Environnement

Après la sécheresse, la pluie : pourquoi ce n'est pas forcément une bonne nouvelle

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16 août 2022 à 14:12Temps de lecture3 min
Par Victor de Thier

Elle était attendue depuis longtemps. Par les agriculteurs, qui tentent tant bien que mal de protéger leurs cultures. Par les communes, contraintes de prendre des mesures visant à restreindre la consommation de l’eau. Par les pompiers, devant lutter contre les incendies qui se multiplient...

La pluie devrait faire son retour à partir de ce mardi, après plusieurs semaines particulièrement sèches. Des averses orageuses sont annoncées sur l'ensemble du pays pour les quatre prochains jours, selon les prévisions de l'IRM. Une bonne nouvelle ? Pas si vite.

Les prévisions IRM pour les prochains jours (cliquer sur l'image pour les prévisions complètes).
Les prévisions IRM pour les prochains jours (cliquer sur l'image pour les prévisions complètes). IRM

Un sol comme du béton

Suite à la sécheresse que connaît notre pays, les pluies qui vont arriver les prochains jours ne seront probablement pas positives pour le sol, devenu solide comme du béton et qui n’est plus capable d'absorber l’eau. Au contraire, cela risque d’entraîner des écoulements puisque les eaux resteront en surface.

Puisqu'une vidéo est plus visuelle que des mots, voici ci-dessous comment le sol belge pourrait accueillir les précipitations attendues. Dans celle-ci, le premier verre est posé sur une herbe mouillée, le second sur une herbe d'un été "classique" et le troisième sur une herbe touchée par une vague de chaleur.

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Cette expérience, réalisée par le Dr Robert Thompson du département de météorologie de l’Université de Reading, démontre que le taux d’absorption de l’eau du sol est clairement affecté par les conditions météorologiques telles que celles que nous avons connues ces dernières semaines.

Ce phénomène pourrait entraîner quelques inondations localement, mais qui devraient rester limitées, assure Pascal Mormal, météorologue à l’IRM. Les précipitations devraient par ailleurs être fortement inégales d'une région à l'autre.

"C'est le scénario le moins idéal"

Au-delà des risques - limités - d'inondations, c'est davantage le manque d'eau qui inquiète les spécialistes. Il est tombé 9,4 mm à Uccle entre le 1er juillet et le 15 août, un record depuis 1911. Il devrait pleuvoir beaucoup plus lors des quatre prochains jours que sur toute cette période.

De quoi soulager les sols et les nappes phréatiques ? "C'est le scénario le moins idéal", tempère Pascal Mormal qui met l'accent sur le caractère des pluies annoncées. "On parle d'averses orageuses. Le problème est qu'il s'agit de pluies très intenses sur un court laps de temps. L'eau ne fait donc que ruisseler et s'évapore sans pénétrer le sol ou s'évacue via les égouts".

Une sécheresse qui se prolonge

En France, les sapeurs-pompiers tirent déjà la sonnette d'alarme sur les risques d'inondations qui pourraient se produire à la fin de l'été, particulièrement dans le pourtour méditerranéen.

En effet, les phénomènes météorologiques extrêmes pourraient être plus nombreux cette année avec le réchauffement de la Méditerranée dû aux températures de cet été, rapporte franceinfo. Ces conditions sont propices au déclenchement de phénomènes orageux, comme les épisodes cévenols, les tempêtes et les fortes pluies... sur un sol qui n'est pas prêt à les absorber.

Cette crainte ne se répercute pas chez nous - où les particularités météorologiques diffèrent - mais porte au contraire davantage sur le manque d'eau attendu. "Les premiers signaux annoncent un automne particulièrement sec", prédit Pascal Mormal. "Nous ne voyons pas l'arrivée de bonnes pluies en septembre-octobre, c'est-à-dire celles qui durent un certain temps à faible intensité, pourtant propres à cette période".

Blocages anticycloniques

La période de sécheresse que traverse notre pays s'explique par la persistance de conditions anticycloniques depuis le début de l'été. "Ces conditions météorologiques sont comme figées", analyse Pascal Mormal.

Si le phénomène n'est pas nouveau, les blocages anticycloniques se multiplient ces dernières années. "La question est de savoir si cette tendance est à imputer au réchauffement climatique, mais les dernières études semblent bel et bien aller dans ce sens", avance le météorologue.

La courte période de dépression atmosphérique des prochains jours devraient se terminer ce samedi, avant un retour du soleil et de la chaleur à la fin de la semaine.

Sur le même sujet: Extrait JT (17/08/22)

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