Attentats de Bruxelles

Attentats de Bruxelles : les services de renseignements se sont améliorés mais le partage d'informations doit être optimisé

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13 oct. 2022 à 05:00 - mise à jour 13 oct. 2022 à 08:26Temps de lecture3 min
Par Melanie Joris du service judiciaire

Le rapport du Comité R sur le suivi des recommandations de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de Bruxelles a été transmis au Parlement. Nous avons pu le consulter. Dans ses conclusions, le rapport dresse un bilan majoritairement positif mais des points d’attention très importants sont soulevés comme la nécessité pour les services de renseignements (civil et militaire) d’intensifier leur collaboration et le partage d’une méthodologie commune.

En 2017, après un an et demi de travail, la Commission d’enquête parlementaire a accouché d’un rapport de mille pages et d’une série de recommandations. Le 19 octobre, les parlementaires débattront avec le Comité R du suivi de ces recommandations. Dans le rapport de suivi du Comité R, on peut lire que la Sûreté de l’État (VSSE) a fait aboutir 36% des recommandations tandis que le renseignement militaire (SGRS) en a réalisé 28%. Quant aux recommandations en cours d’application, il s’agit de 40% à la Sûreté et 60% au SGRS. Des chiffres à prendre avec des pincettes et à un moment T, souligne le Comité R.

Pas de méthodologie commune, pas de contrôle

Contactée, une source politique met toutefois un bémol à ce bilan positif : "Certains points "en cours" sont, en fait, bloqués depuis des années". Un autre observateur estime qu’il y a eu trop peu d’avancements en six ans.

Par ailleurs, un problème reste récurrent : "Il n’y a toujours pas de méthodologie commune sur l’analyse de la menace entre la Sûreté de l’État et le renseignement militaire. Cela a pourtant des implications majeures sur la sécurité et les libertés des citoyens". Dans son rapport, le Comité R enjoint d’ailleurs "les services à développer une vision commune dans les six mois".

Un autre point cardinal est la coordination : "Il faut une meilleure coordination humaine et structurelle pour permettre un meilleur échange d’informations", nous dit-on. Mais pour cela, il faut dépasser les intérêts personnels des différents services de renseignements et de police au profit de l’intérêt collectif. Il faudrait également un véritable pilote avec une vision transversale pour coordonner ces différents services.

Plusieurs sources politiques plaident également pour la mise en place d’un réel contrôle dans le suivi des recommandations. Une demande qui se retrouve dans les points d’attention soulevés par le Comité R qui recommande "un débat public parlementaire plus large sur les tâches des deux services de renseignements".

Toujours pas de banque de données commune

Une des recommandations de la Commission d’enquête parlementaire était la création d’une Banque-Carrefour pour l’ensemble des services de sécurité afin de "rendre accessible les informations pertinentes disponibles dans les diverses banques de données de manière sûre et intégrée". Cinq ans après avoir été formulée, cette recommandation n’a toujours pas vu le jour. Cet outil semble pourtant indispensable pour un travail efficace et un bon partage de l’information.

Dans son rapport, le Comité R invite le gouvernement "à donner une nouvelle impulsion au projet et de budgétiser, planifier et structurer sa finalisation".

Autre constat réalisé par le Comité R : les services de renseignements n’ont toujours pas accès à la base de données de la police (BNG). Le Comité encourage là aussi les instances à concrétiser ce projet.

Pas de vision sur les réseaux sociaux

Une autre recommandation faite par la Commission d’enquête parlementaire visait la veille sur les réseaux sociaux. Au moment des attentats, quatre agents travaillaient à l’exploitation des réseaux sociaux à la Sûreté de l’État. Aujourd’hui, ils sont quinze. Une augmentation du personnel a aussi eu lieu du côté des renseignements militaires.

Ceci étant dit, le Comité R constate qu’il n’existe actuellement pas d’outil commun pour l’analyse des médias sociaux. Pour le Comité, les deux services de renseignements doivent "intensifier le partage de connaissances dans ce domaine et permettre un échange de bonnes pratiques".

Un travail très important pour une de nos sources qui estime que "sur ces plateformes, notre sécurité et nos libertés sont parfois mises en danger. Ce sont de réelles menaces pour notre démocratie. Il y a donc un gros effort à faire", conclut-elle.

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