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Après les incendies, combien de temps faut-il à la forêt pour repousser?

Un panache de fumée de l'incendie de Washburn s'élève au-dessus du parc national de Yosemite, en Californie, le 12 juillet 2022

© Nic Coury / AFP

Incendies en Gironde, en Bretagne, en Espagne, au Portugal, au Maroc, en Australie : cet été est désastreux pour les forêts, qui comme les années précédentes en Europe ou ailleurs, partent en fumée. Ces feux gagnent en fréquence depuis quelques années, détruisant la faune et la flore. Combien d’années faut-il à la nature pour faire repousser les arbres, retrouver les animaux?

30 ans voire des siècles nécessaires

A cette question, pas de réponse unique, car la régénération dépend de multiples facteurs : type de forêts, d’espèces, de sol, de climat. Mais une chose est sûre : après un incendie, il faut minimum 30 ans pour retrouver un début de forêt, avec dans certains cas plusieurs centaines d’années.

Voyons donc comment une forêt se régénère naturellement après un incendie.

  • Assez vite après un feu de forêt, on peut observer le retour d’insectes, dont les coléoptères, attirés par les odeurs de fumée : ils profitent des arbres morts pour s’en nourrir ou comme lieu de ponte. Leur présence peut faire revenir des prédateurs comme des oiseaux.
  • Après un an, des végétaux, mousses, graminées peuvent refaire leur apparition. Une condition à cela, que des graines aient survécu, enfouies dans le sol en attendant les circonstances favorables à leur germination. Mais bien espèces indigènes disparaissent alors que les plantes envahissantes prolifèrent.
  • Dans les forêts dites "sèches" comme les forêts méditerranéennes ou boréales, certains arbres comme le chêne-liège sont adaptés à des feux occasionnels et peuvent retrouver un feuillage après 20 mois. Des espèces de pins voient aussi leurs graines disséminées une fois que le feu a fait fondre la résine qui les enveloppe. C’est le cas des cônes sérutineux à ouverture retardée des pins gris d’Amérique et du pin de Californie. Certaines graines germinent mieux après être passées par le système digestif d’un animal, comme les chauves-souris frugivores de la forêt amazonienne. Elles peuvent aussi être transportées par des mammifères, comme les singes. Le retour de ces animaux est donc un facteur utile, tout comme celle d’eau, de pluie ou de rosée. La présence d’humus et de vers aide aussi
  • Après deux ans, de nouveaux buissons peuvent pousser, attirant plus de faune : chevreuils, lièvres, perdrix ou sangliers peuvent revenir. Mais trop de pression de cervidés, de sangliers, de lièvres ou de lapins peut compromettre la régénération, surtout quand leur présence est artificiellement favorisée par le nourrissage dans certains plans de chasse.
  • Au bout de 3 à 5 ans, apparaissent herbes et arbustes dans le paysage. L’importance du bois mort est à souligner : certaines espèces comme l’épicéa ou le sapin de Douglas profitent de bois mort, pourri, pour se régénérer. Des espèces d’arbres comme les trembles se régénèrent même à une vitesse étonnante grâce aux rejets de souche et à l’ensemencement.
  • Dix ans après, les pins peuvent s’élever à trois mètres.
  • Dix à vingt ans après, tortues et lichens réapparaissent.
  • Vingt à trente ans après, les pins peuvent atteindre 10 mètres.
  • Et seulement 40 ans après, plusieurs variétés d’oiseaux initialement présentes reviennent.
  • Et finalement, au bout de 70 ans à 100 ans, la plupart des arbres atteignent 10 à 20 mètres de haut.

Par contre pour les forêts tropicales, notamment en Amazonie, il faudra plus longtemps.

  • Après 20 ans, on n’y trouve qu’un tiers des essences végétales présentes à l’origine. La biodiversité est appauvrie, dominée par les graminées résistant au feu. L’absence d’ombre limite la pousse de beaucoup d’autres espèces.
  • Pour retrouver la diversité d’espèces, dont les plus rares, il faut attendre bien plus, sans compter que certaines ne réapparaissent jamais.
  • Après une cinquantaine d’années, le nombre d’espèces peut arriver à hauteur de celui de la forêt ancienne.
  • Mais il faut attendre des siècles pour recouvrer une composition semblable à celle d’origine.

La régénération naturelle est donc longue mais elle fonctionne : ainsi la plupart des forêts actuelles ont repoussé à la suite d’incendies, d’inondations, d’exploitation forestière ou de défrichage), en Europe aux 18ème et 19ème siècles et dans la première moitié du 20ème siècle dans l’est des États-Unis. Dans le nord-est de ce pays, la couverture forestière est même plus grande qu’il y a 100 ou 200 ans. La moitié des forêts tropicales sont des forêts secondaires, qui se sont régénérées après déforestation pour des motifs agricoles ou d’élevage.

Erosion, disparition de la faune et maquis

Il faut noter que la régénération naturelle n’est pas garantie, surtout en cas de feux à répétition. On l’a vu en Fédération de Russie, avec les graves incendies de 1998 : plus de 2 millions d’hectares de forêt ont perdu leurs principales fonctions écologiques pendant une période de 50 à 100 ans. Certaines plantes, de champignons, des lichens et des mousses disparaissent parfois par dizaines d’espèces. Les mammifères et les poissons ont été gravement atteints : la mortalité des écureuils et des belettes était entre 70 à 80% et celle des sangliers entre 15 et 25%.

En zone méditerranéenne, des incendies consécutifs peuvent transformer la forêt en garrigue ou en maquis.

En montagne, les feux provoquent une instabilité du terrain sur les pentes raides, déclenchant érosion et chute de pierres. Le feu peut laisser une couche de cendres qui a un effet hydrofuge et pendant un à deux ans, l’eau de pluie pénètre difficilement dans le sol et ruisselle en surface, entraînant l’érosion.

Enfin, les incendies augmentent les niveaux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, contribuant à l’effet de serre et au changement climatique. Et l’utilisation de produits chimiques comme les retardateurs de flamme dans la lutte contre le feu peut ajouter un problème supplémentaire. L’accumulation de polyphosphate d’ammonium modifie la fertilité des sols.

Le feu a pu jouer un rôle dans le maintien de la santé de certains écosystèmes forestiers : les espèces les plus résistantes survivent en montrant des capacités adaptatives comme l’épaississement de l’écorce, l’aptitude à cicatriser les brûlures, la capacité à repousser… Mais depuis les changements climatiques et le (mauvais) usage du feu par l’homme, ces incendies sont avant tout une menace pour la biodiversité.

L’option existe également d’une régénération artificielle, c’est-à-dire en plantant la forêt au départ de pépinières voire en semant dans certains cas rares. Il faut sélectionner pour cela les plants en fonction des sols, c’est ce que fait pour la Wallonie le Comptoir forestier de Marche-en-Famenne. Ailleurs aussi, on plante, comme au Chili où des millions d’hectares de forêts industrielles fournissent du bois de construction et de la cellulose. Certains pays comme l’Uruguay font en sorte de faire pousser ces plantations forestières uniquement sur des terres agricoles et non au détriment de la forêt naturelle.

Il faut savoir que la déforestation continue dans le monde même si elle se ralentit par endroits, elle progresse toujours en Afrique subsaharienne, en Amérique Latine et en Asie du Sud-Est.

Plantation de pins brûlée par des incendies de forêt près de Puerto Valle, Argentine, le 24 février 2022
Plantation de pins brûlée par des incendies de forêt près de Puerto Valle, Argentine, le 24 février 2022 JUAN MABROMATA / AFP

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