RTBFPasser au contenu

Scène - Accueil

Avignon 2013. Petites déceptions de grands noms : Krzysztof Warlikowski et Katie Mitchell.

Avignon 2013. Petites déceptions de grands noms : Krzysztof  Warlikowski et Katie Mitchell.
24 juil. 2013 à 12:424 min
Par Christian Jade

Le statut international de Krzysztof Warlikowski, en théâtre comme en opéra, est pratiquement l’équivalent d’une " rock star ". C’est une vedette dont les apparitions (3 à 4 œuvres en moyenne par an !) font souvent l’événement. Pour ne citer que des œuvres passées par Avignon ou Bruxelles (une petite partie de sa production), Médée de Cherubini, Macbeth de Verdi ou Lulu d’Alban Berg, voilà pour l’opéra. En théâtre pour Avignon, souvent repassés par Bruxelles ou Liège, Purifiés, de Sarah Kane, Angels in America de Tony Kushner. Et Apollonia, la première œuvre où il s’appuie sur diverses sources anciennes ou modernes, pas nécessairement théâtrales, pour proposer une œuvre originale.  Il y déverse ses angoisses, ses phobies, ses craintes et obsessions dans un style baroque unique, fait de projections vidéos, de mise en cage d’acteurs pour des scènes souvent trash ou d’une imagination de scène foisonnante. Le tout en disposant d’une troupe d’acteurs sublimes, imaginatifs, aussi à l’aise avec leur physique qu’avec des textes parfois philosophiques ou brassant l’histoire du monde moderne ou des mythes anciens.

Ces atouts, ce capital intellectuel et affectif, ce savoir faire  sont bien présent dans  Kabaret Warszawski. Mais ce " Cabaret de Varsovie " tient mal la distance de ses 5 heures, pas pour une raison de longueur- les marathons ne font pas peur au public du festival- mais à cause d’une structure un peu bancale, qui allonge le temps nécessaire. D’abord  une évocation de l’époque nazie, basée sur diverses sources dont Adieu à Berlin de Christopher Isherwood, qui a aussi inspiré Cabaret une pièce de théâtre, une comédie musicale et un film de Bob Fosse.  L’occasion d’un beau festival visuel un peu grinçant, suivi de la sinistre nazification du régime de Weimar. Avec la culpabilité permanente du Polonais Warlkowski pour la complicité de son pays dans l’extermination des juifs sur son territoire. La deuxième partie thématise le 11 septembre 2001 à partir du film Shortbus, un film américain avec scènes sexuelles  non simulées qui raconte  les déboires d’une sexologue frigide et les orgies d’un couple homo en rupture. Outre que les scènes orgiaques sont impossibles à jouer sur une scène théâtrale, sous peine ou d’impudeur ou de ridicule, le lien avec le 11 septembre est tiré par les cheveux et les justifications du metteur en scène pour joindre l’époque 1930 et 2011 pas convaincantes. "En unissant ces deux espaces –temps …le metteur en scène s’interroge sur …les limitations de la liberté dans le monde d’aujourd’hui…Le droit de l’individu à s’exprimer librement et à être soi-même est de plus en plus soumis à des restrictions et mis en doute ".

S’il est quelqu’un qui , depuis 15 ans, dit et montre ce qu’il pense, souffre et ressent sans limites à son droit d’expression, y compris en Pologne où il dirige un théâtre " underground ", c’est bien Warlikowski. Et si le spectacle nous donne l’impression de patiner et de se redire, c’est que depuis Apollonia, Warlikowski, en théâtre du moins,  utilise les mêmes procédés sans la discipline d’un texte " extérieur " à défendre. On aimerait le voir revenir à des textes contemporains forts dont " Angels in America " fut un moment le modèle. Même à l’opéra, son système visuel, mis au point avec sa complice de toujours, Malgorzata Szczesniak, a tendance à ne plus évoluer. Restent des acteurs, tous incroyables d’énergie et de complicité avec leur metteur en scène, qu’ils servent avec la même intensité quel que soit le spectacle. Avec une mention spéciale ç Magda Cielecka qui incarne la Sally Bowles de Cabaret, incarnée au cinéma par Liza Minelli .

Soyons justes : en 15 ans K. Warlikowski ne m’a déçu que deux fois, dans ce Cabaret et dans La fin, vue à Paris et Liège. Je ne connais pas beaucoup de metteurs en scène qui ont un tel score dans mon panthéon personnel.

Kabaret Warszawski de K. Warlikowski, à Avignon jusqu’au 25 juillet, ,puis au Théâtre de Liège, du 13 au 15 mars.

Christian Jade (RTBF.be)

Katie Mitchell : Reise durch die Nacht

Katie  Mitchell Reise durch die Nacht

Le cas de Katie Mitchell est beaucoup plus simple : il y a deux ans, dans Christine, ou Mlle Julie de Strindberg vu par sa servante, elle nous avait fascinés par l’intrusion d’une équipe de cinéastes de plateau nous donnant deux angles, deux points de vue sur l’action : les scènes entr’aperçues de loin et des gros plans significatifs qui intériorisent et dynamisent le cours de l’action. De même, elle avait produit à Aix, l’an dernier Written on the skin, de George Benjamin, un opéra contemporain, que sa mise en scène habile et la beauté de la musique, la qualité des interprètes avaient mué en chef d’œuvre.

Ici, son système touche ses limites : le roman de Friederike Mayröcker est dans la tradition de Virginia Woolf, beau texte mystérieux, fait de douleurs insondables et de flash back douloureux au cours d’un trajet de train. Or on voit à peine le dispositif dynamique des cameramen et des acteurs jouant live dans le bas de la scène presque invisible. On doit donc se contenter de l’image sous-titrée et ce cinéma lent et passif efface la présence des acteurs dans les bas-fonds de la scène. Très clairement je ne suis pas entré dans le jeu. En matière d’utilisation de la vidéo qui n’efface pas les acteurs, je préfère le travail collectif du jeune Gosselin dans Les Particules élémentaires de Houellebecq ou la minutie dynamique de Guy Cassiers, le meilleur adaptateur de romans difficiles, de Proust  à  L’homme sans qualités de Musil.

Reise durch die Nacht, à Avignon jusqu’au 23 juillet.

Christian Jade (RTBF.be)

 

 

Articles recommandés pour vous