Agriculture

Augmentation des coûts de production, diminution du pouvoir d’achat : un été complexe pour les maraîchers locaux et bio

Dossier de la rédaction

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Les producteurs bios, producteurs locaux et producteurs en circuit court ne parviennent pas en ce moment à écouler leur marchandise. La crise du Covid, de la guerre en Ukraine et l’augmentation du prix des matières premières et de l’énergie sont des éléments qui détournent certains consommateurs de produits de meilleure qualité.

On voit beaucoup de magasins et de détaillants qui ont difficile, qui font des appels au secours

Christophe Henry est maraîcher bio à Fernelmont qui gère une coopérative, confirme que le maraîchage bio est assez compliqué pour le moment. "On voit beaucoup de magasins et de détaillants qui ont difficile, qui font des appels au secours, notamment par rapport à leur public, qui parfois répond. Donc ça, c’est quand même encourageant, mais disons qu’ils n’ont pas facile du tout."

"Pour les maraîchers, ça a toujours été compliqué. C’est un métier assez précaire, qui n’a pas d’accès au crédit et qui travaille du mieux qu’il peut avec le faible moyen qu’il a. Et là, maintenant, oui, on voit, tout comme on le voit dans nos activités à nous, que la demande diminue. Je pense aussi que les gens doivent faire des arbitrages par rapport à leur pouvoir d’achat. Donc, on essaie de compenser comme on peut, mais ce n’est pas évident."

"De là où on est, on voit que les clients étaient très présents avant et que visiblement, maintenant, ils ont moins de marge de manœuvre. Donc, ils s’adaptent aussi" à la situation économique difficile, vu l’inflation grandissante ces derniers mois.

Grâce à son système de coopérative, Christophe Henry arrive à limiter les dégâts, grâce à une clientèle diversifiée : "Une des stratégies consiste à diversifier au maximum nos activités et nos débouchés, aussi bien professionnels, particuliers ou institutionnels. On a diversifié via de la livraison à domicile, via de la vente sur une plateforme web qui nous est propre. Donc, on s’en sort, effectivement, en appliquant des stratégies de la sorte, mais c’est vraiment du boulot et il faut faire preuve de beaucoup de créativité."

En période estivale, toujours moins de clients

Pour prendre un peu de hauteur par rapport à cette situation, Philippe Grogna, directeur de Biowallonie, qui épaule les producteurs bios ou ceux qui veulent le devenir. Il nous confirme aussi que la période est "assez difficile", car "elle va mêler toute une série d’éléments qui vont être assez difficiles à vivre pour le moment, dans la mesure où chaque année, pendant la période estivale, il y a moins de consommateurs pour les produits, alors que c’est la période où on est censés pouvoir en produire le plus. On va avoir notamment les collectivités qui vont être fermées puisque les écoles sont fermées et on va avoir des consommateurs qui vont être en vacances. Donc ça, c’est quelque chose qu’on observe chaque année."

"Cette année-ci particulièrement, on va avoir effectivement la crise qui va augmenter les coûts de production de manière générale, mais qui va aussi avoir un effet négatif sur le pouvoir d’achat des gens, qui vont effectivement faire un arbitrage par rapport à leurs différents achats. Et c’est souvent l’alimentation qui va en pâtir."

Et un retour presque "naturel" vers les grandes surfaces, qui ont une plus grande marge de manœuvre pour diminuer les prix, par rapport à des producteurs en circuit court. Une situation finalement paradoxale, car au tout début de la crise covid, la demande en circuit court avait fort augmenté pendant plusieurs mois, comme nous le raconte Christophe Henry.

"On a un volume sur nos marchés d’environ une centaine de "mangeurs", qu’on appelle ainsi car ils ne sont pas clients chez nous, ce n’est pas la même symbolique. On avait une centaine de mangeurs hebdomadaires sur notre marché à Fernelmont et on est passé en quelques semaines à 250 avec un système de livraison à domicile, au point où on a dû dire : " 250, on ne peut pas supporter plus de charge que ça, c’est trop de travail ". Donc oui, on l’a vu, mais sur ce moment-là, on a dû faire un pari. Est-ce que ce sera durable ? Est-ce que ce sera éphémère ? Nous, on s’est dit que c’était probablement tendanciel et que ça allait retourner à la normale après, et c’est ce qui est arrivé. Effectivement, le client final est retourné, on pense, à ses habitudes."

Et le directeur de Biowallonie, Philippe Grogna, de conclure : "Ici, j’ai envie d’encourager tous les consommateurs à s’orienter effectivement vers les produits locaux de manière générale. Ce sont les vacances, ils ont peut-être un peu plus le temps d’aller découvrir les différentes productions et je ne peux que les encourager dans cette direction-là, parce que c’est effectivement le consommateur qui va permettre une valorisation des produits des producteurs de notre région."

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