Politique

Augmentation du budget de la Défense : "Parler sécurité n’est pas indécent quand on a une guerre en Europe", selon Ludivine Dedonder

L'invitée de Matin Première : Ludivine Dedonder

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30 mai 2022 à 07:36Temps de lecture3 min
Par D. V. Ossel sur la base d'une interview menée par Thomas Gadisseux et Sophie Brems

Le budget de l’armée revient ce lundi sur la table du gouvernement. Un conseil des ministres restreint doit se tenir à ce sujet. Il est question d’augmenter encore les investissements militaires. “A ce sujet, j’ai toujours un discours qui est raisonné, raisonnable et responsable, martèle la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, invitée de Matin Première. Être responsable, ce n’est pas aller dépenser des milliards d’argent public par fétichisme d’un 2%. C’est prendre le temps de la réflexion […] mais ce n’est pas non plus fermer la porte par dogme.

2% du PIB, c’est le chiffre que souhaite atteindre, notamment, le Premier ministre Alexander De Croo. Ce chiffre correspond en fait à un objectif fixé par les partenaires de l’OTAN, un sommet de l’organisation est prévu fin juin (à Madrid). Voilà pourquoi ce débat s’accélère en ce moment : la Belgique doit se prononcer.

Doubler le budget

Actuellement, le budget militaire s’élève à un peu plus de 1% du PIB, soit 4.2 milliards d’euros par an. Le gouvernement avait déjà décidé d’une augmentation (avec le Plan STAR), avant la guerre en Ukraine, une première depuis 1989. Le budget va donc croître jusqu’à 1,5% du PIB d’ici 2030. En réponse au conflit en Ukraine, un milliard d’euros ont été ajoutés pour 2022, 2023 et 2024. Et il est donc question à présent de passer à 2% du PIB, cela équivaudrait à doubler le budget de la Défense à terme. 

Comment la ministre justifierait-elle ces nouvelles dépenses, alors que son parti, le PS, tente de défendre le pouvoir d’achat des Belges, en pleine crise inflationniste ? Les écologistes s’opposent à cette augmentation de budget, arguant que, dans un contexte budgétaire serré, il faut prioriser.  “Augmenter le budget de la défense, c’est parler de sécurité, répond Ludivine Dedonder. Ce n’est pas indécent aujourd’hui de parler de sécurité, quand on a une guerre sur le continent européen. Toutefois, ça ne doit pas se faire au détriment de l’augmentation du pouvoir d’achat, de la sécurité sociale ou des services publics.

Un accord européen

Nous pensons, poursuit la ministre, qu’il faut un accord au niveau européen pour que les dépenses de défense ne soient plus comptabilisées dans la dette publique. Ce n’est pas du tout saugrenu, c’est ce qui s’est fait après les attentats, pour les dépenses en matière de terrorisme.”

Des dépenses supplémentaires devraient, selon Ludivine Dedonder, avoir des retombées “pour notre pays, pour la population”.

Si on veut renforcer l’effort de défense, ça doit se faire aussi au niveau du personnel. On avait déjà prévu 29.000 militaires à l’horizon 2030 dans le plan Star. Il faut évidemment des retours sociétaux, ça veut dire acheter des capacités duales, utiles pour notre déploiement à l’étranger et sur notre territoire national, comme lors des inondations par exemple. C’est ce qu’on a déjà fait dans le plan STAR, on peut continuer.

La ministre défend également l’idée qu’il faudra des retombées positives pour notre économie. C’était l’idée du budget prévu, au sein du plan Star, pour la recherche et le développement, “pour travailler en amont avec nos entreprises de sécurité et de défense pour développer les capacités du futur.

Déminage en Ukraine ?

En ce qui concerne le conflit en Ukraine, nos militaires resteront en Roumanie jusqu’à la mi-juillet. Ils seront alors remplacés par les Néerlandais. D’autres vont se déployer pour le deuxième semestre en Lituanie, toujours dans le cadre de la défense de notre territoire. La Belgique envoie aussi du matériel d’armement et accueille des blessés ukrainiens. Une quarantaine se trouvent pour le moment sur le sol belge. Par ailleurs, ajoute la ministre, "nous avons une forte expertise dans le déminage. Nous avons proposé notre aide [pour le déminage] du port d’Odessa. Cela pourra se faire à partir du moment où on a un accord de la Russie."

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