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Armand, chanteur et accordeur de pianos : "On m’apprécie pour ma musique, pas pour mon handicap"

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À Charleroi, l’homme est connu. Pour sa générosité, pour sa voix, mais – de grâce ! – pas pour son handicap visuel. "Je refuse et déteste la pitié", rappelle-t-il souvent. Armand Depasse a toujours vécu à Marcinelle. Longtemps, il a enflammé les soirées dans les cafés-concerts carolos. Aujourd’hui, le Barbuze et l’Echo des Chavannes, ses principaux Q.G, ont disparu. Il se contente donc d’apparitions à La Ruchette à Viesville et lors de fêtes privées. Sa notoriété a même un temps dépassé les frontières de Charleroi-Métropole après que le cinquantenaire a décidé de s’essayer à The Voice en 2013. Les auditions à l’aveugle, c’était l’occasion de se jauger, de "découvrir l’envers du décor" et de concourir à armes égales. Et comme Armand est un ultrasensible, quand Natasha St-Pier s’est retournée et a proclamé son talent, il a fondu en larmes. "Je n’ai pas pu me contrôler", nous conte-t-il près de 10 ans plus tard. De nombreux téléspectateurs s’étaient attendris devant l’authenticité du Carolo.

Quelques heures en sa compagnie suffisent à saisir l’importance de la musique à ses yeux. Elle rythme sa vie. S’il ne devait plus se contenter que d’une seule pièce, ce serait d'ailleurs son petit studio, aménagé au rez-de-chaussée. C’est là qu’il enregistre ses quatre émissions de radio indépendante, c’est là qu’il compose, c’est là qu’il joue du piano, c’est là qu’il chante, bref, c’est là qu’il vit. Ses gars sûrs se nomment, dans le désordre, Fugain, Cabrel et Renaud. 100% variété française.

Pour amasser un peu d’argent, Armand entre aussi dans l’instrument pour l’accorder. Une vérification du "la" avec son diapason, tout le reste à l’oreille et en parfaite autonomie. Il n’est ni dans son studio, ni en concert dans un bar, ni chez un client pour rappareiller son piano ? C’est qu’il est sans doute dans une classe, à apprendre la musique à des élèves de primaire, eux-mêmes déficients visuels.

Libre, en parfaite synergie avec le quatrième art, Armand voyage à travers le temps, à travers les années, sans savoir où [il] va s’arrêter. Et ce n’est pas juste le refrain de sa compo personnelle : c’est le refrain de sa vie. Qu’il n’échangerait pour rien au monde.

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