Attentats de Bruxelles

Attentats de Bruxelles : l’ordinateur des terroristes trouvé dans une poubelle, une mine d’or pour l’enquête

Procès des attentats / Un ordinateur providentiel

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24 janv. 2023 à 05:00Temps de lecture3 min
Par Patrick Michalle avec Fabrice Gérard

Le hasard peut aider une enquête. Dans le cas présent, sans la découverte et la restitution par le personnel de Bruxelles Propreté d’un ordinateur HP Probook trouvé dans une poubelle de la rue Max Roos, de nombreuses questions resteraient sans doute à jamais sans réponse.

Les technologies les plus poussées ont été utilisées pour faire "parler" cet ordinateur qui a servi à la cellule terroriste jusqu’au matin du 22 mars à 6h37, date à laquelle une clé USB a été retirée. Avec comme résultat, une mine d’or d’informations qui permettront de contextualiser l’emploi du temps et les motivations des terroristes tout au long de leur période de clandestinité. La détermination des cibles, la préparation des attentats à Paris et à Bruxelles. Et les derniers messages adressés avant le matin du 22 mars 2016.

Dans ces nombreux fichiers trouvés, plusieurs "audio" sont adressés en Syrie dans lesquels les enquêteurs ont pu identifier la voix d’Ibrahim El Bakraoui et celle de Najim Laachraoui, les deux bombes humaines de l’aéroport de Zaventem.

Le fichier audio « YASS », annonce les attentats de Bruxelles

Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui
Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui © RTBF

On se souviendra qu’après la fuite de la rue du Dries à Forest, les photos des frères El Bakraoui apparaissent dans l’article d’un quotidien populaire. Quelques jours plus tard, le vendredi 18 mars 2016, Salah Abdeslam sera arrêté sous le regard des caméras à la rue des Quatre Vents à Molenbeek. Un événement qui va tout précipiter comme l’illustrent les extraits de conversations enregistrés dans l’ordinateur provenant de la rue Max Roos.

On est recherché de partout, on n’est plus en sécurité

Un premier message est adressé par Ibrahim El Bakroui très probablement à son cousin Yassine Atar, les deux hommes s’appellent par leurs noms de guerre, un message sans ambiguïté à propos de ce qui s’annonce : "vous avez bien vu ce qui s’est passé ces derniers jours donc on est un peu dans la précipitation, on ne sait plus faire quoi que ce soit ici… On est recherché de partout… On n’est plus en sécurité… Même un logement en sécurité, on l’a plus. Et si on s’éternise… Si on s’éternise, on risque de terminer à côté de lui dans une cellule"L’allusion faite à l’arrestation de Salah Abdeslam est claire, l’audio est donc enregistré après le 18 mars 2016.

Le message qui annonce la terreur à Bruxelles

Khalid El Bakraoui – station de métro
Khalid El Bakraoui – station de métro © RTBF

Un second message trouvé dans l’ordinateur est adressé par Najim Laachraoui, l’artificier du groupe. Adressé en Syrie à l’émir Abou Ahmed, appelé en réalité Oussama Atar, il est enregistré dans l’ordinateur la veille des attentats. La décision de frapper Bruxelles est prise : " On doit travailler le plus vite possible et on a décidé de travailler, "inchallah", demain mardi 22 mars". Il poursuit en donnant les raisons qui justifient cette précipitation : "Parce qu’on n’a plus de planque de sécurité, il n’y a plus personne, tu vois il n’y a plus de frère pour la logistique. Tout le monde est cramé. Toutes les photos sont sorties".

On doit travailler le plus vite possible

Chacun se souviendra qu’après la photo des frères El Bakraoui parue après la perquisition rue du Dries, c’est la photo de Najim Laachraoui qui paraît ensuite dans la presse.

Les cibles, ce sera l’aéroport… Et le métro

L’artificier Najim Laachraoui se veut alors rassurant pour son émir : "Louange à Dieu, Allah, exalté soit-il, nous a permis, comme je te l’ai dit dans l’audio précédente, de faire plus de 100 kilos de TATP". Viendront ensuite les modalités pratiques pour envoyer les testaments de ceux qui s’apprêtent à mourir et la description du plan d’attaque pour le 22 mars : "Les cibles ce sera l’aéroport… Et le métro. Les lignes de métro. Ça va être cinq "dougma" (opérations) inchallah. Tu vois. Direct". Najim Laachraoui évoque alors une information reçue d’un complice : "il y a des vols américains, des vols russes, des vols israéliens. On va essayer de les toucher".

Un fichier de revendication des attentats de Bruxelles

Les armes à la rue Max Roos
Les armes à la rue Max Roos © RTBF

En examinant l’ordinateur, un fichier intitulé "Texte BEL" daté du 21 mars 2016 à 22h43 est retrouvé, c'est une revendication des attentats de Bruxelles. Il est adressé au gouvernement belge et démontre clairement une volonté d’exercer une pression destinée à changer la politique étrangère de la Belgique : "Tant que vous continuerez à nuire aux intérêts de l’Etat islamique par votre participation à cette maudite coalition, alors il vous faudra accepter d’être frappé". Une revendication qu'on peut qualifier d'opportuniste si l'on sait qu'au départ le projet était bien de frapper une nouvelle fois la France, la Belgique étant considérée comme une base arrière où l'on vient se réfugier.  

De nombreuses photos comme une mise en scène

Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui
Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui © RTBF

Dans le contenu de l’ordinateur, de nombreuses photos seront retrouvées mettant en scène les différents protagonistes. Elles ont été prises dans la planque de la rue Max Ross peu avant les attentats perpétrés à Bruxelles. On peut y découvrir les armes disponibles dans l’appartement qui n’ont à ce jour jamais été retrouvées. De même que des photos de certains des accusés du procès aux côtés de ceux qui ont commis les attentats de Zaventem et Maelbeek.

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