RTBFPasser au contenu
Rechercher

Justice

Attentats de Paris : "J'ai enlevé le déclencheur de mon gilet explosif", déclare Salah Abdeslam sur le 13 novembre

30 mars 2022 à 07:00 - mise à jour 30 mars 2022 à 16:10Temps de lecture3 min
Par Melanie Joris du service judiciaire

Pour cette 102e journée d’audience devant la cour d’assises de Paris, il était prévu d’interroger Salah Abdeslam sur ses faits et gestes du 7 au 13 novembre 2015. C’était sans compter sur son silence à géométrie variable.

La cour avait pourtant de nombreuses questions. Elle souhaitait notamment le faire réagir aux propos de Mohamed Abrini qui avait avancé hier une version jamais entendue : si Salah s’est retrouvé avec un gilet explosif sur le dos, c’est parce que lui-même a renoncé à jouer un rôle actif le 13 novembre.

Le droit au silence

Abdeslam, t-shirt noir, cheveux noirs, petite barbe, reste impassible dans son box. Dès les premières minutes de l’audience, il douche tous les espoirs des parties civiles d’obtenir des réponses. Il déclare : "Monsieur le président, mesdames et messieurs de la cour, aujourd’hui, je souhaite faire usage de mon droit au silence". Le président, surpris, insiste, mais Abdeslam reste sur sa position, sur un ton calme : "J’insiste aussi monsieur le président, je ne souhaite pas m’exprimer aujourd’hui".

"La lâcheté des terroristes"

L’avocat général Nicolas Le Bris attendait, lui aussi, des réponses. Après avoir déroulé sa liste de questions sans réponse, il a eu ces mots forts : "Ce silence apporte une confirmation, celle que la lâcheté est la marque de fabrique des terroristes. Vous aviez la possibilité de donner des réponses après vos teasings des semaines passées. Il n’y a pas une once de courage chez vous, c’est de la lâcheté à l’état brut".

Cette lâcheté a aussi été pointée par plusieurs parties civiles. Bruno Poncet est un rescapé du Bataclan. Il n’attendait rien de cette audience. Quant à la ceinture explosive de Salah Abdeslam, il estime que : "Il n’a pas eu le courage de se faire exploser. Ce n’est pas parce qu’il a eu un semblant de réflexion".

Pour Me Jean Reinhart, avocat de l’association 13Onze15 Fraternité-Vérité, ce silence n’est que temporaire : "Il reparlera d’ici la fin du procès parce qu’il veut se sauver".

Puis quelques réponses

Salah Abdeslam est brièvement sorti de son silence suite aux nombreuses questions de l’avocate de parties civiles Claire Josserand-Schmidt. Il a déclaré : "Je sais que m’exprimer ou garder le silence ne sert à rien. Aujourd’hui, on sort les faits de leur contexte. J’aurais voulu qu’on entende aussi les victimes des bombardements français".

L’avocate des parties civiles semble avoir toutefois appuyé sur la bonne touche. Salah Abdeslam clarifie ensuite les propos qu’il a tenus lors de son dernier interrogatoire. "Je n’ai pas été jusqu’au bout, j’ai renoncé à enclencher ma ceinture. Je ne l’ai pas suggéré, je l’ai dit. Ce n’était pas par lâcheté, pas par peur. Je ne voulais pas le faire, tout simplement".

Le gilet explosif était défectueux

Ce gilet explosif a été au cœur des débats, ponctué par la présence de l’expert qui a analysé l’engin. Celui-ci est catégorique, le gilet était défectueux. Par le biais des questions des avocats des parties civiles, on apprend qu’il était impossible de savoir que le gilet était défectueux sans avoir tenté de l’actionner.

Suite à une question de l’avocate de Salah Abdeslam, Olivia Ronen, on apprend aussi qu’il aurait été possible d’actionner l’engin via une source de chaleur extérieure comme celle d’un briquet ou d’une allumette. Mais que cette tentative aurait nécessairement laissé des traces sur l’appareil. Or il n’y en avait aucune.

Après cet exposé, Salah Abdeslam a daigné fournir une seule explication. Pourquoi est-ce que le gilet était dépourvu de sa pile et de son bouton-poussoir lorsqu’il a été retrouvé à Montrouge : "Le jour où j’ai abandonné le gilet, je l’ai mis à un endroit où il y avait peu de chance qu’il soit retrouvé ou manipulé par quelqu’un. J’ai retiré les éléments qui permettent son déclenchement. C’était pour éviter qu’un enfant le fasse exploser par accident. Ce n’était pas pour cacher mes empreintes digitales".

Ce sera sa dernière prise de parole de la journée.

Revivez notre direct commenté

Loading...

Sur le même sujet

Procès des attentats de Paris : Salah Abdeslam, la peine de sûreté incompressible, l'enjeu de la plaidoirie de ses avocats

Monde

Attentats du 13 novembre : une plaidoirie collective des parties civiles pour un procès hors norme

Justice

Articles recommandés pour vous