il n’y a pas d’ " histoire(s) " ou de contes, dans Sheda, et pas de " personnages ", mais de grandes tirades d’éloquence, oscillant de force verbale tonique à pétards mouillés et répétitifs. Avec à peine quelques dialogues sommaires et quelques entremets de groupes vaguement chorégraphiés par son complice, DeLaValet Bidiefono. Quant aux 11 acteurs désœuvrés, ils s’ennuient visiblement sur le plateau, attendant, comme le public, dérangé en outre par la pluie, que les énormes tirades s’achèvent.

En somme il manquait un dramaturge et un metteur en scène pour tailler dans la masse indigeste et donner un fil conducteur à ce torrent charriant le meilleur et le pire. Nianguna, auteur parfois virtuose, acteur souvent excellent (mais trop omniprésent) est un mauvais metteur en scène, sans perspective visuelle ni musicale ni esprit de synthèse. Il l’avoue avec beaucoup de sincérité, dans le programme au public : Quand j’écris, je ne pense pas au plateau, je ne vois pas les acteurs disant mon texte. Je ne suis que dans l’écriture….Je suis un auteur qui écrit des pièces de théâtre, qui devront, ensuite être montées par d’autres que moi "

Une telle lucidité est à l’honneur de Dieudonné Nianguna : mais alors pourquoi lui et ses conseillers programmateurs  n’ont-ils pas mis en pratique ce constat ? Cela aurait donné un spectacle de 2h à 2H30, sans entracte, avec des bonheurs d’écriture orale, trois à quatre acteurs talentueux et un encadrement visuel et sonore qui aurait magnifié ce lieu sous-exploité : la fameuse Carrière de Boulbon !

Tel quel, on salue le courage des acteurs, à vaincre et la pluie et la pluie de mots à défendre ! Et on souhaite que ce texte, pris en mains par un metteur en scène extérieur, circule dans une version réduite, cohérente et d’autant plus dense.

Shéda  de  Dieudonné Nianguna, jusqu’au 15 juillet.

http://www.festival-avignon.com/

 Christian Jade (RTBF.be)

 

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