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Chroniques

Angie, Oh Engie…

Les coulisses du pouvoir

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09 déc. 2021 à 10:52 - mise à jour 09 déc. 2021 à 15:153 min
Par Bertrand Henne

Engie ferme définitivement la porte à la prolongation des centrales nucléaires en Belgique. Le message a été envoyé au Premier ministre. Et pourtant le MR n’en démord pas, il considère que c’est toujours possible.

Un air de déjà-vu

La scène à comme un air de déjà-vu. On a tous en tête une histoire de couple qui se sépare, mais dont l’un des amoureux ne se résout pas à mettre fin à l’histoire. C’est un thème courant pour la chanson. C’était le thème de Angie des Rolling Stones. Si le titre résonne aujourd’hui, les paroles aussi.

Angie, Angie

Angie, Angie

Where will it lead us from here ? (Où cela va t’il nous mener ?)

With no lovin' in our souls (Sans amour dans nos âmes)

And no money in our coats (Et pas d’argent dans nos manteaux)

You can’t say we’re satisfied (Tu ne peux pas dire qu’on est satisfaits)

Angie, Angie

Angie, Angie

You can’t say we never tried (Tu ne peux pas dire que nous n’avons jamais essayé).

Plus d’amour, plus d’argent, on n’est pas satisfait, pourtant on ne peut pas dire qu’on n’a pas essayé. Angie c’est Engie, qui aurait décidé de quitter le nucléaire chez nous.

Une lettre

Plutôt qu’une chanson, Engie a envoyé une lettre de rupture au gouvernement. Le MR, plus que jamais amoureux du nucléaire, fait ce que font tous les amoureux éconduits, il cherche des passages ou s’immiscerait encore un peu d’espoir. Est-ce qu’elle veut encore ? Est-ce qu’elle veut mais ne peut pas ? Le MR s’y est employé résolument durant la journée d’hier, parce qu’il est convaincu que renoncer au nucléaire est mauvais pour le pays.

Il est vrai que certains passages de la lettre d’Engie pouvaient peut-être laisser entendre qu’il serait possible de continuer, même si la volonté n’y est manifestement plus.

Mais Thierry Saegeman, le CEO d’Engie est venu hier dans l’émission Déclic. Il a été assez clair. La somme des obstacles qui sont devant nous ne rend plus possible une prolongation du nucléaire. Ce n’est plus une question de vouloir : ce moment-là est passé depuis 2020. Nous voulions mais ce n’est plus une question de vouloir, mais c’est une question de pouvoir. Changer les lois, étendre les calendriers, tout ça n’est plus une solution.

L’amoureux éconduit insiste, une petite prolongation, plus modeste ? Certains évoquent la possibilité d’une extension de courte durée dont la préparation pourrait être beaucoup plus rapide. Une telle décision n’aurait pas de précédent et il n’existe pas aujourd’hui de cadre réglementaire ni technique pour la réaliser.

Le ton est résolu. Mais le président du MR prétend qu’il est toujours possible de changer la loi et de forcer Engie ou un autre opérateur à se lancer dans la prolongation.

Pas honnête

Le MR estime que la ministre Groen les a floués, qu’elle n’a pas été honnête en n’investiguant pas la possibilité de la prolongation du nucléaire. Ce n’est pas faux. Tinne Vanderstraeten n’a pas cherché à vérifier que ce soit effectivement une voie praticable. Angie, Oh Engie, à cause de toi, MR et Ecolo se renvoient tous les deux le contrat de mariage dans la figure. C’est souvent comme ça dans les séparations difficiles. Vu la tournure des événements, il faut bien retourner à ce fameux contrat, l’accord de gouvernement. Si certaines phrases peuvent prêter à des interprétations un peu divergentes, il faut reconnaître que lors de la négociation, le MR pensait que la prolongation serait possible. Il n’a pas vu venir le coup. De l’autre côté Ecolo avait bien préparé le sien. Angie, Oh Engie, ton amoureux libéral ne semblait pas si bien te connaître finalement.

Engie en fermant la porte, laisse aussi un petit message, pour bien convaincre son amoureux éconduit. Engie lui dit : tu sais, ça fait des années que je t’envoie des signaux, des années que je dis que ça ne va pas être possible si tu attends trop longtemps. Ce qu’Engie veut faire comprendre c’est que les défenseurs du nucléaire viennent trop tard. Ils n’ont pas voulu écouter, et l’ont traité avec trop de légèreté. C’était sous le gouvernement précédent, le gouvernement Michel qu’il fallait agir. A l’extrême limite, il fallait intervenir au moment de la négociation de l’accord en 2020. Aujourd’hui Engie enterre l’espoir de la prolongation des réacteurs en Belgique. Après l’avoir réclamé force et fracas cette prolongation, l’atterrissage s’annonce rude pour le président du MR.

Si désormais il n’y a plus de plan B avec la prolongation, il faut donc reparler du plan A. Et le problème que souligne non sans fondement le MR c’est que le plan A est bancal. L’atterrissage du rival écologiste s’annonce peut-être aussi compliqué. Si les prix s’emballent ou si la sécurité d’approvisionnement est menacée les verts le paieront cash. Le MR tiendra sa vengeance. Elle va être difficile la vie de célibataire du nucléaire…

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