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Avignon 2013. " Dans les bois " ( H.D. Thoreau) . " Qaddish " (Onikeku) : voyages dans la mémoire.

RE Walden.Thoreau .J.F. Perrier
11 juil. 2013 à 13:59 - mise à jour 11 juil. 2013 à 14:202 min
Par Christian Jade

" Walden, dans les bois ", de H.D. Thoreau : la nature romantique mise à la sauce numérique.

Si vous aimez les jongleries  savantes du numérique, la traduction " virtuelle " du roman culte du XIXè siècle américain, " Walden " de Thoreau ne manque pas d’allure. Et il donne envie de lire ce texte, en version française (ou bilingue) !

Le metteur en scène Jean-François Peyret, face à ce poème touffu et disparate, a choisi un fil conducteur qui entrait dans la logique de la " web artiste " Agnès de Cayeux : axer  les quelques extraits de Walden sur le thème de la mémoire.  Il  travaille donc sur les cerveaux artificiels et humains avec ses comédiens, animaux de mémoire pour arriver à un double virtuel du théâtre.

Sur scène on voit des comédiens assis sur des chaises, parfois sur scène parfois derrière un pupitre technique. Ce qu’ils disent a peu d’importance face à l’omniprésence de l’écran hyperactif.  La matière virtuelle de l’ordinateur travaille, avec un grand raffinement de couleurs, l’espace  d’une prairie et d’un étang  près de  la cabane dans la nature où Thoreau a fui la ville et accouché de son poème mystique. Il faut donc aborder ce qu’on voit avec  la curiosité pour  un beau travail plus proche des arts plastiques  que de l’art théâtral  classique. Si vous admettez que les comédiens sont des instruments au service du web projet,  tout comme le texte de Thoreau, qui défile en anglais et en français, à une vitesse telle qu’il est illisible, alors vous entrerez sans peine dans un " jeu ". Un " jeu " où la musique d’Alexandros Markeas, jouée " live " par son auteur, a aussi un rôle majeur dans la symphonie de couleurs , de mots et de sons qui est comme une rêverie technologique sur la rêverie romantique de Thoreau. Et qui donne envie de lire ou relire le précurseur de la " rêverie " écologique contemporaine  sur la protection de la nature.

" Walden, dans les bois ", de H.D. Thoreau  jusqu’au 11 juillet. Repris à Paris (Théâtre de la Colline, du 16 janvier au 15 février).

NB :1) le texte  de Walden est disponible en édition bilingue chez Aubier (traduction de G. Landré-Augier) et française chez Gallimard (livre de poche, traduction Louis Fabulet).

2) l’Institut Numédiart de Mons a participé au projet. Un spectacle à importer en Belgique ?

Christian Jade (RTBF.be)

Qaddish, de Qudus Onikeku : un sobre hommage au père.

Qaddish;Onikeku

Qaddish fait partie d’une trilogie, My exile is in my head (solitude et exil), Still life (tragédie de l’Histoire) et enfin Qaddish, hommage à un père mourant.

De la prière des morts juive, Qudus Onikula fait un lien avec le Notre Père catholique et la Fatiha musulmane. Il part de sa civilisation et sensibilité yoruba pour l’étendre au monde. La douleur de la perte du père (le sien, à 80 ans, est proche du départ) lui donne l’idée d’un dernier hommage que tout être humain peut partager. Hommage qui utilise tous les moyens artistiques modernes, vidéo et musique live (jazz vigoureux de Charles Amblard et Umberto Clerici,  voix raffinée de la soprano Valentina Coladonato) et toutes les formes de danses du hip hop à la capoiera et à la danse moderne (il a travaillé avec Damien Jalet et Sidi Larbi Cherkaoui).

Scéniquement le père est représenté par une chaise roulante, mue à distance comme un jouet pour enfant, permettant au danseur des mouvements divers autour de ce fantôme d’acier. Personnellement, peu séduit par cette modernité macabre, même si Qudus Onikeku reste sobre (trop ?) la plupart du temps quelle que soit ses positions (dynamiques ou immobiles). Au total on apprécie cet hommage délicat, raffiné mais manquant un peu de puissance expressive.

Qaddish, de Qudus Onikeku  jusqu’au 13 juilet .

Christian Jade (RTBF.be)

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