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Avec l’AfD, l’Allemagne est une "illustration de cette croissance rapide mais certaine" de l’extrême droite

Droit de suite

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17 août 2022 à 09:16Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck sur base du Droit de suite de Wahoub Fayoumi

En 2017, l’AfD faisait une percée fulgurante aux élections législatives allemandes avec plus de 12,5% des voix. Quatre ans plus tard, la formation d’extrême droite n’a pourtant pas fait de raz-de-marée. Elle a même connu un net recul, avec 10,3% des suffrages exprimés. Alors, l’extrême droite allemande est-elle en perte de vitesse ?

Si l’AfD (Alternative für Deutschland) a bien enregistré un recul électoral en Allemagne, il n’est pas aussi sévère qu’il aurait pu l’être. "Depuis la Seconde Guerre mondiale, aucun parti d’extrême droite allemand – et il y en a eu – n’a réussi à dépasser les 5%", explique Benjamin Biard, politologue au centre de recherche et d’information politique (CRISP). Or cette formation a quand même réussi à remporter plus de 10% aux dernières législatives.

Le politologue pointe deux éléments pour expliquer ce recul : "des tensions internes, et les thèmes de campagnes qui ont été largement différents de ceux de la campagne législative précédente." Comprenez : les questions migratoires ont été nettement reléguées à l’arrière-plan par rapport aux élections de 2017, encore marquées par la "crise des réfugiés syriens" – qui aurait d’ailleurs profité à certains groupes d’extrême droite, pour se constituer et influencer l’agenda politique, au-delà des partis existants.

A l’époque, ces thématiques migratoires ont d’ailleurs percolé jusqu’au parti de centre droit, la CDU (l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne). Il y a deux ans, une alliance régionale a même failli voir le jour entre l’AfD et la CDU, en Thuringe.

Mais selon Henrik Uterwedde, politologue à l’institut franco-allemand de Ludwigsbourg, la question de l’alliance politique avec la CDU ne se pose pas. "Des alliances seraient théoriquement possibles en Thuringe et en Saxe, deux lander de l’est où l’AFD s’impose parfois comme première force politique. Mais même dans ces deux Lander, l’AFD, par sa radicalisation extrême, a fini par s’isoler."

L’Allemagne préservée ?

Est-ce que cela veut dire que l’Allemagne est préservée de l’arrivée de l’extrême droite aux affaires ? Non, selon Benjamin Biard. Car aucun pays n’est immunisé face à la croissance de l’extrême droite. "Et le cas allemand est justement une belle illustration de cette croissance rapide mais certaine et d’une institutionnalisation progressive de ces forces d’extrême droite."

Par ailleurs, comme le rappelle le politologue, l’AfD n’était pas largement qualifié de parti d’extrême droite lors de sa création en 2013. "C’est un parti qui est conservateur, ouvertement eurosceptique et libéral sur le plan socio-économique mais pas foncièrement d’extrême droite. C’est en 2015, deux ans plus tard, que finalement cette formation va se radicaliser."

Sans faire de prédiction, il semblerait que ce parti réussisse à s’ancrer dans le paysage partisan allemand

Aujourd’hui, ce parti d’extrême droite a vocation à rester ancré dans le paysage politique allemand. "Sans faire de prédiction, il semblerait que ce parti réussisse à s’ancrer dans le paysage partisan allemand. Y compris lorsqu’on regarde les derniers résultats des élections législatives, on voit qu’il reste supérieur à 10%. C’est-à-dire que cela reste des importants scores électoraux pour cette formation et que potentiellement elle peut encore les développer davantage."

"Et donc renforcer sa capacité d’influence indirecte – donc depuis les bancs de l’opposition – sur les politiques publiques. Et potentiellement, mais n’allons pas trop vite en besogne, une influence directe en participant au niveau d’un lander ou au niveau fédéral à une coalition."

L’extrême droite en bonne santé en Europe

D’autres pays connaissent une persistance de partis d’extrême droite dans la vie publique. C’est notamment le cas de l’Italie, où des élections doivent se dérouler au mois de septembre prochain. Mais ce n’est pas le seul : il faut dire que les partis d’extrême droite sont plutôt en bonne santé en Europe.

"On pourrait multiplier les exemples", note Benjamin Biard. "On a donc plutôt des exceptions : la Belgique francophone, le Luxembourg, le Portugal mais ça commence à bouger, l’Islande, l’Irlande… Et c’est presque à peu près tout en Europe."

Selon le politologue, il y a plusieurs facteurs pour expliquer cela. "Souvent, le facteur socio-économique est mis en évidence : une crise économique peut favoriser le développement de l’extrême droite." Autre facteur : la crise de la démocratie représentative. "De plus en plus, les citoyens et citoyennes perdent confiance non seulement en les élus en faveur desquels ils votent ou pas d’ailleurs. Mais également dans le système démocratique."

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