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"Au Burundi, la crise est nutritionnelle et sanitaire"

"Au Burundi, la crise est nutritionnelle et sanitaire"
02 févr. 2016 à 16:31Temps de lecture2 min
Par Julien Jeffredo

Entretien avec Sophie Léonard, médecin et représentante adjoitnt de l'Unicef au Burundi. Elle y travaille depuis 6 ans mais depuis le début de l'année 2015, avec l'éclatement de violences dans le pays, elle constate une aggravation de la situation pour les burundais.

Comment la crise politique et sociale a-t-elle affecté la vie des burundais ?

Déjà avant la crise, il y avait 80% de population qui vivait sous le seuil de pauvreté. Là-dessus, on a une crise qui se rajoute. Beaucoup d’industries, de magasins ont fermé. La capitale, Bujumbura, s’est vidée. Quid maintenant de la possibilité d’acheter des semences pour la prochaine saison agricole ? Les prix ont augmenté et les denrées se raréfient. Pendant toute une période les camions n’osaient plus venir de Tanzanie pour ravitailler Bujumbura. Aujourd’hui, on trouve difficilement du carburant… C’est toute l’économie qui est en souffrance. À Bujumbura qui était pourtant la zone la plus privilégiée en termes de nutrition on observe un doublement du taux de malnutrition aigu chez les enfants de moins de 5 ans. On va vers une crise nutritionnelle.

Des nombreux partenaires internationaux du Burundi ont réduit ou suspendu leur aide au pays pour tenter de faire pression sur le gouvernement de Pierre Nkurunziza. Quels effets cela produit-il ?

Tout le monde attend que quelque chose se passe, dans un sens ou dans l’autre. Je crois plutôt que la situation va continuer à se dégrader pour longtemps. En attendant, c’est cette population qui souffre. S’il n’y a pas de médicaments, il faut trouver les moyens de leur en donner. Sans médicaments, c’est la faillite annoncée du système de santé. Cette pénurie s’est aggravée avec cette crise et l’arrêt de certaines aides mais bien avant, déjà, il y avait des problèmes de financement du secteur de la santé. Les populations en sont conscientes et ne vont plus aux centres de santé. Si c’est pour recevoir une ordonnance pour aller chercher des médicaments dans une pharmacie privée – ce dont ils n’ont plus les moyens – elles préfèrent ne plus y aller. C’est la même chose pour la malnutrition : on a des difficultés à avoir des stocks dans les centres de santé et les gens le savent. Du coup, ils n’amènent pas leurs enfants malnutris.

Cette crise nutritionnelle et sanitaire a-t-elle des conséquences politiques ?

La population est désœuvrée et étranglée. Cette pauvreté génère de la violence, davantage encore que les discours politiques. Voilà ce qui pourrait être le plus grand problème. Mais on peut faire quelque chose. Nous avons suffisamment de contacts opérationnels pour pouvoir donner des médicaments là où on en a besoin. Il faut continuer à assurer les services d’éducation. Les écoles sont là et les structures sont en places. Il ne faudrait pas mettre en péril tous ces acquis.