Apple Watch: face à la concurrence, la "pomme" joue la montre

La devanture d'une boutique Apple le 30 septembre 2014 à Paris

© Loic Venance

09 mars 2015 à 05:57 - mise à jour 09 mars 2015 à 12:22Temps de lecture5 min
Par AFP

Tout simplement, nous assistons à l’émergence d’un marché dont nul n’avait idée il y a deux ans. L’interface qui s’impose en 2015 n’est pas le concept des lunettes de Google, mais le bracelet connecté. Et parmi ces bracelets, il y a des montres.

Quelques chiffres récents illustrent l'ampleur du phénomène : le marché mondial des "wearables" (mettables) est estimé à 51,2 millions d'unités en 2015. (chiffres GfK). Cette estimation basse correspond à  près de 3 fois le volume des ventes de 2014 (17,6 M). Ce marché est divisé en deux parties quasi-équivalentes. D’une part les montres connectées (26,1 millions d'unités) connaîtront une croissance de 650% par rapport à 2014. De l’autre, les accessoires liés à la santé représenteront 25 millions, en croissance de 92% en un an.

Que retenir du congrès de Barcelone?

D’abord que l’on voit arriver les premières montres connectées comparables à de vraies montres. Et le plus souvent à des montres luxueuses. Elles ont pris l’aspect des boîtiers des années ’80 que certains trouveront atrocement ringards et d’autres joliment vintage.

Un autre constat est que tout le secteur se bat sur le terrain de l’autonomie des montres et des smartphones. Le constructeur américain Pebble, qui tente de s’imposer depuis plus de deux ans a annoncé une " Time Steel " dont l’autonomie serait de 10 jours. Soit 10 fois plus que ses concurrents Samsung et Apple (qui annoncent une journée d’autonomie.)

La marque Kyocera, que l’on attend davantage sur le terrain des imprimantes que des télécoms a proposé un système de recharge à énergie solaire. Les panneaux photovoltaïques sont directement intégrés dans l’écran du smartphone et deux heures d’exposition permettent de téléphoner 5 minutes.

Plus spectaculaire est la recharge des batteries d’un téléphone en seulement 2 minutes. C’est le pari d’une société spécialisée dans la charge des véhicules électriques.

Une entreprise suédoise MyFC se targue, elle, d’avoir créé une pile à combustible externe utilisant des cartouches de recharge. Leur capacité est de 2400 mAh (la moitié d’une batterie classique), et le tout utilise de l’eau et du sel. Comme on l’imagine, toutes ces technologies sont encore à l’état de prototype. Sauf une. Un constructeur suédois de meubles en kit (cherchez, vous allez trouver) intervient dans le débat avec des meubles permettant le rechargement des smartphones par induction, la technique de transmission d'électricité sans fil qui s'inspire des électroaimants. Il suffit de déposer le mobile sur un socle spécial. Techniquement, Ces meubles supportent la norme de recharge à induction Qi que l’on trouve aussi sur des voitures de marque allemande. Mais cela ne fonctionnera pas pour tous les téléphones, loin de là. Si votre smartphone ne supporte pas la recharge par induction (ce qui est fort probable) il faudra le déposer dans une coque vendue près de 40 euros. Ce qui est déjà moins glamour.

Chers gadgets

Au rayon gadget, le clavier pour smartphone se fait pliable. De quoi transformer son mobile en PC complet. Et, comme chaque année, la capacité des cartes MicroSD gagne en capacité. Cette fois, le record est de 200 Go. Un vrai petit disque dur dont le seul point noir est le prix: pas loin de 400 euros lors de sa sortie. Mais, comme toujours, ça va descendre. Pratiques aussi, ces écouteurs qui ne se branchent sur rien, grâce à leur propre mémoire interne. Vous pouvez donc le mettre sur vos oreilles et partir jogger sans emporter de lecteur MP3 ou de smartphone. A suivre aussi, ce téléphone circulaire (Monohm Runcible) de 8 cm de diamètre. Usage d'une oreillette obligatoire pour passer des appels.

A suivre aussi cette année, la transformation de nos smartphones en portefeuille électronique. En 2014, les paiements sans contact ont doublé (56%) par rapport à 2013. La récente tentative de piratage des cartes SIM de la société mondiale Gemalto devrait pourtant en refroidir quelques-uns.

Le rôle de Apple sur son nouveau marché

Le segment des montres connectées est déjà bien occupé par les fabricants sud-coréens Samsung (Gear) et LG (G Watch et G Watch R), par le japonais Sony (SmartWatch), le chinois Huawei ainsi que par des acteurs plus récents sur le marché, comme Pebble (Pebble Time).

Pourtant, tout le monde en parle: la montre Apple sera annoncée ce lundi, vers 18 heures (heure belge). Cette fois, le constructeur n’est pas du tout dans le scénario de l’iPAd. Cette fois, Apple arrive sur un marché vieux de deux ans. Mais un marché encore très jeune. En sport, on dirait qu’il arrive après les qualifications. Et qu’il a donc toutes ses chances.

On sait depuis des mois que l’Apple Watch existera en plusieurs modèles, avec des tailles d’écran différentes (38 et 42 mm), des bracelets différents, des modèles sportifs et d’autres hyper-luxueux.

D'après les informations du site 9to5mac qui a rencontré les testeurs de la montre de Apple, son autonomie atteindrait 5 heures en usage intensif, soit le minimum syndical pour tenir une journée sans passer par la case recharge. Selon TechCrunch, lorsque elle est portée, l’Apple Watch peut afficher que les notifications. Et pour cela, elle doit impérativement être portée au poignet. A vérifier après la conférence de presse de 18h.

Le prix de base sera sans doute de 349 dollars, mais il faudra y ajouter la TVA en Europe. Sans parler de la Watch Edition, une version  exclusive avec boîtier en or. Le prix de 5000 dollars a été évoqué. On parle aussi de bracelets en plastique et en cuir. Et surtout d’un nouveau catalogue (on dit écosystème) d’applications.
Pas d’annonce d’un Apple TV en revanche. Ou alors, ce sera une grosse surprise.

Même si le prix sera élevé (on ne s’engage pas beaucoup en posant ce pronostic), le bracelet électronique de Apple devrait pousser les ventes des tous les “wearables”.  Le cachet Apple va désigner l’objet "bracelet connecté" comme un accessoire à la mode qu’il faut posséder. C’est ce qui s’est déjà passé (un peu) avec la tablette et surtout avec le smartphone. Notons au passage que ce sera le premier grand lancement de Apple sans la présence de Steve Jobs, décédé en 2011.

Alors qu’elle n’est pas encore sur le marché, des analystes (Strategy Analytics) assurent déjà qu’il va se vendre 15 millions d'AppleWatch dans le monde en 2015 et qu’elle s’appropriera 55 % du marché. On appelle cela la force du marketing.

Le (proche) avenir de l’homme numérique?

" L'Homme de 2015 sera connecté ou ne sera pas ". C’est la conclusion que l’on peut tirer d’une étude réalisée fin 2014 auprès des consommateurs. Un tiers des Européens pensent qu’ils auront, à court terme, un bracelet connecté. Ils sont également 25% à penser que leurs vêtements seront connectés. Et il y a encore une personne sur 5 qui pense que les chaussures seront connectées. Plus bas dans la liste des fantasmes, on retrouve les brosses à dents connectées, les verres de contacts connectés, les tatouages connectés et mêmes les bijoux connectés. Ce qui est important c’est que nous nous dirigeons immanquablement vers un réseau corporel. Les américains lui ont déjà donné un nom : le " All-Body Network”.

Jean-Claude Verset

 

 

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