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Avec Un tailleur pour dames, Georges Lini dépoussière le vaudeville de Feydeau

Avec Un tailleur pour dames, Georges Lini dépoussière le vaudeville de Feydeau
12 févr. 2018 à 13:52 - mise à jour 12 févr. 2018 à 13:522 min
Par Dominique Mussche

Critique *** 

Que dire encore de ce spectacle salué déjà à Louvain-la-Neuve, à Namur, à Mons et toujours à l’affiche au Théâtre du Parc (jusqu’à samedi), sinon : courrez-y vite !? Vous croyiez connaître l’univers de Feydeau, le détester peut-être … ? Ringard, poussiéreux le vaudeville ? A reléguer dans un coin du Musée Grévin ?

Première surprise : on ne prévoyait pas de rencontrer Georges Lini sur ce terrain-là. Et du coup, on pouvait s’attendre … à tout, sauf évidemment à la reconstitution historique d’un salon bourgeois parisien sous la Troisième République. " Faire résonner au présent les œuvres classiques, en renouveler la perception, en faire surgir des réponses neuves et imprévisibles ", tel est le credo du metteur en scène en la matière. Certes, une pièce de Feydeau  est d’abord et avant tout une formidable mécanique aux rouages parfaitement huilés et qui a pour but premier de susciter le rire, avec ses trucs et ficelles : quiproquos, adultères en pagaille, rencontres inattendues. En dévoiler l’intrigue relève d’ailleurs de la performance… Au centre de l’arène, Moulineaux, un médecin volage qui a découché la nuit dernière après  avoir batifolé au bal de l’Opéra, dans l’attente de sa future maîtresse. Comment expliquer cette absence à son épouse Yvonne ? Par chance, son ami Bassinet survient pour lui demander un service. A son insu, il deviendra l’alibi idéal, et fournira même au médecin le studio, ancien atelier de couture, dont celui-ci rêvait pour rencontrer secrètement sa belle. Mais la machine s’emballe et voilà Moulineaux confronté, non seulement à sa femme, mais aussi à sa belle-mère, au mari de sa maîtresse et à l’amante de celui-ci qui a été jadis la sienne.

Comment les " coupables " vont-ils se dépêtrer de ces situations embarrassantes devenues virales? Par les mensonges, loufoques, énormes, presque surréalistes. Ils s’additionnent, se superposent, s’emboîtent à un rythme de plus en plus effréné qui contamine aussi les mouvements, de plus en plus rapides et saccadés. Dans les mises en scène traditionnelles de Feydeau, les portes claquent. L’idée géniale ici est d’avoir transformé les portes en trappes, le vertical en horizontal. A chaque apparition, les personnages surgissent du sol comme des automates. Le plateau s’inclinant de plus en plus au fur et à mesure, sauver les apparences à tout prix devient aussi un exploit sportif où l’on s’agrippe, se démène et s’affale. Les mots ont perdu toute vraisemblance et ne révèlent que le vide, les protagonistes  abandonnent la partie, pantelants. La pièce nous apparaît finalement comme une sorte de " cauchemar gai " qui montre du doigt une bourgeoisie décadente et des personnages/cobayes en souffrance, sortes d’animaux de laboratoire livrés aux rires des spectateurs ".

Cette folle aventure est rendue possible grâce à une équipe parfaitement soudée de huit comédiens épatants, bien rodés à la comédie mais qui ne versent jamais dans la caricature.

Un Tailleur Pour Dames Teaser 07/10

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En pratique

Un tailleur pour dames de Georges Feydeau

Mise en scène : Georges Lini

Interprétation : France Bastoen, Isabelle Defossé, Eric De Staercke, Michel Gautier, Louise Jacob, Thierry Janssen, Stéphane Fenocchi, Marie-Paule Kumps

A voir au Théâtre du Parc jusqu’au 17 février.

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