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Le temps d'une histoire

Au temps de Pathé et Gaumont : les "premières" cinématographiques en Belgique.

Affiche pour le cinématographe Lumière, 1896
09 févr. 2022 à 07:00 - mise à jour 09 févr. 2022 à 07:42Temps de lecture3 min
Par Gérald Decoster

Paris, samedi 28 décembre 1895, un jour historique : la première séance publique payante de cinématographe a pour cadre le "Salon Indien" du Grand Café, de nos jours, l’hôtel Scribe. Parmi les films projetés, Le Jardinier plus connu sous le titre de L’Arroseur arrosé… Inventé par les frères Auguste et Louis Lumière, ce nouvel art émerveille ceux qui découvrent. Le cinématographe ne tardera pas à faire ses "premières" en Belgique.

1895 - Le Jardinier

L'Arroseur arrosé

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La première séance cinématographique en Belgique

Bruxelles, dimanche 1er mars 1896. C’est au numéro 7 de la Galerie du Roi qu’est organisée la première séance publique de cinématographe en Belgique. Au premier étage des locaux du journal La Chronique, la salle des dépêches accueille régulièrement diverses expositions, c’est là que cette "première" belge va avoir lieu…

La plaque commémorant la première séance de cinéma, Galerie du Roi à Bruxelles
La plaque commémorant la première séance de cinéma, Galerie du Roi à Bruxelles - Tous droits réservés

Pour l’occasion, la salle a été habillée de tissu rouge et, pour assurer le confort des premiers spectateurs, dotée de banquettes assorties. Les projections durent une quinzaine de minutes et débutent à 10 heures, permettant ainsi d’accueillir de nombreuses personnes tout au long de la journée. Parmi les très courts-métrages au programme, il y a Le Jardinier ainsi que Le Repas de bébé.

Le Repas de bébé (1895) - Louis Lumière

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Ces séances inaugurales sont l’occasion de présenter la fameuse Arrivée d’un train en gare de la Ciotat. Ce film de 50 secondes qui, à Lyon, le 25 janvier 1886, à l’occasion de sa première diffusion "… a eu un impact particulièrement durable ; oui, il a provoqué la crainte, la terreur, et même la panique… ", comme l’écrivait en 1994, dans Der Spiegel, l’allemand Hellmuth Karasek, auteur de plusieurs livres sur le cinéma.

"Entrée d'un train en gare de la Ciotat" (ciné-concert)

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Le succès de ces premières séances sera tel qu’elles se multiplieront. Pour leur confort, les dames seront invitées à s’y rendre l’avant-midi, le reste de la journée étant consacré aux élèves des écoles. Le soir, à l’issue des représentations théâtrales, il sera de bon ton de repasser par ce spectacle "de photographies animées".

Rapidement, plusieurs théâtres bruxellois se prendront au jeu du cinématographe, intercalant des images filmées dans leurs représentations ou en faisant même un ingrédient à part entière. Parmi les salles innovantes, on comptait : l’Alcazar royal, également nommé Fantaisies-Parisiennes, rue d’Arenberg ; le Palais d’Eté, remplacé par le ci-devant Parking 58 ; le Théâtre des Galeries et la Scala, aujourd’hui cinéma UGC-De Brouckère.

L’affiche d’un spectacle à l’Alcazar Royal, à Bruxelles, par Adolphe Crespin et Edouard Duyck
Vue de l’intérieur du Palais d’Eté prêt pour accueillir une représentation théâtrale, vers 1906-1907
Le théâtre Le Scala, déjà transformé en cinéma Le Scala...

Le premier film belge…

Deux hommes représentent les racines du cinéma belge : l’anderlechtois Hippolyte De Kempeneer et le français Alfred Machin.

Profil d’Hippolyte De Kempeneer sur le monument qui lui est dédié, avenue Limbourg, à Anderlecht
Alfred Machin

C’est en 1897 qu’Hippolyte De Kempeneer sort le premier film noir-jaune-rouge : "Le roi Léopold II à l’Exposition de Tervuren". Les images sont enregistrées le jour de l’inauguration de la section coloniale de l’Exposition internationale de Bruxelles, à Tervuren, consacrée à l’État indépendant du Congo…

De Kempeneer se spécialisera dans le tournage de courts documentaires et de sujets d’actualités, ce qui le mènera tout naturellement à lancer "La Semaine animée", des actualités cinématographiques, diffusées tous les vendredis de 1912 à 1914. Entretemps, il fondera la "Ligue du cinéma moral" et ouvrira le "Cinéma des familles" où seront diffusés des documentaires…

Le premier long métrage belge…

Alfred Machin est né à Blendecques, dans le Pas-de-Calais. Engagé par la firme Pathé, il tournera des films en Afrique dès 1907, avant d’être envoyé aux Pays-Bas pour y développer l’industrie du cinéma. C’est en 1912 que Pathé l’envoie en Belgique pour y être le directeur artistique de sa filiale, la Belge Cinéma Film. La même année, il tourne L’Histoire de Minna Claessens, un film de 24 minutes dont 8 seulement ont été récemment retrouvées aux Pays-Bas. Quant au scénario, il est heureusement conservé à la Bibliothèque nationale de France.

Une image tirée de L'Histoire de Minna Claessens...
Une image tirée de L'Histoire de Minna Claessens... Tous droits réservés

Parmi les acteurs de L’Histoire de Minna, un certain Fernand Crommelynck qui figurera dans une autre production d’Alfred Machin, son film le plus important, considéré comme très avant-gardiste : Maudite soit la guerre. Un mélodrame de 50 minutes, pacifiste et colorié à la main, racontant l’opposition entre deux aviateurs, doublée d’une histoire d’amour impossible, pendant une guerre opposant deux pays imaginaires… Une œuvre prémonitoire.

Les premiers cinémas…

Il faudra attendre l’entre-deux-guerres pour voir fleurir des établissements spécifiquement consacrés aux "spectacles cinématographiques"... Depuis lors, nombre d’entre eux ne sont plus. Si avant les années 1920, beaucoup d’installations verront le jour, elles seront caractérisées par le remploi de lieux préexistants car, aménager un tel lieu demandait peu de moyens : un local, des sièges, une toile blanche, une cabine de projection et un piano pour pallier l’absence de son des films. Puis, viendra le temps de la construction des véritables salles. En cela, Bruxelles brillera par le nombre et la qualité architecturale de ces lieux dédiés au septième art. 

 

A voir, ce vendredi 11 février sur La Une à 22h30 dans Le temps d’une histoire avec Patrick Weber, Charles Pathé et Léon Gaumont, premiers géants du cinéma, un documentaire d'Emmanuelle Noblécourt et Gaëlle Royer.

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