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Asile et migration : une politique "ferme mais humaine" ? "Il faut surtout garantir que la procédure soit plus rapide", estime Sammy Mahdi

Comment mener une politique migratoire en plein covid-19 ? La question est ardue, tant la pandémie semble accaparer tous les esprits. La meilleure preuve, c’est que l’Etat belge s’est fait épingler par la Cour européenne des droits de l’homme pour ne pas avoir assuré l’accueil d’un demandeur d’asile soudanais en 2017, sans avoir évalué les risques qu’il courait dans son pays…

Le secrétaire d’Etat fédéral à l’Asile et la migration, Sammy Mahdi (CD&V), en prend toutefois acte et ne compte pas faire appel. "Le droit international est fondamental en tout ce qui concerne l’asile et la migration", expliquait-il ce mardi au micro de Matin Première, rappelant que ce principe était inscrit littéralement dans l’accord gouvernemental.


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Mais ce n’est pas pour autant que la Belgique va se refuser à renvoyer dans leur pays des personnes qui n’ont pas le droit de rester. "On l’a fait auparavant, on le fera dans le futur, seulement il faut pouvoir garantir à chaque personne qui demande l’asile le droit à l’avocat, l’interprète, le droit au recours", rappelle Sammy Mahdi. Autant d’éléments qui n’étaient pas présents dans l’affaire du réfugié soudanais, comme l’a lui-même avoué le secrétaire de l’époque, Theo Francken (N-VA).

Encore récemment, des personnes ont eu des problèmes à obtenir l’asile, malgré un enregistrement en ligne dans les règles. Alors Sammy Mahdi dit travailler sur "une solution". "Presque dès le premier jour où je suis devenu secrétaire d’Etat, je me suis mis en contact avec les services, Fedasil, l’Office des étrangers, avec la Ville de Bruxelles, avec qui on a très bien coopéré, pour trouver une solution, précise-t-il. Parce que le plus important, c’est de pouvoir garantir que les gens qui demandent l’asile aient droit à l’accueil."

Eviter ce qui s’est passé en 2015-2016

Covid oblige, les enregistrements se faisaient sur Internet, mais pour éviter les erreurs, les demandes pourront à nouveau se faire en physique dès ce mardi. Retour au Petit Château, à Bruxelles, donc, mais ce sera "une situation améliorée", précise Sammy Mahdi, notamment au niveau des effectifs. "Il faut garantir que les personnes puissent demander l’accueil de manière physique, que dans le même temps il y ait assez de personnes présentes au Petit Château pour pouvoir accueillir ces personnes-là", note le secrétaire d’Etat.

La question sanitaire est également à prendre en compte évidemment. "On va demander aux gens qui viennent le matin tôt de revenir à une certaine heure, pour ne pas avoir de longues files", affirme Sammy Mahdi, qui précise également que des plaques de plexiglas se trouvent sur place, que les interprètes peuvent travailler en vidéoconférence ou par téléphone, et que le port du masque est obligatoire pour les demandeurs d’asile.


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Le covid-19 a toutefois permis aux services de souffler un peu : il y a eu une diminution des demandes d’asile, puisque beaucoup de frontières se sont fermées. "Ça nous donne l’opportunité de combler les retards et de garantir que les procédures soient plus rapides", pointe Sammy Mahdi. Il faut faire en sorte que les gens qui demandent l’asile aient droit à la demande d’asile, droit à un accueil et en même temps droit à savoir le plus vite possible s’ils ont le droit de rester ici ou pas."

Pour l’instant, les structures d’accueil sont "suffisantes" pour gérer l’afflux de réfugiés, estime Sammy Mahdi, même s’il dit penser à l’avenir : "on veut éviter ce qui s’est passé en 2015-2016, où les capacités n’étaient pas suffisantes." On se souvient des images des personnes dormant dans le parc Maximilien, à Bruxelles… Pour ne pas que cela se répète, Sammy Mahdi veut travailler et communiquer avec les pouvoirs locaux, afin d’éviter une frustration de leur part.


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En 2017, c’est le gouvernement Michel qui était aux commandes. Un gouvernement qui revendiquait une politique "ferme, mais humaine". "Parfois on aime bien jouer sur les mots, rétorque Sammy Mahdi. Que ce soit ferme ou humain, il faut surtout garantir que la procédure soit plus rapide." Quel que soit le mot, le constat est le même, selon lui : "tout ce qu’on promet, il faut le réaliser". Avant d’ajouter que les mots, "parfois inhumains", employés par ses prédécesseurs ne sont pas dans "son vocabulaire" à lui.

Dans les faits, Sammy Mahdi dit donc vouloir que les choses se fassent plus rapidement, que ce soit pour accueillir des réfugiés… ou les renvoyer dans leur pays, "en collaboration avec la personne". "Je n’aime pas que les gens attendent pendant un an, deux ans, avant de savoir s’ils peuvent rester ou pas", conclut le secrétaire d’Etat.

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