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Amor Towles sort "Lincoln Highway" : "Mon enquête sur la période dans laquelle mes parents ont vécu"

Amor Towles pour son roman "Lincoln Highway"

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Amor Towles n’a pas toujours été un écrivain couronné de succès et d’un prix littéraire Fritzgerald. Sa précédente carrière était dans la finance. Né en 1964 à Boston dans le Massachusetts, il vit à New York. Après Les règles du jeu en 2012, Un gentleman à Moscou en 2018, son troisième roman est traduit en français sous le titre Lincoln Highway :

Emmett Watson a bientôt 18 ans. Il sort de prison. Sans le faire exprès, il a tué un camarade lors d’une bagarre à l’école. Son père meurt durant sa détention, son petit frère Billy est resté à la ferme, qui est saisie pour solder les dettes du père. Leur mère est partie depuis longtemps, partie quand ils étaient petits. Emmett et Billy n’ont qu’une idée en tête : remonter le chemin des cartes postales qu’elle leur a fait parvenir pour la retrouver. Objectif San Francisco par la Lincoln Highway. Mais voilà que leur moyen de transport, la Studebaker familiale, leur est dérobé. Direction New York à la poursuite des malfrats pour la récupérer. Nous sommes en juin 1954. Le livre s’articule sur dix chapitres. Dix jours, comme un compte à rebours. Le temps s’écoule, chaque décision prise a une ramification. La pression monte.

Amor Towles détaille pour Entrez sans frapper les trois W qui soutiennent son roman : who-where-when. Qui, où et quand.

U.S. Routes 30 dans l’Utah, aux Etats-Unis, portion de Lincoln Highway
U.S. Routes 30 dans l’Utah, aux Etats-Unis, portion de Lincoln Highway Pavliha via Getty images

La route qui reliait deux océans

La tradition américaine a récupéré cette tradition du récit de voyage pour la transposer au vingtième siècle dans l’environnement de la route

Elément essentiel du roman, jusqu’à en être son titre, La Lincoln Highway traverse le roman comme une colonne vertébrale. Cette route aujourd’hui méconnue a été construite dès 1915, la première à relier les océans Atlantique à Pacifique, de Time Square à San Francisco. Un mythe qui a perduré jusqu’à la construction d’un vaste réseau autoroutier par le gouvernement dans les années soixante. Amor Twoles nous invite en voiture pour un road novel, un roman sur la route donc, dans la parfaite tradition américaine. Une spécialité qui selon lui trouve ses origines sur le vieux continent.

"En Europe, ce que vous racontez c’est le voyage. Ce sont les plus anciens récits : L’Odyssée d’Homère, Les Enéïdes de Virgile, Don Quichotte de Cervantes. La tradition américaine a récupéré cette tradition du récit de voyage pour la transposer au vingtième siècle dans l’environnement de la route. Parce que les autoroutes qui connectent le vaste territoire des Etats-Unis sont un élément central dans la façon dont les Américains vivent leur vie. Nous passons un très large temps dans nos voitures".

La lumière sur l’adolescence des 50’s

Busy street in New York City,
Busy street in New York City, © Tous droits réservés

La manière dont mes parents voyaient le monde, dont ils abordaient le bien et le mal, cela a dessiné une idée de cette décade.

1954. C’est une époque de transition, qui profile la fin d’un monde et le début d’un autre. Les années soixante en Europe et aux Etats-Unis ont été une période très mouvementée. La contestation de la guerre au Vietnam, le rock’n’roll sur toutes les scènes, les grandes manifestations, le mouvement des droits civiques, la révolution sexuelle et le féminisme qui explosent.

"Tous ces éléments dominent la vie dans les années soixante. Dans les fifties, c’est en apparence une période tranquille, qui semble paisible, mais toutes ces forces qui sont sur le point d’exploser dans la dynamique des sixties sont déjà là, percolant patiemment.

Nous sommes tous façonnés par la période durant laquelle nous avons entre 6 et 16 ans. L’époque, les événements dans le monde, l’économie, les avancées culturelles vont avoir une grande influence sur nous. Mais nous sommes tout autant influencés par la période où nos parents avaient cet âge. Mon père avait 18 ans en 1954, date à laquelle se passe le roman. La manière dont mes parents voyaient le monde, dont ils abordaient le bien et le mal, cela a dessiné une idée de cette décade. C’est un peu mon enquête sur la période dans laquelle mes parents ont vécu."

Who ? / Qui ?

Groupe de jeunes gens en 1955 à New-York
Groupe de jeunes gens en 1955 à New-York Graphic House/Hulton Archive/Getty Images

C’est une perspective d’écriture plus excitante que d’écrire avec le point de vue de la personne qui sur le fil, prêt à basculer du côté du bien ou du mal

Lincoln Highway prend l’allure d’un roman initiatique, avec un quatuor de gamins aux prises avec leur destin, amenés à poser des choix qui ne seront pas sans conséquences. Emmett et son frère se retrouvent réunis avec deux anciens codétenus : Wolly et Duchess. C’est ce dernier qui porte le récit à la première personne.

"C’est difficile de prendre des décisions. Nous avons tous un autre contexte de vie, des parents différents, nous avons vécu des expériences différentes. Duchess c’est une personne qui a eu une jeunesse compliquée. Il a eu un père difficile, il n’avait pas d’argent, il a habité une ville rude comme New York. Pour toutes ces raisons, il prend des décisions d’une manière très différente de Emmet, qui lui est le héros traditionnel, honnête et pragmatique. C’est une perspective d’écriture plus excitante que d’écrire avec le point de vue de la personne qui sur le fil, prêt à basculer du côté du bien ou du mal. Plutôt que du point de vue du personnage qui a les deux pieds bien ancrés sur terre.

L’un des thèmes centraux est ce que cela signifie d’être un adolescent de 18 ans. Jusqu’à cet âge, les parents, l’école, l’Eglise nous assènent ce que nous devons penser. Ils sont censés nous enseigner le bien et mal. Mais quand on a 18 ans, on commence à prendre ces décisions par nous-même. Et c’est ce que ce personnage doit traverser : assumer ses décisions, estimer ce qu’est le monde, ce qui est bien ou mal. C’est un moment très excitant car c’est un éveil à la vie. Mais c’est aussi un moment difficile où bien des mauvaises décisions peuvent être prises. "

David Levenson/Getty Images

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