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Jupiler Pro League

Anderlecht-Standard (1/5) : un huis clos, des poules et un Mpenza

Anderlecht-Standard (1/5) : un huis clos, des poules et un Mpenza
24 nov. 2020 à 07:00 - mise à jour 24 nov. 2020 à 10:085 min
Par Erik Libois (avec FOOT 100)

Dimanche, le Clasico mugira. Dans un Parc Astrid vide. Et en version de phase classique qui fait que rien n'est jamais décisif, ni définitif.

Il n’empêche, le Clasico est de retour en cette année Covid. Pour la 218e fois. Une Histoire entamée il y a… 101 années. Et parsemée de quelques croustillants épisodes. 

Le crash Wasyl-Witsel, le tacle " gobelet de bière " façon Sa Pinto, c’est de l’archi-connu. On vous conte ici, jour après jour et jusqu’à dimanche, les Clasico… de l’anecdote joués à Bruxelles.

2 avril 1922 : le Clasico le moins… bruyant (0-2)

Le Standard promu de 1922
Le Standard promu de 1922 © Tous droits réservés

Le huis clos n’a pas attendu le Covid-19 pour s’inviter dans un Clasico. Clin d’œil de l’Histoire, Anderlecht est aussi privé de spectateurs pour ce 6e duel de l’Histoire entre Mauves et Rouches, le tout premier au Parc en Division 1. Car les deux clubs ne sont pas encore les deux géants qu’ils deviendront : ils viennent tous deux de grimper de Promotion, le terme à l’époque pour le 2e échelon. Depuis ce jour, le Standard n’a d’ailleurs plus jamais fait la culbute. 

Le 12 mars précédent, 3 semaines plus tôt, l’arbitre du match Anderlecht-Racing Bruxelles (1-2) s’est fait agresser par des fans mauves mécontents du revers… qui lui ouvrent le menton. En chapeau boule et à moustache, mais les hooligans existent déjà. 


>> Retrouvez tous nos résumés du Clasico en vidéo!


Huis clos comme sanction : le Stade Emile Versé sonne donc creux ce jour-là. Le Standard s’impose 0-2, sur deux buts du même Jean Dupont – avec T, et sans chapeau boule ni moustache. 

Le bisou wallon 

Le journaliste de La Vie Sportive s’extasie sur le potentiel du Standard : " La conception du jeu est bonne, les hommes sont adroits et très habiles, un jeu de petites passes courtes " tandis qu’Anderlecht applique " le cup game " (sic), vitesse, profondeur et percussion. Les ADN ont bien changé… Sûr de son coup, le Standard avait même entamé le match… à 10 joueurs, le dénommé Petit ne montant qu’après 20 minutes ! Sans doute le sbire avait-il loupé son tramway ou oublié de remonter sa montre de gousset… 

Le tournant du match ? Un penalty sifflé contre le Standard... mais stoppé par le gardien Paty, qualifié de " sosie de Jean Debie (NDLA : le gardien des Diables de l’époque) comme témérité. " Suite à ce safe, les deux backs Pirlot et Magnée embrassent leur portier : " Je trouve ce geste, qui a choqué certains spectateurs aux Olympiades (NDLA : référence aux JO d’Anvers, deux ans plus tôt), très beau dans sa spontanéité " analyse le chroniqueur. La naissance du fameux bisou wallon ? 

Conseils de compétences… 

Mais surtout, le journaliste pointe l’ambiance très spéciale du jour : " Un calme presque religieux, des coups sourds dans le ballon, quelques rares cris, pas de supporters bruyants… et impartiaux, pas de conseils des compétences (sic), rien que du calme… " Et sur le terrain, un match exemplaire, des joueurs au garde à vous, une seule faute sifflée en première période. " Doit-on en déduire que c’est l’absence de public qui influa si agréablement le moral des joueurs ? " interroge le scribouillard, qui se fait militant : " Je propose qu’à l’avenir tous les matches de première division se jouent à bureaux fermés. " (sic) 

L’arbitrage de Mr Barette recevra même la cote maximale : " L’arbitre semblait ahuri de ne pas s’entendre ‘félicité’ par les spectateurs " ajoute l’article. Comme quoi, tout était bien en place : le referee était déjà le pestiféré.   

piston et poules ! 

Cerise sur le gâteau, le compte rendu relate un envahissement de terrain très singulier à la pause : " Spectacle bucolique, des poules, oui Monsieur, des poules ! vinrent picorer sur le terrain, sous l’œil des agents de police, qui ne savaient s’ils devaient intervenir… " 

Des spectateurs sont juchés sur les toits avoisinants : l’un d’eux joue… du piston " et, ma foi, très bien, détaillant de ses notes claires le chant favori des Mauves et Blanc " précise encore l’expert ! 

Le Standard terminera 5e (sur 14) cette saison-là, et Anderlecht 12e, évitant d’un point la redescente. Le Beerschot devient le premier club anversois champion de Belgique, après le test-match gagné contre l’Union St-Gilloise (2-0). 

15 novembre 1998 : le Clasico le plus… catenaccio (0-1)

Pär Zetterberg perdu dans l'étau rouche
Pär Zetterberg perdu dans l'étau rouche © Tous droits réservés

C’est Fête de la Dynastie ce jour-là, pour les 5 ans du règne d’Albert II. Mais le roi du Parc se nomme Mbo. Et surtout Tomislav… 

Anderlecht est en pleine diète, l’affaire de Nottingham a éclaté quelques mois plus tôt : le " million de Constant " est apparu au grand jour, des maîtres chanteurs glauques à catogan de hardeur arpentent les classieux salons mauves. Arie Haan a fait long feu : le coach local, plus féru de sorties bruxelloises que de tableau noir au vestiaire, a pris la porte après un début de saison cata. Le duo Jean Dockx-Frank Vercauteren a repris les rênes, mais le régime est lent à décanter. 

En face se dresse une horde de morts-la-faim en culotte rouche, menés par un vieux Croate… qui n’a rien oublié : 15 ans plus tôt, Tom Ivic, l’inventeur du foot total à l’anderlechtoise au début des Eighties, s’était fait jeter du Parc Astrid après une claque rouche signée… Raymond Goethals (1-4). 

Bouffer du kilomètre 

Le stratège croate va saliver : toute la rencontre, le Sporting se casse les sabots sur du béton des Balkans, rejointoyé de ciment rouche. Les semaines précédentes, le Standard a enchaîné trois succès sur score arsenal : il ajoutera un quatrième 1-0 à sa récolte automnale. 

Ivic a donc ressorti sa garde noire Rabiu Afolabi-George Blay, assortie du sniper Josko Bilic, le tout régenté par Dirk Medved. Et au milieu, une cohorte de marathoniens nommés Didier Ernst, Bernd Thijs, Gauthier Remacle… et Dimitri De Condé, qui bouffe du kilomètre sans penser encore à ses futurs transferts genkois. Une formation liégeoise " dont les courtisans se nomment jeu sans faux col, organisation rigoureuse et réalisme à outrance " résume La Dernière Heure-Les Sports.

Sacré centre… défensif 

Le seul but du match tombera à l’heure de jeu, du pied de Mbo Mpenza, tout juste monté sur le pitch et servi par un centre… " défensif " (sic), en contre, de Remacle. Comme son frangin Emile, absent ce jour-là, Mbo preste sa seconde saison sous casaque liégeoise. Il épousera la… mauve six ans plus tard, après des détours par le Portugal et la Turquie. 

Le Standard n’avait plus gagné… depuis 11 ans à Bruxelles et digérait mal une série de 25 (!) duels sans victoire (dont 19 succès mauves) face au grand rival de Bruxelles. " Ivic tue-t-il le football ? " interroge La DH en épilogue. En fin de saison, les Liégeois finiront pourtant cinquièmes, loupant le train européen… 

Terminant en boulet de canon, Anderlecht sera troisième final (derrière le champion Genk) en ayant pris soin... de régler son ardoise rouche au retour, transformant Sclessin en aire de tennis (0-6). Ce 15 novembre, la compo mauve renseignait un entrejeu Staelens-Zetterberg-Scifo-Baseggio-Goor, n'en jetez plus… Et préfigurait, avec les De Wilde, Crasson, Dheedene et Radzinski, l’armada de Champions League, deux ans plus tard.

Avec, en bonus-track, un Jan Koller, sacré cette saison-là meilleur buteur de D1, sous la penne de Daknam. Où ne sévissent plus aujourd'hui que des U21 de Bruges et l'un ou l'autre merle en mal de semence...

Episode 02 : Un Bombardier, une trompette… et un rhétoricien

Le Palmarès en vidéo : Les confrontations entre Anderlecht et le Standard  

Anderlecht - Standard : 15 novembre 1998 (0-1)

Division 1

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