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Arno

Arno
09 déc. 2019 à 23:012 min
Par jek

Généralement, un artiste qui fête son septantième anniversaire regarde indolemment en arrière en méditant sur une époque définitivement révolue. Il sort une nouvelle compilation, la énième engage quelqu’un pour remettre sur le marché le back catalogue, ou gratte quelques reliques des archives destinées à un incontournable coffret d’anniversaire. Mais Arno n’est pas un artiste ordinaire. En plus, il a horreur de la nostalgie. Alors, il sort simplement un nouvel album. Son vingt et unième déjà. Bref, il est loin d’être une icône au repos. Arno déborde de vie et ne se préoccupe que du ici et maintenant. Les tendances et les hypes ? Trop peu pour lui. Et c’est un peu logique : il les a toutes vécues et y a survécu.

Le titre Santeboutique (Sainte boutique) suggère qu’il s’agit d’une collection d’apparence chaotique, et on n’est pas trompé sur la marchandise. En raison des différents genres qu’elle brasse, évidemment. En effet, personne n’allie blues, chanson, rock et funk de manière aussi unique. Pourtant, même après un vingt et unième album solo, Arno parvient encore à surprendre. Bien entendu, sa voix reste reconnaissable entre mille. Brute et rugueuse comme du papier de verre, et en même temps empreinte de compassion. Arno est cool et vulnérable à la fois. Un European Cowboy. Mais aussi un Lonesome Zorro. Un chanteur de charme, comme il le dit lui-même. Et en même temps, évidemment, bien plus que ça. " J’ai besoin de nouveaux défis. Ça me maintient en vie. Je ne veux pas jouer que des vieux machins. Cet album vient à peine d’être fini, et dans ma tête, je suis déjà en train de penser au suivant. Je n’arrive pas à rester en place. Je ne pars même plus en vacances, pour le moment. Après un jour, je tourne comme un lion en cage. J’ai besoin de bosser. "

Sur Santeboutique, produit par John Parish, Arno observe de nouveau le monde dans son style bien à lui. Il ne craint pas l’introspection (Lady Alcohol) mais écrit tout aussi bien un hommage émouvant à la ville qui a contribué à faire de lui celui qu’il est aujourd’hui (Ostende Bonsoir). Il insère des observations sur le paysage politique changeant (l’avant-techno de They Are Coming) fait revivre les grands jours de TC Matic (le funk-rock sensuel de la chanson-titre) tout en continuant à montrer comment on écrit des hits (Tjip Tjip, C’est Fini), même si sur ce plan, il n’a plus rien à prouver. Et juste au moment où on croit qu’on a fini de décrypter l’album, Arno fait entendre dans Court-Circuit Dans Mon Esprit ce que Jacques Brel aurait donné s’il avait eu Kraftwerk comme groupe. Sur Santeboutique, Arno est donc de nouveau entièrement lui-même : complètement reconnaissable et pourtant totalement différent. Pas de greatest hits, donc. Mais un best of qui comprend uniquement de nouveaux morceaux. En effet, comme on l’a dit : c’est lorsqu’il n’en fait qu’à sa tête qu’Arno excelle.

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