Belgique

Après les votes, voici votre casting ministériel pour le futur gouvernement fédéral

11 sept. 2020 à 15:30 - mise à jour 12 sept. 2020 à 14:33Temps de lecture9 min
Par Himad Messoudi

Vous avez été plus de 7500 à choisir un casting ministériel pour le gouvernement fédéral appelé à se former dans les semaines à venir. Le voici.

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La Première ministre

Sophie Wilmès (33,3%) capte donc un tiers des voix, devant Paul Magnette (28,3%), Alexander De Croo (21,7%) et Koen Geens (16,8%). Un classement qui était attendu.

Mais malgré les déclarations assurées du président du MR sur un maintien de l’actuelle Première au "16", la vraie lutte a lieu entre Paul Magnette et Alexander De Croo.

Egbert Lachaert, le président du VLD, a fait "une fleur" au MR en rejetant les appels du pied de Bart De Wever, mais le maintien de la cohésion libérale a un prix: le poste de Premier pour Alexander De Croo, celui qui a soutenu Egbert Lachaert à la tête des libéraux flamands. Evidement, rien n’est gravé dans le marbre, une surprise reste toujours possible.

Concernant Paul Magnette, une certaine logique politique (président du premier parti de la première famille politique de la coalition) lui permet de revendiquer le poste. Il se dit que le Carolo "le veut".

 

Les trois ministres PS

Le plus gros parti de la coalition a droit, selon la clé d’Hondt, à trois postes de ministre.

Élue l’an dernier, la Tournaisienne Ludivine Dedonder l’emporte de façon très surprenante avec 15,1% des votes, devant le chef de groupe à la Chambre Ahmed Laaouej (13,5%) et Rudy Demotte (13%). Les autres noms cités (Frédéric Daerden 11,6%, Eliane Tilieux 11,4%, Karine Lalieux 9,8%, Jean-Claude Marcourt 9,8%, Jean-Pascal Labille 9,5% et Laurette Onkelinx 6,4%) sont à bonne distance.

Une remarque avant tout : Paul Magnette est absent de la liste des ministrables socialistes car le président du PS ne quittera pas son poste pour un poste de (vice-Premier) ministre. C’est le "16" ou le "Boulevard" pour celui qui est aussi bourgmestre de Charleroi.

Le casting socialiste risque d’être un casse-tête pour le parti socialiste : le candidat naturel, le chef de groupe, avait annoncé lors de la campagne interne au PS bruxellois, qu’il ne passerait pas par la case ministre pendant son mandant. Élu président d’une fédération fortement divisée, Ahmed Laaouej devrait donc se dédire et rendre les clés d’un bureau si durement acquis pour rejoindre l’exécutif fédéral.

L’autre nom bruxellois qui flotte au PS depuis un certain temps est celui de Laurette Onkelinx : celle-ci ferait un come-back remarqué et nul doute que sa très grande expérience ministérielle serait utile au PS, surtout si le parti obtient la Santé et les Affaires sociales, des compétences déjà exercées par Laurette Onkelinx. Mais son entente avec Ahmed Laaouej n’est pas très bonne (euphémisme), un retour de Laurette Onkelinx mettrait le feu au sein de la fédération bruxelloise.

Reste que la présence de femmes est un impératif absolu pour Paul Magnette. Le PS est le plus mauvais élève francophone (et de Belgique) sur la question de la présence des femmes dans les assemblées parlementaires, le président socialiste a féminisé ses instances, mais ce processus doit être suivi au plus haut niveau des nominations. Une femme est un minimum, deux sur trois serait un signal fort envoyé. Eliane Tillieux a pour elle une expérience ministérielle en Wallonie, Karine Lalieux est une ancienne députée très au fait des arcanes fédérales, Ludivine Dedonder pourrait être une jeune pousse avec des compétences ministérielles moins lourdes.

Par ailleurs, depuis son arrivée à la tête de Parlement wallon, Jean-Claude Marcourt attend un signe du fédéral (il a été officiellement nommé négociateur fédéral l’an dernier), ce qui serait un retour pour celui qui a été chef de cabinet de Laurette Onkelinx. Rudy Demotte, président du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a lui aussi de l’expérience à revendre comme ministre fédéral, et son parfait bilinguisme en fait une alternative intéressante. A voir si le PS veut incarner le futur du parti avec ces profils qui ont déjà beaucoup d’heures de vol au compteur…

 

Les deux ministres MR

La première place de Sophie Wilmès avec 30% des votes ne faisait guère de doute, la lutte pour le premier accessit était plus intéressante : avec 7 postes de ministres actuellement, il y a beaucoup d’appelés et très peu d’élus. A ce petit jeu, c’est Philippe Goffin (21,1%) qui sort victorieux, devant Denis Ducarme (17%). Le ministre wallon Jean-Luc Crucke suit avec 14,7%. Déception pour l’actuel vice-Premier MR David Clarinval (10,3%) et dernière place logique pour le seul Bruxellois de la bande, David Leisterh (6,9%).

L’actuelle Première ne veut pas se prononcer sur son avenir, mais son maintien au sein du gouvernement est assuré. Certaines rumeurs tenaces ont circulé sur une absence de Sophie Wilmès du kern, mais aujourd’hui, celles-ci semblent balayées. Si elle devait quitter le "16", elle pourrait soit aller au 12, rue de la Loi pour s’occuper des Finances, soit au 1 de la même rue pour prendre en main l’Intérieur, soit – et c’est l’option qui semble la plus solide - Sophie Wilmès deviendrait ministre des Affaires étrangères.

Pour l’autre poste, la décision est dans les mains de Georges-Louis Bouchez. Chacun des ministres actuels tente de se placer. David Clarinval semble garder une longueur d’avance, mais on pourrait assister à un mouvement coordonné avec l’équipe wallonne : Jean-Luc Crucke a été un soutien de la première heure de "GLB" quand celui-ci s’est lancé dans la course présidentielle.

 

Les deux ministres ECOLO

Il y a une petite dizaine d’années, Jean-Michel Javaux négociait la sixième réforme de l’Etat avant que les écologistes ne soient mis de côté. Plus tard, il ravira le poste de bourgmestre d’Amay au PS et ne bougera plus de l’échelon local. Il a failli revenir aux affaires l’été dernier, lorsqu'Ecolo a repris place dans l’exécutif wallon.

Malgré son absence dans les médias, la cote de Jean-Michel Javaux reste élevée, en interne de son parti, comme dans d’autres formations politiques ou dans le public. Ce qui lui vaut cette première place (22,7%) dans ce casting. L’intéressé se dit "très honoré" tout en étant parfaitement conscient qu’il ne deviendra pas ministre fédéral.

Comme au PS ou au MR, le casting ECOLO sera très compliqué. Le chef de groupe à la Chambre, le Namurois Georges Gilkinet est partant certain. Sa troisième position (20,2%) ne changera rien, il deviendra ministre. Avec deux postes, et vu les règles en vigueur au sein du parti écologiste, il faudra un homme et une femme, de Bruxelles et de Wallonie.

L’homme wallon étant désigné, ECOLO doit donc proposer une femme bruxelloise pour respecter sa philosophie. Et c’est ici que ça coince : la logique voudrait que Zakia Khattabi (2e du casting avec 21,7%) obtienne un poste. Mais la Bruxelloise n’est pas candidate. Dans un message interne au vitriol révélé par l’Echo, message consécutif à des sorties anonymes dans la presse, Zakia Khattabi indique qu’elle "ne souhaite pas plus qu’il y a un an et demi être ministre, et le secrétariat fédéral vraisemblablement ne me fait pas confiance pour être aux responsabilités en première ligne." Comprenez comme vice-Première ministre et membre du kern, là où les décisions politiques se prennent.

Plus expérimentée et avec une assise électorale plus importante que Georges Gilkinet, Zakia Khattabi ne souhaite pas jouer les seconds rôles dans le gouvernement à venir. Mais les relations avec la coprésidence (Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane) sont plutôt "fraîches", raison pour laquelle il semble peu probable que Zakia Khattabi "monte" au gouvernement. Mais comme pour la coprésidence l’été dernier, aucun profil féminin et bruxellois ne se dégage réellement, à moins que Rajae Maouane (5e, 10,5%) n’y aille.

Mais ce scénario n’est guère réaliste, pour le moment. Raison pour laquelle on entend certains noms wallons circuler, comme celui de la Bruxelloise de naissance et ministre de la Fédération Wallonie-Bruxelles Bénédicte Linard (4e, 15,2%), ou celui de la députée fédérale et proche de Jean-Marc Nollet, Marie-Colline Leroy (6e, 9,8%). Petit rappel historique : lors de l’unique participation gouvernementale d’ECOLO au fédéral, deux Bruxellois (Isabelle Durant et Olivier Deleuze) avaient été choisis. Il y a donc un précédent… C’est de tradition, l’assemblée générale d’ECOLO qui doit désigner les ministres sera haute en couleur, quels que soient les choix proposés par le duo Nollet-Maouane.

 

Les ministres flamands

C’est avec l’imprimatur du journaliste et analyste politique star de la VRT, Ivan De Vadder, que nous vous avons proposé cette liste de "ministrables" flamands. Peu de surprise au nord du pays. Au CD&V, Koen Geens (28%) et Sammy Mahdi (19,3%) recueillent logiquement le plus de voix, les deux apparaissant régulièrement sur les antennes francophones. L’un a plus de chances que l’autre de devenir ministre, mais ce n’est pas nécessairement celui auquel vous pensez.

C’est un secret de Polichinelle : les relations personnelles entre le président du CD&V Joachim Coens et le ministre Koen Geens ne seraient pas très bonnes (ce que dément la porte-parole du ministre). Depuis ce drôle de tour de passe-passe particulier de la fin du mois de janvier, où les deux informateurs Joachim Coens et Georges-Louis Bouchez avaient été débarqués par le Palais au profit de Koen Geens, sans que celui-ci ne prévienne son président de parti, l’entente n’est pas vraiment cordiale entre les deux hommes. Il se murmure donc que le CD&V enverrait au fédéral Hilde Crevits (3e, 16,3%), la numéro 2 du gouvernement flamand et pour certains la vraie patronne du CD&V. Le parti rêverait même de la voir au poste de Première ministre. Quant à Sammy Mahdi, il a échoué de très peu dans sa quête de la présidence du CD&V. Sa position au sein de son parti est forte, il représente l’avenir du CD&V, celui-ci pourrait donc pousser ce jeune député (32 ans) vers l’exécutif fédéral.

A l’Open VLD, Alexander De Croo est logiquement en tête (34,4%). Il est assuré de prolonger sa carrière ministérielle, reste à savoir pour faire quoi. En deuxième position, c’est l’actuel président de la Chambre, Patrick Dewael (23,3%) qui se détache largement, devant Philippe De Backer, Vincent Van Quickenborne, Tim Vandeput et, bonne dernière, Maggie De Block.

C’est au sp.a (et bientôt Vooruit) que la lutte a été la plus acharnée. Les quatre premières places se tiennent dans un mouchoir de 1,2%. C’est finalement le très jeune (27 ans) président de parti Conner Rousseau (19,3%) qui l’emporte, devant le vieux briscard Johan Vande Lanotte (19,2%), la cheffe de groupe à la Chambre Meryame Kitir (19,1%) et l’ancienne ministre Freya Vandenbosche. Conner Rousseau ne sera pas ministre, trop occupé à relancer sa formation politique. Meryame Kitir apparaît, elle, comme membre quasi certaine de la future équipe gouvernementale.

Pour le deuxième poste, la situation est ouverte. Johan Vande Lanotte pourrait épauler l’ancienne travailleuse de Ford-Genk. D’autres noms sont aussi cités : le bourgmestre de Leuven Mohamed Ridouani ou l’experte en Défense Melissa Depraetere.

Chez Groen, c’est de la tête et des épaules que l’emporte le chef de groupe à la Chambre Kristof Calvo avec 38,8%. En deuxième place avec 17,6%, on retrouve la députée Jessika Soors, juste devant le député Wouter De Vriendt (13,4%). C’est pourtant à la quatrième place que se trouve celle qui devrait être, selon toute vraisemblance, la ministre Groen : Tine Van Der Straten (10,6%).

Pourquoi elle et pas Calvo ? Comme chez le parti frère francophone, il y a pas mal de friture sur la ligne entre Kristof Calvo et la présidente Meyrem Almaci. La Bruxelloise Van Der Straten est donc favorite pour empocher le seul (a priori) poste de ministre dévolu à Groen. On entend également dans les rangs écologistes le nom de Petra De Sutter, qui pourrait mettre tout le monde d'accord.

 

Conclusion

Ce "casting gouvernemental" n’est pas un sondage. Ce petit exercice ludique, dont certains ont tenté de profiter*, avait d’abord pour objectif de prendre la température de nos internautes. Il a suscité beaucoup d’intérêt dans les entourages des "ministrables", mais le sondage a surtout permis de vous donner un état des lieux dans chaque parti. Ne croyez pas toujours les responsables politiques qui jurent, la main sur le cœur, qu’ils parlent du "fond" : qui mettre à quelle compétence est primordial. Et ce n’est pas "honteux" : pour qu’un parti puisse se maintenir ou progresser aux élections suivantes, il est important de choisir la bonne personne, au bon endroit et d’y réfléchir quand le programme se négocie.

Le futur casting gouvernemental devra également tenir compte de deux postes importants à distribuer : les présidences de la Chambre (pour le PS ?) et du Sénat. La nomination de Didier Reynders comme commissaire européen doit également entrer en ligne de compte. C’est donc un équilibre difficile à atteindre pour les partis autour de la table, mais également au sein même des formations politiques. Le jeu est ouvert un peu partout. Et si tout se déroule comme l’espéraient les préformateurs, le vrai casting définitif sera connu au 1er octobre.

*Nous avons remarqué lors du lancement du sondage qu’une seule adresse IP était responsable de 45 votes d’affilée. On peut penser que dans un bâtiment d’une certaine taille, l’adresse IP est la même pour tout le monde. Malheureusement, sur ces 45 votes, 42 étaient très similaires et soutenaient le même "ministrable". Même chose, à une échelle moindre (11 sur 13) pour un autre "ministrable" du même parti. Nous avons rapidement limité les votes possibles à un par IP, avant de retirer les votes les plus suspects.

 

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