Belgique

Arthur Dénouveaux, victime du Bataclan, à l’ouverture du procès des attentats de Bruxelles : "Je souhaite beaucoup de courage aux jurés !"

L'invité : Arthur Denouveaux, rescapé des attentats de Paris

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12 sept. 2022 à 07:12Temps de lecture3 min
Par D. V. Ossel sur base d'une interview menée par Thomas Gadisseux et François Heureux

"Mon seul conseil c’est : ‘parlez entre vous, soutenez-vous et c’est ensemble que vous y arriverez"Alors que la cour d’assises de Bruxelles tient ce lundi une première audience publique dans le cadre du procès des attentats du 22 mars, Arthur Dénouveaux, rescapé du Bataclan, s’adresse aux victimes de Bruxelles, sur les ondes de La Première. "Pour avoir parlé avec elles, je sais qu’elles ressentent la même chose que nous, à savoir que c’est un sport collectif, que c’est uniquement parce qu’on est nombreux qu’on arrive à faire face à des choses aussi dures."

Il vient de se replonger durant des mois dans l’horreur. Il est sorti du procès-fleuve des attentats de Paris en écrivant un livre : "Et nous nous sommes parlé”, écrit avec une journaliste et un avocat c’est le titre récit avec une journaliste (Charlotte Piret) et un avocat (Xavier Nogueras) (Editions de l’Aube).

Arthur Dénouveaux se souvient du jour où il s’est retrouvé face aux accusés pour la première fois : "C’est très déstabilisant. Il y a un grand soulagement dû au fait que ça commence. On avait attendu ça pendant des années, mais d’un autre côté, c’est glaçant de les voir face à nous." Cette première suscite également beaucoup d’interrogations chez le rescapé : les accusés vont-ils parler, comment vont-ils se comporter, va-t-on être capable de faire face ?

On avait attendu ça pendant des années, mais d’un autre côté, c’est glaçant de les voir face à nous.

Arthur Dénouveaux a du mal à prévoir l’attitude qui sera celle de Salah Abdeslam à Bruxelles. "Pour nous, ça a été assez compliqué le premier jour. Salah Abdeslam a fait une sortie, il en a fait encore dans les jours d’après. On sentait que le fait de sortir d’isolement et de se retrouver dans une salle avec autant de gens, ça le déstabilisait."

Mais celui qui est aussi président de l’association de victimes Life for Paris, retient surtout une chose, concernant les accusés : "C’est horrible de le dire, et c’est un peu cliché, mais une fois ce premier choc passé, on a finalement eu affaire à des gens tout à fait banals. Ils essayaient de se justifier, de mentir pour sauver leur peau. Leurs crimes sont horribles, mais eux sont des gens tout à fait normaux." Le grand face à face auquel il s’attendait n’a pas vraiment eu lieu.

"Le discours des terroristes reste très très dur à entendre, poursuit-il, mais dans le box du procès de Paris, il y avait des endurcis mais aussi des petites mains, dont des gens qui ne savaient rien du projet d’attaque. Ce n’est pas parce que les faits sont horribles que tous les gens qui sont renvoyés ont commis eux-mêmes des choses horribles. Si je suis plus serein aujourd’hui, je pense que c’est parce que j’ai pu me dire que tout n’était pas noir."

Si je suis plus serein aujourd’hui, je pense que c’est parce que j’ai pu me dire que tout n’était pas noir.

Au procès de Paris, le jury était composé de magistrats professionnels. En Belgique, il s’agira d’un jury populaire. "Je souhaite beaucoup de courage aux jurés !" L’avis d’Arthur Dénouveaux sur cette question a évolué. "Je suis arrivé à ce procès en pensant qu’un jury populaire aurait été mieux et j’en suis ressorti avec l’avis tout à fait inverse. On est soumis à un tel jeu de pressions durant ce type de procès que je vois mal comment des jurés populaires pourraient réussir à faire aussi bien des magistrats professionnels."

Je suis arrivé à ce procès en pensant qu’un jury populaire aurait été mieux et j’en suis ressorti avec l’avis tout à fait inverse.

Pour lui, le défi qui attend les jurés belges et les magistrats qui les accompagnent est énorme. Il souligne par ailleurs, que le fait d’avoir un jury professionnel a permis d’avoir une forme de garantie que ce qui se disait était fait dans les règles, qu’il y avait des garde-fous.

Arthur Dénouveaux se souvient avoir eu peur que le procès dérape. Il veut à ce propos rendre hommage aux avocats de la défense : leur mission est difficile à comprendre pour l’opinion publique, mais ils ont réussi, au procès parisien, à expliquer aux terroristes en quoi consistait la justice, et ce qu’ils avaient à y gagner. "Je pense que c’est ça qui va limiter le risque de dérapage. Mais, sur un procès de 10 mois, on n’est à l’abri de rien."

À propos de la justice belge, qui a été au cœur des discussions lors du procès à Paris, Arthur Dénouveaux a quelques regrets. Il a eu l’impression que certains juges et enquêteurs belges ne voulaient pas participer au procès du 13 novembre, et pour lui c’est un manque de respect envers les victimes. "On comprend tous que pour en arriver à des attentats d’une telle ampleur, à Paris ou à Bruxelles, il y a des trous dans la raquette. Mais ce qu’on peut moins comprendre, c’est que les gens ne fassent pas preuve d’honnêteté par rapport à ça, et qu’ils ne soient pas là pour expliquer."

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