RTBFPasser au contenu

Monde Europe

Approvisionnement en gaz : le paradoxe adriatique

La plateforme Angela Angelina
23 févr. 2022 à 08:59 - mise à jour 23 févr. 2022 à 13:353 min
Par Valérie Dupont (reportage des deux côtés de l'Adriatique)

Alors que les prix du gaz flambent, l’Europe n’exploite pas toutes les réserves de gaz qui se trouvent sur son territoire. C’est le cas notamment des gisements qui se trouvent dans l’Adriatique, entre l’Italie et la Croatie.

De la plage du Lido Dante, à treize kilomètres au sud de Ravenne, on l’aperçoit facilement. La plateforme Angela Angelina vient de fêter ses cinquante ans. Installée en 1972, elle pompe encore du gaz acheminé par pipeline au port de Ravenne. Une centaine de plateformes se trouvent encore dans les eaux italiennes de l’Adriatique, résidus d’une époque, quand l’Italie pompait vingt et un milliards de mètres cubes de gaz par an. Mais en 2019, le premier gouvernement de Giuseppe Conte, sous la pression du Mouvement 5 Etoiles, impose un moratoire, explique Franco Nanni le président des opérateurs offshore : "En 2019, le gouvernement a modifié les plans pour la distribution des zones d’exploitation offshore dans l’Adriatique et toutes les activités de recherches et d’extractions des hydrocarbures se sont alors totalement bloquées."

Franco Nanni déplore ce choix politique, car aujourd’hui l’Italie est un des plus grands consommateurs de gaz en Europe, notamment pour alimenter ses centrales électriques. Le pays importe septante milliards de mètres cubes de gaz par an, un paradoxe, car pomper un mètre cube dans la mer Adriatique coûte cinq centimes, alors que l’importer coûte un peu plus d’un euro. "On le paie beaucoup plus cher, on pollue davantage car pour transporter le gaz, on en brûle, et surtout on soustrait du travail aux entreprises italiennes", regrette Franco Nanni.

Un verre commun et deux pailles

L’Italie serait l’un des seuls pays au monde à posséder des réserves de gaz importantes sans les exploiter. Davide Tabarelli, administrateur de Nomisma, société spécialisée dans les analyses énergétiques, estime que ce trésor abandonné au fond de l’Adriatique vaut plus de huit milliards d’euros : "Rien que dans le nord de l’Adriatique, il y a 50 milliards de mètres cubes de gaz, prêts à être exploités immédiatement. Sur la carte on voit les puits de la société pétrolifère croate, le long des eaux territoriales italiennes, les Croates ont plongé leur paille dans notre verre commun et sont en train de tout pomper, alors que nous, eh bien, nous donnons de l’argent à Poutine… 80 centimes par mètres cubes !"

Pour mieux comprendre il faut traverser l’Adriatique, les plateformes croates sont au large de Pula, en Istrie. Un nouveau gisement, baptisé Irena 2, a été découvert en septembre 2020, et entrera en production dès 2024. Ivan Brodic, le rédacteur en chef d’Energypress, un site croate spécialisé dans les énergies, explique pourquoi la Croatie n’a jamais imposé un moratoire sur les recherches dans l’Adriatique malgré la pression des défenseurs de l’environnement : "Disons que chaque nouveau gisement de gaz est très important pour nous, car actuellement nous ne produisons que 25% seulement de nos besoins avec nos propres gisements."

Outre les forages la petite Croatie affiche clairement ses ambitions de devenir incontournable pour l’alimentation énergétique de l’Europe centrale. Ainsi sur l’île de Kerk, un énorme terminal gazier a été inauguré, financé en grande partie par l’Union européenne. "Avec ce terminal, l’Union européenne et l’OTAN veulent rendre l’Europe centrale de plus en plus indépendante du gaz provenant de Russie" explique Ivan Brodic.

Indispensable à la transition énergétique lors des vingt prochaines années, la chasse au gaz dans l’Adriatique est à nouveau ouverte, l’Italie vient d’annoncer la levée de son moratoire pour de nouveaux forages offshore, mais il faudra des années pour que les gisements soient à nouveau exploitables.

Crise ukrainienne: incidence de l'approvisionnement du gaz en Belgique (JT 22/02/2022)

Sur le même sujet

22 févr. 2022 à 15:40
6 min
16 févr. 2022 à 05:52
1 min

Articles recommandés pour vous