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Autopsie

Autopsie, épisode 1: le jour où la Grèce est passée tout près du Grexit

Autopsie - La crise grecque

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09 juil. 2016 à 05:30 - mise à jour 09 juil. 2016 à 14:502 min
Par Arnaud Ruyssen

C’est l’histoire d’un coup de poker, au cœur de l’été.  L’histoire d’un référendum qui, lui aussi, tiendra toute l’Europe en haleine.

Ces principes ne sont pas compatibles avec le chantage et les ultimatums

Le 26 juin 2015, Alexis Tsipras prend tout le monde par surprise. Il est à Bruxelles pour négocier un troisième plan d'aide. Au terme du sommet, le visage grave et le ton solennel, il prend l'Europe à témoin: "Les principes de l'union sont la démocratie et le respect. Et ces principes ne sont pas compatibles avec le chantage et les ultimatums". Il n'en dit pas plus et déjà saute dans son avion pour Athènes. Le soir même, il convoque une réunion exceptionnelle du gouvernement et, à 1h du matin, annonce le référendum. Le vote est fixé au 5 juillet, soit 5 jours après la date couperet du 30 juin, échéance du deuxième plan d'aide. Les grecs sont surpris, les européens abasourdis.

La suite est connue. 62% des grecs vont rejeter les mesures d’austérité proposées. Un vote sans appel, un “non” massif. Et pourtant, le WE suivant, de retour à la table avec ses collègues européens et créanciers, le gouvernement Tsipras acceptera la plupart des mesures refusées par son peuple. Alors, comment expliquer un tel retournement de situation?

Une ambiance d’enterrement

A l’autopsie, il semble bien qu’Alexis Tsipras savait, dès le soir du Référendum, que ce “non” serait extrêmement lourd à porter. Souriant face à la foule, il prononce un discours triomphant. En coulisse, l’ambiance est nettement plus morose. A 23h, le Premier-Ministre convoque une réunion du gouvernement dans sa résidence officielle de Maximos, à Athènes. Un témoin raconte : “certains imaginaient une atmosphère de fête, il régnait une ambiance d’enterrement”.

Tsipras a déjà compris. Depuis le 30 juin son pays est en état de faillite virtuelle, tout juste soutenu par une perfusion, au compte-gouttes, de la Banque Centrale Européenne. Les banques sont fermées. Les retraits sont limités à quelques dizaines d’euros par jour. Devant les distributeurs automatiques, les files s’allongent. Et puis, durant la semaine, le Premier-Ministre grec a aussi a eu des contacts téléphoniques avec Jean-Claude Juncker. Le président de la Commission lui a décrit l’exaspération des autres membres de la zone euro. Ils ne lui feront pas de cadeau.

Pas vivable

Et le Grexit alors? Le gouvernement grec l’a-t-il, lui-même envisagé? “Oui”, raconte James Galbraith, professeur d’économie et expert au cabinet de Yannis Varoufakis. “On a effectué des préparations concrètes mais on est pas allé jusqu’au bout”. Il en résulte que c’est impossible à mettre en œuvre à court terme. Sans un accord avec les créanciers, le système bancaire grec s’écroulerait, impossible de payer les retraites, les salaires,… Plus la moindre opération financière.  Les grecs l’ont constaté en 10 jours de contrôle des capitaux: ce n’est pas vivable.

Au moment d’entamer son bras de fer, Alexis Tsipras sait donc déjà qu’il va le perdre.  Il ne le fera pas sans honneur.  Avec son équipe il va lutter, une nuit durant, pour ne décrocher que quelques concessions symboliques.  Les grecs lui sauront gré d’avoir au moins essayé. Deux mois plus tard, Syriza, le parti d’Alexis Tsipras gagnera largement les législatives anticipées, dans un pays bien loin d’avoir tourné la page de la crise.

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