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Aujourd'hui en Europe: vers une relance du processus d'adhésion de la Turquie à l'UE ?

Aujourd'hui en Europe: vers une relance du processus d'adhésion de la Turquie à l'UE ?

On sent un réchauffement des relations entre les partenaires mais c’est loin, très loin, d’être gagné. Les négociations d’adhésion sont officiellement ouvertes depuis 2005. 13 chapitres sur 35 ont été ouverts et plus d’une dizaine sont bloqués.

Il s’agit du travail en amont qu’un pays doit réaliser pour adhérer à l’Union. Il doit intégrer tout le droit communautaire et partager les valeurs européennes. Tout cela est divisé en chapitres. La France et l’Allemagne bloquaient les discussions avec la Turquie. Mais depuis l’arrivée de François Hollande à la présidence, on sent un changement. Paris est d’accord d’ouvrir le chapitre sur la politique régionale.

La question de la reconnaissance de Chypre est l'un des points noirs du processus

L'Allemagne embraye mais exige des progrès sur la reconnaissance de Chypre, la partie grecque de l’île, membre de l’Union européenne et l’un des points noirs du processus d’adhésion de la Turquie. L’île est occupée depuis 1974 par la Turquie qui refuse de reconnaître la République de Chypre.

Cengiz Aktar est professeur de sciences politiques à Istanbul et spécialiste des relations Union européenne/Turquie. Africa Gordillo lui a demandé si ce regain d'intérêt des Européens est de nature à redynamiser l'adhésion de la Turquie.

Entretien :

"C’est vrai qu'on va redémarrer, parce que la dernière fois qu’on a ouvert un chapitre c’était en juin 2010, il y a 3 ans ! Mais de là à dire que les relations vont redémarrer de plus belle, il y a un pas que je ne franchirais pas. Il faut que cette nouvelle dynamique, ou la dynamique retrouvée, puisse être prolongée pendant la présidence lituanienne et que, entre autre, le président Hollande puisse se rendre en Turquie. Bien sûr c’est du bilatéral, mais c’est quand même très important qu’un président français puisse finalement mettre les pieds en Turquie. Depuis 1992 il n’y a pas eu de visite officielle, donc tout ça a une influence directe sur les relations multilatérales de la Turquie avec l’Union européenne".

Est-ce qu’il y a encore aujourd’hui un intérêt de la Turquie pour son adhésion à l’Union européenne ? Est-ce-que cet intérêt ne s’est pas amenuisé au fil des années, au fil des mois ?

"C'est-à-dire qu’on en parle plus tous les jours comme en 2004, en 2005. Mais les Turcs savent que c’est une bonne chose, en tout cas ce n’est pas une mauvaise chose. Vous savez les principes, normes et standards européens ont beaucoup aidé la Turquie dans sa transformation à partir de 1999, il n’y a pas de raisons que ça ne soit plus le cas. Ce pays est en train de se transformer, de se démocratiser davantage, de se démilitariser, etc. donc toutes ces normes européennes ont encore une signification ici".

Comment convaincre la Turquie de l’intérêt des Européens ?

"Je vais vous le dire, c’est très simple ! Il faut maintenant une date à la Turquie. On sait que les perspectives financières qui vont démarrer l’année prochaine et jusqu’à 2020 ne contiennent pas l’éventualité de l’adhésion de la Turquie. C'est-à-dire qu’il n’y a pas de fonds structurels prévus pour la Turquie et pour les 7 années à venir après 2014. Après 2020, il faut maintenant se prononcer sur une date, et la date qui revient le plus souvent c’est 2023. Une date symbolique pour la Turquie car ce sera le centenaire de la République".

Qu’est ce qui coince encore aussi aujourd’hui par rapport à la Turquie ? On sait qu’il a bien sur tout l’acquis communautaire qui doit être discuté, négocié mais c’est aussi encore la question de Chypre ?

"Oh, même là il y a des développements. Le nouveau président chypriote, M. Anastasiades vient de la lignée libérale. Il sera certainement celui qui aimerait résoudre cette crise sempiternelle. Le problème c’est que Chypre du Sud bien sûr, la République de Chypre, a des problèmes économiques terribles en ce moment. Mais le jour où ça va se calmer je crois que ça va être la question numéro 1 dans son ordre du jour".

Africa Gordillo

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