RTBFPasser au contenu

Animaux de compagnie

Animaux hypertypés : des critères de beauté, au détriment de leur bien-être et de leur santé

23 janv. 2022 à 17:283 min
Par Anthony Roberfroid, d'après le reportage de Barbara Schaal

Croiser des races d’animaux pour répondre à certains critères, c’est une pratique utilisée principalement dans l’élevage agricole. Mais cette sélection génétique se développe aussi pour nos animaux de compagnie. Croiser des races de chiens pour répondre aux canons de beauté du moment est de plus en plus courant.

Une gueule plate, des babines tombantes, un filet de bave et un ronflement bien caractéristique, des traits distinctifs d’un bouledogue anglais. Certains croisements poussés à l’extrême chez ces animaux, que l’on appelle "hypertypés", se font au détriment de leur bien-être et de leur santé.

Tout est volontairement écrasé sur la face du chien et l’animal en souffre

"Ces chiens ont des problèmes au niveau respiratoire" révèle Fabrice Renard, inspecteur à la Société Royale Protectrice des Animaux (SRPA). "Tout est volontairement écrasé sur la face du chien et l’animal en souffre. Son confort est fortement réduit et on doit souvent les opérer pour dégager leurs voies respiratoires".

D’autres caractéristiques, comme la peau plissée, entraîne également d’autres problèmes pour ces chiens : "On peut remarquer que des soins peuvent parfois être nécessaires dans ces plis. Ils engendrent des problèmes cutanés en plus de problèmes respiratoires si les plis se trouvent au niveau du nez", ajoute l’inspecteur de la SRPA.

Plus ces animaux sont typés, plus ils souffrent de pathologies

Mais les bouledogues anglais ne sont pas les seuls concernés. Autre exemple : les Shih tzu. Certains sont plus typés que d’autres. Dans son cabinet vétérinaire, Cédric Brouwers remarque d’ailleurs des différences en fonction de la gravité de la sélection génétique : "Les plus typés sont susceptibles d’avoir plus de pathologies", explique-t-il.

Ces chiens, aux yeux exorbités, souffrent souvent de sécheresses oculaires et d’ulcères. Des pathologies qui ont un impact grave sur l’animal : "Nous avons déjà dû retirer des yeux à des Shih Tzu fortement typés car cela devenait trop douloureux pour eux", déplore le vétérinaire. "Néanmoins, cela n’est pas le cas pour ceux qui sont moins typés", précise Cédric Brouwers.

Des animaux qui ressemblent à des bébés

Des chiens à la peau trop plissés, aux pattes arrière trop courtes. Des chats sans poils… Ces animaux ont été modelés au fil des générations, pour nous plaire et ce, au détriment de leur bien-être et même de leur santé. Pourtant, ils ont la cote.

"La bouille des chiens, comme les Bouledogues ou les Carlins, est quelque chose qui rappelle étrangement un visage humain, très rond avec des yeux qui occupent une certaine place sur le visage et un regard très intense", dévoile le vétérinaire. "Cela explique pourquoi les gens craquent pour ce type de race qui finalement ressemble à un bébé".

Des expressions enfantines, des pleurs qui rappellent parfois ceux d’un bébé. Comment expliquer que cela nous fasse craquer ?

Pour Marc Vandenheede, éthologue à l’Université de Liège et spécialiste en comportement animal, c’est notre relation à la bête qu’il faut repenser : "Le rapport à l’animal a fortement évolué vers un rapport juvénile, assez peu mature avec l’animal. C’est un rapport plutôt de type parent-enfant, maternel vis-à-vis d’un animal qu’on a tendance à considérer comme fragile, à protéger".

Et ces chiens ont non seulement un aspect juvénile mais aussi un caractère qui va de pair : "Son cerveau peut rester bloqué dans un stade juvénile, ce qui peut mener à un animal peu mature et qui n’acquiert pas l’ensemble des comportements normaux d’un chien adulte", indique l’expert.

Des conséquences pour les structures d’accueil

Reflet de la société, les refuges voient eux aussi passer de plus en plus d’animaux hypertypés avec leur lot de problèmes : "Pour les structures d’accueil, recevoir des animaux hypertypés a deux conséquences", révèle Sébastien De Jonghe, directeur de l’ASBL "Sans collier". "C’est d’abord un impact financier parce qu’il faut opérer ses animaux et que ces opérations souvent coûteuses. Ensuite, ces animaux sont plus difficiles à placer car ces animaux doivent être dans un environnement spécifique. Un bouledogue ne peut pas être exposé à de fortes chaleurs ou a une forte activité donc cela réduit le champ d’adoptants possibles", détaille-t-il.

Aujourd’hui, aucune loi n’encadre la création d’animaux hypertypés. Pour éviter des souffrances inutiles à nos amis à quatre pattes, tout repose donc sur la sensibilisation et le bon sens des propriétaires d’animaux.

Sur le même sujet

31 janv. 2022 à 07:47
2 min
06 oct. 2020 à 09:00
1 min

Articles recommandés pour vous