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Sous couverture

Anne Sibran : La beauté est l'espace de liberté de l'homme

Anne Sibran entourée de Lucile Poulain et de Thierry Bellefroid

Et si l'on parlait de beauté en ce premier mai ? C'est ce que vous propose de faire Thierry Bellefroid et Lucile Poulain en compagnie d'Anne Sibran dans Sous Couverture. Elle vient y parler de son livre Le premier rêve du monde paru chez Gallimard.

"Le premier rêve du monde" d'Anne Sibran chez Gallimard

Dans ce dernier roman, Anne Sibran imagine la rencontre entre Cézanne qui et un illustre ophtalmologue du XIX e siècle. Le peintre souffre des yeux en raison de son diabète et des pigments nécessaires à sa art à tel point qu'il ne peut plus peindre. Barthélemy Racine a opéré de jeunes patients souffrant de cécité due à la cataracte. Il  a été le premier à recueillir leurs témoignages sur ce qu'ils voyaient en naissant. Entre ces deux personnages, Kitsidano, une indienne aveugle de naissance, l'épouse de l'ophtalmologue, est guérisseuse et propose sa propre vision du monde.

Trois personnages incarnant trois chemins vers la beauté : celui du peintre qui en a fait sa quête, celui du médecin qui opère les regards et connait les fonctions de l'oeil et celui de l'aveugle qui a cependant un vrai contact avec le monde et le vivant.

La curiosité de l'autre

Il semblerait que l'amour des voyages fasse partie de l'ADN d'Anne Sibran. Elle nait au début des années 60 à Sevran en France. Ses parents ont dû quitter l'Algérie un an après l'indépendance et la jeune Anne s'imprègne de ce pays qu'elle ne connait pas à travers les mots de ses parents, son père lui racontant tous les soirs de façon presque obsessionnelle sa dernière traversée depuis Alger. Peut-être Anne Sibran tient-elle son goût pour les voyages de ces récits. Ils seront en tous cas la chair de son premier roman Bleu Figuier chez Grasset

Je suis plutôt dans les lisières parce que je n’ai jamais pu naitre dans le pays rêvé de mon père, dans son paradis perdu. J’ai toujours un peu l’impression d’avoir dû grandir dans les lisières, dans l’entre deux.  

Soucieuse du monde qui l'entoure, Anne Sibran entame des études de philosophie et d'ethnologie à Paris. Très vite, elle se lance dans l'écriture et explore à travers romans, BD et livres pour la jeunesse, le Rwanda, l'Algérie, le Paraguay.

L'écrivaine a la curiosité de l'autre chevillée au corps qu'elle assouvit à travers de ses voyages et des rencontres qu'elle y fait.  Elle décide alors d'apprendre le Quechua à l'Inalco à Paris comme une manière de se rendre invisible pour s’approcher au plus près d’une communauté, d’une famille.

En 2007, elle part vivre quelques années avec sa famille en Équateur. Là-bas, elle collabore aux travaux des chercheurs de l’université Andine de Quito et de l’université San Francisco de Cumbaya, sur le thème des peuples premiers et de la protection de la forêt première du Yasuni, où vivent les derniers chasseurs-cueilleurs du pays.

Le Quechua agit comme un sésame

La barrière de la langue franchie, Anne Sibran est invitée dans les maisons :

C'est extraordinaire parce que les gens qui n'ont rien nous invitent avec une simplicité, nous donnent tout ce qu'ils ont. C'est une splendeur. Je me retrouve à dormir chez eux, à partager le peu qu'ils ont. Ils me donnent le morceau de viande qu'ils vont avoir et et là, d'un seul coup, je sens qu'il y a quelque chose dans leur relation au monde, dans leur relation à la terre, dans leur relation aux vivants qui est  ce dont nous manquons.

De ce travail de terrain, Anne Sibran tirera plusieurs fictions pour France Culture dont Le cercle sauvage et un roman, Naissance d'un chaman chez Gallimard

J'essaye de me rapprocher le plus possible pour essayer d'inverser la parole. C'est à dire? Au lieu d'avoir sans cesse des livres qui prennent des savoirs et qui ramènent en Europe, essayer de me déporter, de me rapprocher le plus possible pour amener les lecteurs à faire le même chemin.

Anne Sibran dans Sous Couverture
Anne Sibran dans Sous Couverture Sous Couverture

Une pause avant de repartir sous les arbres

Très investie dans la défense de la forêt amazonienne, Anne Sibran a eu cependant besoin de faire une pause dans son combat. La mort de certains de ses amis assassinés dans la forêt, les désastres et les profanations commis dans l'indifférence générale, l'ont poussée, le temps d’un roman, à questionner la beauté à travers la rencontre de Cézanne avec Barthelemy Racine et Kitsidano.

Retrouvez Anne Sibran au côté de Thierry Bellefroid et Lucile Poulain dans Sous Couverture ce dimanche 1er mai à 23h sur La Trois !

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