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Belgique

ArcelorMittal: Elio Di Rupo considère que "les portes sont fermées"

Le conseil d'entreprise extraordinaire chez ArcelorMittal
24 janv. 2013 à 11:06 - mise à jour 24 janv. 2013 à 16:257 min
Par Alain Lechien

A Davos, le Premier ministre Elio Di Rupo a vanté les intérêts notionnels qui "créent des emplois". En marge de la réunion, il a fait part au grand patron de la sidérurgie du "mécontentement très fort" des gouvernements fédéral et wallon et lui a demandé de revoir sa position. Il lui a également demandé de maintenir le contact avec le gouvernement wallon.

Elio Di Rupo, qui a rappelé les efforts déjà consentis tant par les travailleurs que par les pouvoirs publics, a demandé au patron du groupe sidérurgique de refaire passer les "lignes flexibles", menacées de fermeture, dans son core-business en les requalifiant en lignes principales. A défaut, il a lui demandé de permettre au gouvernement wallon de trouver un repreneur pour ces lignes.

Il a par ailleurs plaidé pour que le sidérurgiste continue à investir dans les 5 lignes restantes et dans le centre de recherches.

Lakshmi Mittal n'a à ce stade rien promis et n'est pas revenu sur sa décision. Il a précisé au Premier belge que la décision de fermeture avait été prise il y a deux jours, après de longues discussions. Lakshmi Mittal a insisté sur l'engagement de son entreprise en faveur du dialogue social et sa volonté de trouver des solutions socialement acceptables, a par ailleurs affirmé le groupe dans un communiqué. "M. Mittal lui a expliqué les raisons qui ont conduit le groupe à prendre cette décision douloureuse", pointant "la grande faiblesse de l'environnement économique et de la demande d'acier", y lit-on également.

Elio Di Rupo, qui devait pour sa part assister au Chili à un sommet réunissant les chefs d’État et de Gouvernement de l'Europe, de l'Amérique Latine et des Caraïbes, a décidé de rentrer en Belgique jeudi en fin de journée directement depuis Davos où il a participé au Forum Economique Mondial. "J'ai annulé mon déplacement en Amérique du Sud. Le sommet était important mais ma place est en Belgique auprès des travailleurs", a-t-il commenté.

Gouvernement fédéral et wallon se réuniront vendredi

Une réunion entre gouvernements wallon et fédéral aura lieu vendredi sur le sujet.

Interrogée, la ministre de l'Emploi Monica De Coninck (SP-a) a plaidé pour sa part jeudi à la Chambre pour la constitution d'une task force après l'annonce de la fermeture d'une partie de la phase à froid du bassin liégeois.

Rappelant que c'est la Région wallonne qui est principalement compétente dans le dossier d'ArceloMittal, elle a ajouté que le gouvernement fédéral explorait toutes les pistes de solution. 

Elle a rappelé qu'un conciliateur social était déjà à l’œuvre dans l'entreprise pour les licenciements annoncés dans la phase à chaud. Il devra poursuivre son travail. Mme de Coninck a enfin dit qu'elle plaidait pour la mise sur pied d'un task force comme ce fut le cas après l'annonce de la fermeture de Ford à Genk, ce qui permettra d'impliquer tous les interlocuteurs dans la recherche d'une solution durable.

Dès mercredi, le ministre wallon de l’Économie Jean-Claude Marcourt n'avait pas caché son inquiétude en apprenant la convocation du conseil d'entreprise. Il a rappelé que le gouvernement wallon attend depuis longtemps le plan de la direction pour développer le froid. Et que les demandes de réunions tripartites maintes fois présentées n'ont jamais été rencontrées par la direction du géant de la sidérurgie. Ce jeudi, Jean-Claude Marcourt a annoncé que le gouvernement wallon cherchait une solution pour l'avenir de la sidérurgie à froid liégeoise.

Au moment où se déroulait le conseil d’entreprise à Liège, le Premier ministre Elio Di Rupo prononçait ce jeudi matin un discours intitulé "Belgium is back" au Forum économique de Davos dans lequel il vantait le système fiscal belge favorable aux entreprises, et notamment les intérêts notionnels (dont a largement profité le groupe ArcelorMittal) : "Ces différents outils supportent les investissements et créent des emplois". Quelques minutes plus tard, Elio Di Rupo passait le message suivant sur Twitter : "Je soutiens les travailleurs. C'est le premier message cet après-midi lors de ma rencontre avec Lakshmi Mittal. Je ferai aussi part de l'incompréhension des autorités belges. Le gouvernement  fédéral est aux côtés du gouvernement wallon".

Anne Demelenne (FGTB): "Il est temps que l’État change de cap"

"Il est temps que l’État change radicalement de cap, reprenne son rôle de régulateur et de levier économique", a réagi jeudi soir Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB, après que le géant de l'acier ArcelorMittal a annoncé, dans la matinée, son intention de fermer 7 lignes à froid dans le bassin liégeois.

"Ce sont à nouveau 1300 travailleurs et leur famille qui vont être victimes d'un capitalisme débridé. Mittal n'est pas un entrepreneur. C'est un financier qui agit de manière purement spéculative", a dénoncé la responsable du syndicat socialiste.

"Il ne faut pas attendre qu'un miracle vienne sauver l'économie belge. Les États, les gouvernements doivent reprendre la main", notamment vis-à-vis des instances européennes et des mesures d'austérité qu'elles imposent, a poursuivi Anne Demelenne en plaidant par ailleurs pour un "conditionnement des aides publiques".

PS: "trahison" des dirigeants d'ArcelorMittal à l'égard des travailleurs

Le président du PS, Paul Magnette, a dénoncé la "trahison" des dirigeants d'ArcelorMittal à l'égard des travailleurs. Il exprime  "toute sa solidarité à l'égard des milliers de travailleurs d'Arcelor, qui sont une nouvelle fois frappés de plein fouet par le cynisme et la lâcheté des dirigeants d'Arcelor".

"Le PS condamne avec la plus grande fermeté l'attitude méprisante et hypocrite de (patron du groupe Lakshmi) Mittal, qui a véritablement trahi les travailleurs en leur faisant croire depuis des mois que le froid était ‘stratégique’ pour le groupe et que c'est pour cette raison qu'il ne voulait pas céder les outils du chaud", ajoute le président.

"Cette trahison a fait perdre des mois aux forces vives liégeoises dans leur recherche d'un repreneur potentiel. Cette attitude est tout simplement scandaleuse et irresponsable", poursuit Paul Magnette.

Le PS appelle l'ensemble des responsables politiques et des forces vives à unir leurs forces pour permettre une reprise totale ou partielle des activités par un autre opérateur industriel, avec, le cas échéant, l'appui et l'engagement de la Wallonie.

La ministre wallonne socialiste de la Santé Eliane Tillieux tient à exprimer toute sa "solidarité aux travailleurs d'ArcelorMittal et à leurs familles trahis par la direction. La Wallonie est touchée dans sa chair. En tant que responsables politiques, nous devons unir nos forces pour maintenir l'outil à Liège. Le sujet est sur la table du gouvernement wallon en ce moment" rappelle-t-elle sur Facebook.

Ecolo : "Le cynisme des dandies"

Le parti Ecolo souhaite que le Premier ministre réclame "immédiatement" une enquête à la Commission européenne sur les pratiques du géant mondial de l'acier ArcelorMittal qui fait jouer la concurrence entre ses différents sites européens, a annoncé la coprésidente de Verts francophones, Emily Hoyos. Cette dernière se déclare "scandalisée" par l'annonce faite par la direction de l'entreprise d'arrêter définitivement un certain nombre d'installations de la phase à froid.

"Il est hors de question de se laisser faire face au cynisme de ces dandies", ajoute-t-elle, expliquant qu'ArcelorMittal a "reçu 1,5 milliard d'euros de cadeaux en intérêts notionnels au cours des dernières années".

Le député fédéral George Gilkinet rappelle sur Twitter qu’Ecolo demande, depuis la mise en place des intérêts notionnels, "à tout le moins leur conditionnalité au maintien de l’emploi".

Le cdH dénonce la "déloyauté" du groupe sidérurgique

Le cdH liégeois, par la voix de la ministre Marie-Dominique Simonet, fait part de son "indignation". "Cette annonce constitue un énième coup de massue après l'intention affichée par le groupe sidérurgique en septembre 2012 d'abandonner le plan d'investissement de 138 millions d'euros envisagé pour la pérennisation de la phase à froid liégeoise. Le cdH avait alors dénoncé l'attitude du groupe consistant à brandir une telle menace à l'emploi comme arme dans les difficiles négociations relatives à la fermeture programmée de la phase à chaud", rappellent les centristes liégeois dans un communiqué.

"Il apparaît clairement aujourd'hui que ce chantage à l'emploi cachait la véritable intention du groupe de se désinvestir de plusieurs outils de la phase à froid", juge le parti pour qui ArcelorMittal fait ainsi preuve "d'une déloyauté manifeste" au regard de ses engagements vis-à-vis du bassin économique liégeois.

Le cdH de Liège presse en conséquence l'ensemble des forces vives, "en ce compris le gouvernement fédéral", de tout mettre en oeuvre pour soutenir l'ensemble des travailleurs, et exige que "la Région wallonne réclame tous les comptes au groupe sidérurgique", conclut le communiqué.

Le MR réclame "la plus grande fermeté" face à Lakshmi Mittal

Le président du MR, Charles Michel, demande au Premier ministre Elio Di Rupo de "faire preuve de la plus grande fermeté" lors de sa rencontre avec Lakshmi Mittal.

Charles Michel s'est, dans un communiqué, réjoui de cette rencontre. "Cela fait plusieurs mois que nous demandons au Premier ministre de rencontrer le président du groupe sidérurgiste qui a procédé à plusieurs restructurations de grandes ampleurs dans notre pays", a souligné le président des réformateurs.

Il demande au Premier ministre "de faire preuve de la plus grande fermeté envers le CEO d'ArcellorMittal afin de respecter les travailleurs soumis depuis de longs mois à des terribles angoisses concernant leur avenir". Elio Di Rupo "doit contraindre Lakshmi Mittal à respecter ses engagements". "Pour ce faire, le Premier ministre doit mobiliser toutes les initiatives sur le plan européen pour favoriser la poursuite des activités du sidérurgiste, notamment en région liégeoise".

"Vu la gravité de la situation pour l'ensemble de la région liégeoise, je réitère un appel à un front commun politique afin de trouver la meilleure issue possible pour les travailleurs d'ArcelorMittal", a conclu le président du Mouvement Réformateur.

La députée wallonne MR Christine Defraigne "s’associe aux travailleurs du groupe et à leurs familles". Elle critique le gouvernement wallon qui "ne pèse pas bien lourd face au groupe Mittal dont la situation financière se dégrade de jour en jour et qui n'est gouverné que par les soubresauts de son cours boursier". Elle demande une réunion tripartite d’urgence. Selon elle, "la phase à froid a encore de l'avenir à Liège et les 12 outils stratégiques du froid doivent être sauvés".

RTBF

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