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André Malherbe est décédé, un champion hors norme qui aura vécu deux vies !

Décès d'André Malherbe: champion hors norme qui aura vécu deux vies!

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Si Malherbe se résumait à un palmarès, il ne serait pas André ! 3 fois champion du Monde 500 cm3 en 1980, 1981 et 1984. 3 fois vice-champion du Monde 500 cm3 en 1983, 1985 et 1986. Vainqueur de la Coupe FIM 125 en 1974 et 1975. 3 fois Champion du Monde par équipe au Motocross des Nations en 1977, 79 et 80. 2 victoires aux Trophée des Nations en 1977 et 1980. 26 victoires en GP 500 de 1978 à 1986. 1 victoire en GP 250 en 1977.11 victoires en Coupe FIM 125 de 1974 à 1975. "Dédé" Malherbe a marqué l’histoire de son sport bien au-delà de tous ces lauriers ! Le champion belge est décédé ce jeudi 24 novembre à l'âge de 66 ans.

Il professionnalise le motocross

La tenue blanche, la Honda d'usine, l'attaque, le style, tout André Malherbe en un cliché!
L'éclat du blanc ressortant de la boue, André Malherbe en 1981.
1985, la dernière année où il portera le numéro 1, son numéro!

On le surnommera "Hollywood". Il sortira son sport de l’ornière boueuse dans laquelle il s’est enchevêtré. Il le rendra flamboyant. André Malherbe est le premier pilote de l’histoire du motocross à avoir pris conscience de l’importance de l’image autour de sa discipline. Tout commencera en 1980 lorsqu’il s’alignera au Grand-Prix des Etats-Unis avec une tenue entièrement blanche… officiellement pour lutter contre la chaleur ! D’années en années, la tornade blanche soignera ses partenaires par des tenues et une attitude toujours plus soignées. Personne n’a oublié le jour il débarqua en Ferrari dans le paddock herbeux d’un Grand-Prix de motocross ! Une nouvelle ère était née. Dédé ou le sens de la provocation, de la déstabilisation de ses adversaires ! Il sera de tous les médias. Le motocross n’aura jamais été aussi populaire en Belgique que durant les années 1980 à 1986 où, sans malchances et blessures – le lot de tous les sportifs -, il aurait pu décrocher 7 titres de champion du monde d’affilée dans la catégorie reine des 500cc. Il sera fin négociateur de ses contrats. Et lorsque Honda, l’usine qui l’employait, décida de ne pas lui renouveler sa confiance, il préféra suivre son instinct et partir la tête haute vers un autre défi !

Le Dakar ou la destinée

André rapatrié dans les conditions "d'époque"!
Il restera longtemps allongé dans des conditions spartiates avant d'être rapatrié vers un hôpital parisien.

Après une saison 1987 consacrée au sport automobile – championnat de France de Formule monoplace F3000 – le jeune retraité du motocross est contacté malgré lui pour participer au Paris-Dakar dans un team officiel. Il accepte. Et bien sûr il est loin de douter qu’une deuxième vie va commencer ! Le Dakar n’est pas le championnat du monde de motocross. L’environnement est plus sournois. Plus hostile. Je me souviens précisément du jour où il m’a raconté son accident. Il se souvenait de chaque détail. Avec détachement ! Il était perdu dans le désert avec l’expérimenté Jean-Claude Olivier – le patron/pilote de l’écurie officielle Yamaha Sonauto – et ils cherchaient tous deux à retrouver la bonne piste. C’est alors qu’ils aperçurent au loin la poussière d’autres concurrents. Le soleil était bas et de face. J’ai d’abord été surpris par une bosse que je n’avais pas vue et qui m’a fait décoller des repose-pieds. J’ai eu à peine le temps de réaliser que je venais de me faire une grosse chaleur qu’une deuxième bosse au relief rendu invisible par la poussière et le soleil de face m’a expédié en avant. En retombant sur la nuque, j’ai senti un gros crack. J’ai immédiatement compris que c’était sérieux. je ne sentais plus mes jambes. André s’en souvient comme si c’était hier. Un hier qui annonçait des lendemains auxquels on s’attend et ne s’habitue jamais.

La vie malgré tout

Avec son ami d'enfance Jean-Claude Lackaye, ancien champion de motocross lui aussi,  qui sera toujours à ses côtés.

Nous sommes en 1988. Les plans sanitaires ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Une journée passée à même le sol sous une tente. Un hématome qui enfle et fait pression sur la colonne. Une évacuation tardive vers un hôpital parisien. Opéré trop tard, André Malherbe aurait pu devenir paraplégique. On ne refera pas l’histoire. Il sera tétraplégique. Il n’a pas encore 32 ans. La seule sensibilité qui lui reste, c’est la tête et le cou. Sa vie va tenir à un fil. Il doit réapprendre à respirer. Il doit tout réapprendre. Il n’a même pas la liberté d’abandonner le combat ! De toute façon il s’accroche. Une nouvelle compétition a commencé. Pour le soutenir, il y a ses amis Jean-Claude, Dan et les autres. Il y a surtout Cassandre, sa fille, sa fierté, sa raison de vivre. Une deuxième vie commence. Lentement. Aux antipodes de la première. Elle sera jalonnée d’épreuves, de courage et d’abnégation bien sûr, mais surtout de nombreux moments de joie et de bonheur car André Malherbe aimait la vie par-dessus tout !

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