Allemagne : deux scrutins régionaux cruciaux pour le parti d'Angela Merkel, sur fond de scandale financier

Un bureau de vote à Stuttgart

© THOMAS KIENZLE - AFP

14 mars 2021 à 07:20 - mise à jour 14 mars 2021 à 09:42Temps de lecture4 min
Par Pascal Thibaut, correspondant en Allemagne

Deux scrutins régionaux ont lieu ce dimanche en Allemagne, c'est le début d'un long marathon électoral qui va durer jusqu'au 26 septembre, lorsqu'un nouveau parlement sera élu à Berlin et qu'Angela Merkel quittera le pouvoir. On vote dans le Bade-Wurtemberg et la Rhénanie-Palatinat et ces élections pourraient être difficiles pour le parti chrétien-démocrate de la chancelière.

Angela Merkel quitte le pouvoir à l’automne, les chrétiens-démocrates n’ont pas encore désigné leur candidat pour la course à la chancellerie, les sondages sont en baisse pour la CDU. Les frustrations des électeurs face à la politique sanitaire du gouvernement augmentent. Et les récents scandales autour de députés chrétiens-démocrates qui ont encaissé des commissions lors de la vente de masques anti-covid n’arrangent pas les choses.

Dans le Bade-Wurtemberg, la CDU, partenaire minoritaire d’une coalition dirigée par un Vert des plus populaires, devrait subir une défaite historique. Dans le Rhénanie-Palatinat, les chrétiens-démocrates dans l’opposition ont peu d’espoir de gagner la région gérée par les sociaux-démocrates associés aux Verts et aux libéraux.


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La coalition entre Verts et chrétiens-démocrates dans le Bade-Wurtemberg a fonctionné, comme en Hesse. On évoque beaucoup une telle alliance au niveau fédéral pour gouverner l’Allemagne à l’automne alors que les écologistes ont le vent en poupe dans les sondages. Mais à l’arrivée ce dimanche soir, deux alliances sans la CDU pourraient être soit confirmée soit possible. Il s’agirait pour les chrétiens-démocrates d’un coup de semonce supplémentaire.

Risque de défaites ?

Enferrés dans un scandale financier, les conservateurs allemands de la chancelière Angela Merkel pourraient encaisser ce dimanche une lourde défaite lors de deux élections régionales particulièrement scrutées à six mois des législatives.

L'Union chrétienne-démocrate (CDU) est donnée perdante dans les deux régions du Sud-Ouest, le Bade-Wurtemberg et la Rhénanie-Palatinat, où près de 11 millions d'électeurs sont appelés à renouveler leur Parlement régional.

Les opérations de vote ont débuté avec des précautions sanitaires strictes: masques obligatoires, aération des bureaux, mise à disposition de gel hydroalcoolique, a constaté une journaliste de l'AFP à Stuttgart.

Les révélations en cascade autour de l'"affaire des masques" et les critiques croissantes sur la gestion de la crise sanitaire augurent de "sombres perspectives" dans les urnes pour les conservateurs, écrit le quotidien Bild dimanche.

La CDU traverse "sa plus grave crise" depuis le scandale des caisses noires qui avait précipité la chute d'Helmut Kohl à la fin des années 1990, estiment de nombreux commentateurs. Cette fois, ce sont notamment des soupçons de commissions perçues par des députés dans des contrats d'achats de masques, au début de l'épidémie, qui écornent l'image de la majorité.


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Les premières estimations sont attendues au moment de la fermeture des bureaux de vote à 18h00 locales. Dans le contexte sanitaire, le nombre de votes par correspondance est particulièrement élevé.

Dans le Bade-Wurtemberg, bastion conservateur jusqu'en 2011, la CDU est créditée de 23 à 25% des voix et pourrait ainsi enregistrer le pire score de son histoire.

Les Verts, aux commandes depuis une décennie de ce Land prospère, coeur de l'industrie automobile, sont donnés largement gagnants. 

Leur victoire offrirait un troisième mandat à Winfried Kretschmann, 72 ans, seul écologiste à diriger une région allemande. La coalition avec la CDU qu'il dirige depuis cinq ans est parfois perçue comme le laboratoire d'une possible alliance nationale entre ces deux partis à l'issue des législatives du 26 septembre.

Dans le Land de Rhénanie-Palatinat, voisin de la France, de la Belgique et du Luxembourg, les choses ne s'annoncent guère mieux pour le parti de la chancelière.

Après avoir caressé l'idée de mettre un terme à trois décennies de domination social-démocrate, la CDU est au coude à coude avec le SPD et la dirigeante sortante de la région, Malu Dreyer, pourrait bien être reconduite.

Quant à l'extrême droite de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), en baisse au niveau national, elle devrait essuyer un recul dans les deux Länder. 

Fatigue des restrictions

Angela Merkel, qui espérait quitter le pouvoir au sommet de sa popularité, voit ses plans contrariés par les difficultés touchant la CDU et son allié bavarois CSU.

Deux députés, Georg Nüsslein (CSU) et Nikolas Löbel (CDU), ont dû quitter ces derniers jours leurs partis respectifs, suspectés de s'être enrichis à la faveur de l'épidémie en servant d'intermédiaires avec des fabricants dans l'achat de masques anti-Covid par les autorités.

Dans une controverse distincte, l'élu conservateur Mark Hauptmann a renoncé ce jeudi à son mandat de député après avoir été mis en cause pour des encarts publicitaires de l'Azerbaïdjan dans un journal régional qu'il dirige. 

Des parlementaires CDU ont déjà été soupçonnés dans le passé d'avoir perçu de l'argent de ce pays riche en hydrocarbures. L'un d'eux a vu récemment son immunité levée.

Dans une tentative d'éteindre l'incendie, la CDU et la CSU avaient donné jusqu'à vendredi soir à leurs parlementaires pour déclarer d'éventuels gains financiers tirés de l'épidémie.

La polémique tombe aussi au pire moment pour le camp conservateur qui doit désigner prochainement son candidat à la chancellerie.

Armin Laschet, fraîchement élu à la tête de la CDU, se verrait bien mener la campagne électorale mais le patron de la Bavière Markus Söder pourrait partager la même ambition.

"L'affaire des masques" passe d'autant plus mal que des millions d'Allemands, un an après le début de la pandémie, sont las des restrictions en place et semblent douter de la stratégie du gouvernement dont l'image de gestionnaire efficace de la crise est altérée.

Les difficultés d'approvisionnement en vaccins contre le Covid-19 n'ont fait qu'accentuer le mécontentement, sur fond de remontée des contaminations ces derniers jours. Les autorités sanitaires ne cachent d'ailleurs plus leur inquiétude face au "début d'une troisième vague".