Politique

Avant le sommet de Versailles, Alexander De Croo s’adresse à la Chambre  : l’Europe va devoir "se réorganiser"

10 mars 2022 à 11:48 - mise à jour 10 mars 2022 à 14:14Temps de lecture7 min
Par Jean-François Noulet

Comme chaque jeudi, la Chambre des Représentants tient sa traditionnelle séance plénière, marquée par les questions orales posées aux ministres du gouvernement fédéral.

La guerre en Ukraine et ses implications, notamment l’arrivée de réfugiés ukrainiens en Belgique font l’objet d’une quinzaine de questions adressées conjointement au Premier ministre, Alexander De Croo et au secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, Sammy Mahdi.

L’explosion des prix de l’énergie est aussi au menu des échanges, avec une dizaine de questions destinées à la ministre de l’Energie, Tine Van der Straeten et au vice-Premier ministre et ministre des Finances, Vincent Van Peteghem, alors que le gouvernement examine toujours les différentes manières d’intervenir pour alléger la facture énergétique des ménages et des entreprises.

Deux représentants de l’ambassade d’Ukraine en Belgique applaudis par les députés. Le Premier ministre s’exprime

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La séance plénière a débuté par une prise de parole de la Présidente de la Chambre, Eliane Tillieux (PS) en raison du contexte de guerre en Ukraine.

"Une offensive inacceptable", ce sont les mots utilisés par Eliane Tillieux pour qualifier l’action russe en Ukraine. La Présidente s’est dite "choquée par cet acte de violence".

En tribune, deux représentants de l’ambassade d’Ukraine en Belgique assistent à la séance Ils ont été applaudis par l’ensemble des députés, tous présents dans l’hémicycle pour la première fois depuis l’instauration des mesures sanitaires "Covid".

La Présidente de la Chambre a appelé les parlementaires à faire preuve de solidarité avec les réfugiés ukrainiens, "par le biais d’une collecte de biens et de vivres" organisée par la Chambre. "Je vous invite tous et toutes à y participer", a demandé la Présidente de la Chambre.

Avant que les députés ne respectent une minute de silence, le Premier ministre, Alexander De Croo, a pris la parole. Il a rappelé les "'images atroces", notamment les bombardements de civils, comme à Marioupol. "Même une guerre a des règles et la Russie les foules de manière flagrante aux pieds", a estimé le Premier ministre.

Le Premier ministre a estimé que la "seule manière de stopper cette souffrance humaine et de stopper la violence""Il faut que les gens déposent les armes, qu’on arrête ce bain de sang", a plaidé Alexander De Croo.

Pour Alexander De Croo, il s’agit d’une "guerre atroce entre deux peuples qui ont plus à partager que ce qui les sépare".

De nombreuses questions de la part des députés

La plus grande partie des questions posées par les députés est en lien avec la crise en Ukraine et est adressée au Premier ministre et au secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration.


François De Smet (Défi) s’est adressé au Premier ministre avant son départ pour le sommet de Versailles. "Vous avez l’occasion de faire l’histoire tout à l’heure à Versailles", estime François De Smet. Le député épingle le fait que l’Union européenne, grosse consommatrice de gaz ukrainien, finance par ces achats l’effort de guerre russe. Pour lui, l’Europe doit "exclure le gaz russe de son économie". Ce pourrait être "le chantier de la décennie", selon le député Défi.

A ce sujet, "quel sera le point de vue que la Belgique défendra à Versailles ?", demande au Premier ministre le député PS Malik Ben Achour.

Pour Samuel Cogolati, Ecolo, le sommet européen de Versailles, doit être "un tournant historique". "L’Europe doit tourner le dos au 20e siècle", un siècle "corrompu par le gaz et le pétrole russe" et "investir dans la performance énergétique et le 100% renouvelable", estime Samuel Cogolati, qui appelle la Belgique à couper les importations de gaz, de pétrole et d’uranium russes.

La question des réfugiés ukrainiens arrivant en Belgique interpelle aussi les députés. Pour Vanessa Matz (cdH), il faudrait prévoir plusieurs points d’accueil. Elle épingle aussi "le défi de la coordination" entre les autorités, pour faire correspondre l’offre et la demande en solutions d’hébergement pour les réfugiés.

Pour le PTB, Nabil Boukili demande "d’organiser un accueil digne pour ces personnes". Le député PTB dénonce aussi une "discrimination inacceptable entre les réfugiés" en fonction de leur origine. Il demande "un même accueil et une même protection pour toute personne fuyant la guerre".

Du côté de la N-VA, Theo Francken demande que la Belgique consacre 2% de son budget à la Défense.

 

La vision d’Alexander De Croo, avant le sommet de Versailles

"Notre continent a changé", déclare Alexander De Croo, avant le sommet de Versailles. "C’est la fin d’une période où, sur notre continent, nous avions la paix", ajoute-t-il, parlant d’un continent où, désormais, "on attaque sans raison".

Face à cette situation, l’Europe, "on va devoir réorganiser notre politique de défense, notre politique énergétique et notre souveraineté politique", estime le Premier ministre, en plus de devoir "gérer une vague migratoire beaucoup plus importante que ce qu’on a jamais vu".

Il y aura donc, pour le Premier ministre, "beaucoup de choses à discuter à Versailles". Pour Alexander De Croo, l’Europe "doit prendre le lead". Les réponses que l’Europe peut apporter sont, selon le Premier ministre, "la liberté, la sécurité et la démocratie".

Le Premier ministre plaide ainsi, d’avantage "de défense", de façon plus intégrée. Il souhaite aussi un processus politique pour que les pays qui regardent vers l’Europe puissent y adhérer.

En matière d’énergie, le Premier ministre dit croire "au libre marché". Mais, ajoute-t-il, "si ce marché devient irrationnel", si de l’argent "tombe dans les poches du pays contre lequel on se bat", il est "logique qu’il faille intervenir". Une réponse toutefois prudente aux questions des députés qui demandaient d’arrêter de s’approvisionner en gaz et en pétrole de Russie.

Face au défi que représentent l’exode de nombreux Ukrainiens et leur accueil, le Premier ministre demande qu’on leur montre "ce qu’est un monde libre, où si l’on fait des efforts ensemble, on peut y parvenir".

Que va faire le gouvernement par rapport à l’explosion des prix énergétiques ?

La flambée des prix de l’électricité, du gaz et des carburants est l’autre thème pour lequel les députés ont des questions à poser au gouvernement. Les questions sont adressées au ministre des Finances et à la ministre de l’Energie.

La députée cdH, Catherine Fonck s’interroge alors que certains annoncent des carburants "à trois euros le litre" et une "augmentation de la facture des ménages de 5000 euros par an", "énorme", pour la députée. Selon elle, tout n’est pas imputable à la crise en Ukraine. "En Belgique, l’augmentation des prix est deux fois plus importante que celle de la moyenne européenne", s’étonne Catherine Fonck.

Même inquiétude pour Kris Verduyck, de Vooruit qui plaide pour "une TVA à 6% pour toujours sur le gaz, l’électricité".

Au CD&V, Steven Matheï dénonce des "prix à la pompe qui sont une attaque pour le porte-monnaie". Il rappelle que le CD&V a proposé le cliquet inversé "depuis quatre mois". Il faut dit-il, "que les gens sentent la différence dans leur porte-monnaie".

A la N-VA, le député Wollants critique le gouvernement. "J’entends des idées, des déclarations, beaucoup de blabla. Qu’allez-vous faire exactement ?".

Au PS, Ahmed Laaouej rappelle que "les gens n’en peuvent plus". Il reconnaît que "des choses ont été faites", comme l’élargissement du tarif social, "mais ça ne suffit pas". Pour lui, "il faut rapidement un paquet de mesures", "une baisse des taxes sur l’énergie" et "un tarif pour les classes moyennes", "celles qui risquent aujourd’hui, vraiment, la pauvreté".

Sur le même sujet, le PTB Raoul Hedebouw critique aussi le gouvernement qui, selon lui, "n’a toujours rien décidé", alors que "le secteur pétrolier va se faire des milliards sur cette guerre".

Du côté du gouvernement, le ministre des Finances a répété qu’il travaillait à ce dossier. Que tout était "sur la table du gouvernement", tant en matière de fiscalité sur les carburants qu’en matière de TVA sur le gaz et l’électricité. "Nous devons décider dans les meilleurs délais", a-t-il ajouté.

La ministre de l’Energie, Tine Van der Straeten (Groen), a estimé que les prix élevés que nous connaissons s’expliquaient "en raison de notre dépendance structurelle aux énergies fossiles". Pour elle aussi, "toutes les mesures sont sur la table". Le gouvernement est "prêt à décider""Nous n’avons pas attendu l’invasion russe pour prendre des mesures", a-t-elle ajouté, en référence à l’extension du tarif social et à la décision de baisser la TVA sur l’électricité. Des députés ont cependant relevé que cette baisse de la TVA attendait encore la publication d’un arrêté… pourtant sur la table du gouvernement.

En réponse aux pompistes, "le gouvernement ne travaille pas sous la menace d’un ultimatum"

Autre dossier lié à la flambée des prix des carburants, celui du prix que pratiquent les pompistes. Ces derniers jours, des voix se sont exprimées du côté des négociants en carburant pour demander une révision de la loi-programme, qui fixe les prix maximum dans le secteur. Des pompistes s’approvisionnent actuellement à des prix plus élevés que le prix auquel ils ont le droit de vendre leurs produits à la pompe.

La députée Marie-Christine Marghem, MR, a relayé l’inquiétude des pompistes dans une question adressée à la ministre de l’Energie, demandant que dans la loi-programme, le "facteur k" et le "seuil de sept jours" soient changés. Les pompistes ont adressé un ultimatum en ce sens au gouvernement.

La ministre de l’Energie, Tine Van der Straeten, voit dans cette problématique un exemple "de notre dépendance aux produits fossiles".

Par rapport à l’ultimatum posé par les pompistes, elle répond que "le gouvernement ne travaille pas sous la menace d’un ultimatum". "On n’a pas attendu cet ultimatum pour se mettre autour de la table et trouver la solution pour les pompistes indépendants", a-t-elle répondu.

Mais, explique la ministre de l’Energie, "c’est un dossier complexe", à relier aux autres questions énergétiques sur la table du gouvernement (baisse de la TVA, cliquet inversé, etc). "C’est un dossier global", conclut la ministre qui ne donne donc pas de réponse concrète aux pompistes pour le moment.

 

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