La Grande Forme

Attaque au couteau à Schaerbeek : l’agresseur aurait-il dû bénéficier d’une mise en observation psychiatrique ?

Policier tué à Schaerbeek : l'agresseur aurait-il dû bénéficier d'une mise en observation ?

© Getty Images

Jeudi 10 novembre, un homme a agressé au couteau deux policiers en patrouille à Schaerbeek. Un des deux hommes a succombé à ses blessures. La mort du policier aurait-elle pu être évitée grâce à une hospitalisation ou une mise en observation en psychiatrie de l’agresseur ? Caroline Depuydt, psychiatre référente de l’émission la Grande Forme nous explique dans cet article ce qu’est "l’hospitalisation sous contrainte en psychiatrie" et dans quelle mesure elle peut être appliquée.

Quelques heures avant l’agression, le coupable s’était présenté au commissariat de police d’Evere. Selon le parquet de Bruxelles, il tenait des propos incohérents, parlait de la haine contre la police et demandait à être pris en charge au niveau psychologique. L’agresseur était par ailleurs connu pour être dangereux et avait des antécédents de radicalisation. "C’est donc typiquement le genre de profil pour lequel on pourrait faire ce qu’on appelle "une expertise en vue d’une hospitalisation sous contrainte" explique le Dr Caroline.

Mais de quoi s’agit-il exactement ? En psychiatrie, on peut décider d’une hospitalisation sous contrainte de la personne. Cela s’appelle aussi : une "mise en observation (MEO)". Elle est inscrite dans le cadre d’une loi du 26 juin 1990, relative à la protection de la personne malade mentale. C’est d’ailleurs la seule loi médicale qui le permet. Les experts dans ce domaine possèdent une formation pour connaître la loi.

A Bruxelles, cette pratique se fait en collaboration avec les services d’urgence. Dans le reste de la Belgique par contre, certains médecins peuvent être appelés : soit des médecins qui collaborent avec les policiers, soit des médecins légistes. "Puisque cette pratique est encadrée par la loi, on ne peut pas faire n’importe quoi" ajoute le Dr Caroline. Cette loi permet une hospitalisation sous contrainte en psychiatrie dans un service fermé, pour quelqu’un qui souffre d’un trouble psychique grave. Pour que cette hospitalisation soit possible, trois critères doivent être remplis et simultanés :

  • Maladie mentale en crise
  • Dangerosité pour soi et/ou pour autrui
  • Défaut d’alternative/refus de soins

Ce n’est toutefois pas le médecin qui décide du lancement de la procédure, puisqu’il s’agit d’une loi. C’est le procureur/le magistrat qui décide. Mais pour décider, il a besoin de l’attestation/d’un avis du médecin qualifié. C’est seulement après avoir reçu cet avis et que quelqu’un fasse la demande, que l’hospitalisation sous contrainte peut être décidée.

Dans le cas de l’actualité récente, les cliniques universitaires Saint-Luc confirment que l’homme qui a tué un policier était bien venu se présenter au service des urgences le matin même. Il ne remplissait donc pas tous les critères requis par la loi (et énoncés ci-dessus) pour lancer une mise en observation, à savoir, le refus de soins. Il a donc pu repartir de l’hôpital le jour même.

Cette loi concerne principalement les personnes souffrant d’un trouble psychique en crise. Souvent, il s’agit de psychose, de schizophrénie… Ces personnes sont envahies de délire et hallucinations et sont dépourvues de conscience morbide. Ils présentent une dangerosité soit directe : sont agressifs, menaçants. Soit indirecte : traversent l’autoroute en courant, pensent qu’ils peuvent voler, provoquent les autres et se retrouvent dans des bagarres. Cela peut être aussi de grosses dépressions, appelées également "mélancolie", avec des idées suicidaires, tentative de suivi ou passage à l’acte.

Qui peut demander une Mise en Observation ?

N’importe qui peut demander une MEO : votre voisin, votre femme, votre collègue… Par contre, la demande doit passer par procureur et avoir un certificat médical valide. En pratique, les demandeurs sont :

  • La famille, en concertation avec le médecin ou le psychiatre
  • Un service d’urgences psychologique
  • La police

Comment et quand intervient la police ?

La police est généralement appelée en cas d’urgence quand il y a un trouble de l’ordre public ou un trouble de l’ordre privé. Ils interviennent dans plusieurs cas :

  • S’il y a un trouble de l’ordre public et que la personne est agitée et incohérente.
  • Une intervention à domicile suite à un appel de la famille pour agitation et passage à l’acte (menacé couteau).
  • Suite à l’appel des voisins pour des comportements étranges, menaçants.

Sur place, si la police se rend compte que la personne ne va pas bien, elle contacte le procureur qui demande alors à un psychiatre de rencontrer la personne pour voir si elle remplit ou pas les trois critères énoncés ci-dessus ; C’est ce qu’on appelle une expertise psychiatrique.

Les hospitalisations sous contrainte en psychiatrie : qu'est-ce que c'est ? Comment ça se décide?

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Si une MEO est décidée que se passe-t-il ?

Si le procureur du Roi décide qu’il est nécessaire de lancer une MEO, le patient est transféré dans un service fermé, spécialement agréé pour prendre en charge ce genre de mesures. Il y reste pour 40 jours maximum. La personne revoit le juge dans les dix jours qui suivent l’incident pour confirmer ou pas la mesure. Durant cette période, le patient est rencontré, évalué, traité avec comme objectifs :

  • Apaiser la maladie mentale
  • Trouver une alternative aux soins contraints
  • Relancer une alliance thérapeutique et un accord avec les soins
  • Élaborer un projet thérapeutique

Si le patient va mieux avant les 40 jours prévus, il peut sortir à tout moment. Par contre, si rien n’a changé après 40 jours, on peut demander une prolongation de la mesure pendant deux ans maximum. S’il n’y a pas eu de crime ou de délit, le patient ne sera jamais envoyé en prison.

Durant l’hospitalisation, le patient a des entretiens avec psychiatre, psychologue, assistant social, médecin généraliste, kinésithérapeute, un infirmier de référence. Il participe à toutes sortes d’activités selon ce qu’il souhaite (sport, artistique, cours de langue, jardinage,…)

Retrouvez "La Grande Forme" en direct du lundi au vendredi de 13 heures à 14h30 sur VivaCité. Vous avez manqué l’émission ? Nous vous invitons à la revoir sur Auvio ainsi que sur différentes plateformes de Podcast.

Loading...

Sur le même sujet

Syndrome de Lazare : pourquoi les survivants d'un événement tragique ressentent-ils de la culpabilité ?

La Grande Forme

Plus de 2000 policiers présents à Waremme pour les funérailles de Thomas Monjoie

Regions Liège

Articles recommandés pour vous