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Aujourd'hui en Europe: le photovoltaïque victime de son succès

Aujourd'hui en Europe: le photovoltaïque victime de son succès
17 mai 2013 à 16:032 min
Par Sarah Hammo

Paradoxalement, c'est la rançon du succès qui a tué l'industrie européenne du photovoltaïque. Les incitants ont certes dopé la demande, mais elles ont aussi attisé la concurrence des pays tiers, notamment de Chine. Là-bas la production a été multipliée par quatre en à peine trois ans.

Un effet d'aubaine, puisque au final les champions européens comme Siemens ou Bosch jettent l'éponge et décident de ne plus continuer dans l'aventure du photovoltaïque.

Le jeu de l'offre et de la demande

En Belgique aussi l'industrie a été très fortement touchée, comme chez Photovoltech, une PME belge installée à Tirlemont. 
Sa spécialité, c'était les cellules photovoltaïques. La matière première de ces panneaux solaires. A l'automne dernier, l'entreprise a dû fermer, victime elle aussi de la concurrence asiatique comme l'explique son directeur Johan Nys : "Il y a eu énormément de demandes pour le photovoltaïque parce que plusieurs pays donnaient des subventions pour stimuler ce produit. La demande était si grande que cela a attiré l’attention des grandes entreprises d'Asie. Mais fin 2010, début 2011, on a découvert que la capacité de production dans le monde entier était de deux à trois fois supérieure à ce qui était nécessaire pour le marché. En quelques mois, le prix a chuté. Donc beaucoup d'usines de fabrication de cellules mais aussi de modules ont pris la décision de ne plus en produire".
 
Les Européens réagissent... trop tard

Il y a neuf mois, plusieurs entreprises européennes du secteur ont déposé une plainte devant la Commission européenne. Elles accusent les producteurs chinois de recevoir des subventions des pouvoirs publics et d'inonder le marché européen en vendant leur production à perte. Autrement dit, de faire du dumping. C'est une pratique qui fausse la concurrence et c'est illégal. La Commission est arrivée à la même conclusion et vient de décider d'imposer une surtaxe de 47% sur la production chinoise.

Cette décision exceptionnelle ne fait pas l'unanimité. Si les industriels s'en réjouissent, les installateurs eux, s'en inquiètent. L'installateur Sunswitch par exemple, l'un des plus gros en Wallonie, attirent ses clients grâce aux prix bas du matériel chinois et la possibilité d'un rapide retour sur investissement. Alors forcément, taxer les produits chinois cela risque de faire monter les prix et fuir la clientèle.

Jerôme Kervyn, le patron de Sunswitch, se demande si cette décision n'arrive pas trop tard :"Si les Chinois ont reçu trop d'incitants du gouvernement chinois, c'est normal qu'il y ait un rééquilibrage. Par contre aujourd'hui c'est trop tard. Les quelques installateurs et fabricants européens de panneaux photovoltaïques ont déjà été 'pressés' au maximum. C'est une mesure qui aurait dû être prise il y a cinq ans".

L'Europe ne veut pas de guerre commerciale

Clairement, la Commission n'a pas envie de déclencher une guerre commerciale avec la Chine. Karel de Gucht, le commissaire européen en charge du commerce va chercher à déminer la situation. Il a jusqu'au mois de décembre pour trouver un accord. Sinon ces taxes resteront en place pour les cinq ans à venir.

La difficile situation de l'industrie photovoltaïque en Europe, c'est le sujet du reportage qui sera diffusé dimanche matin à 8 heures 30 dans le magazine La semaine de l'Europe sur La Première.

Olivier Hanrion

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