Biodiversité

Alerte : les bananes sont en danger à cause d'une maladie dévastatrice

© Getty Images

08 sept. 2022 à 11:30Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

Pire qu'une pénurie, on pourrait craindre une disparition de l'un des fruits les plus populaires dans le monde : la banane.

Connue depuis des décennies, la maladie de Panama est réapparue sous une forme plus sévère qui met sérieusement en péril la production du fruit jaune. Des solutions existent, mais elles posent soit des questions d'ordre éthique soit une problématique temporelle pour leur mise en oeuvre.

En Martinique, une enquête a été ouverte suite à l'utilisation d'un phytorégulateur pour donner une teinte plus jaune à des bananes encore vertes. L'éthéphon est autorisé pour l'ananas, mais ce n'est pas le cas pour le fruit jaune. Si cette affaire repérée sur le marché de Fort-de-France pose une question de transparence vis-à-vis des consommateurs, elle ancre encore davantage la banane dans la case des aliments à protéger pour que nous puissions continuer à la manger à long terme. Les scientifiques travaillent en effet à pied d'oeuvre pour trouver une solution à la préservation de la variété la plus répandue, la Cavendish, qui représente 97% du commerce mondial. Parce que oui, notre encas recommandé par les nutritionnistes pour calmer les petites faims, est en danger en raison de la résurgence d'une maladie connue depuis bien longtemps qui attaque les bananiers jusqu'à causer leur mort.

C'est quoi la maladie de Panama ?

La maladie de Panama ne date pas d'hier. Désignée aussi comme le "sida de la culture de la banane", cette affection prend la forme d'un champignon qui attaque non seulement la racine mais peut aussi réapparaître de nombreuses années plus tard s'il est toujours présent dans le sol. Le résultat à court terme se constate sur les bananes elles-mêmes qui deviennent marron et finissent par pourrir. Cette infection a trouvé son nom dans les années 50 lorsque le champignon a dévasté des plants de bananiers dans la région du Panama.

A l'époque, c'était une autre variété qui était consommée : la Gros Michel. La Cavendish s'était montrée plus résistante. Mais, voilà que la maladie ressurgit ces dernières années sous une forme bien plus sévère, ruinant des exploitations entières de bananiers partout dans le monde, où la plante est cultivée. D'après le journal Nikkei, la production de bananes au Vietnam a chuté de 71% en l'espace de 25 ans. Et l'on pourrait craindre une perte aussi gigantesque en Chine ou aux Philippines. Dans les années 90, une nouvelle souche de la maladie de Panama a été détectée en Malaisie et dans le reste de l'Asie du sud-est.

Le champignon est capable de traverser les océans puisqu'il a aussi été repéré en Colombie en 2019, où un état d'urgence a même été décrété, puis au Pérou l'année dernière. L'affection est finalement présente aujourd'hui dans une vingtaine de pays dans le monde.

Au-delà de la question alimentaire, la situation menace aussi des systèmes économiques. L'Inde est le premier producteur de bananes, avec 30,5 millions de tonnes produites en 2019, devant la Chine et les Philippines. En matière d'exportations, ce sont les pays d'Amérique latine qui alimentent les marchés américain et européen. L'Equateur, la Colombie, le Guatemala, le Honduras, la République dominicaine et le Costa Rica sont les principaux moteurs.

Des solutions existent, mais...

Face à l'urgence, les scientifiques réfléchissent à plusieurs réponses pour sauver nos bananes qui pourraient faire naître une nouvelle variété. En Australie, des chercheurs ont modifié la carte génétique du fruit, donnant ainsi naissance à un OGM, un type d'aliment que de nombreuses réglementations dans divers pays interdisent. Et puis, les consommateurs accepteraient-ils aussi d'éplucher une banane génétiquement modifiée ?

Une piste consiste aussi à faire pousser les bananiers dans un compost à base de coco et de laine de roche. Sinon, aux Pays-Bas, à l'université de Wageningen, un scientifique répondant au nom du Docteur Kema travaille sur la création d'une nouvelle variété de bananes. Si ces travaux laissent optimistes pour l'avenir, ils imposent aussi la patience puisqu'il faut attendre au moins six à sept ans pour que ce nouveau plant de bananier produise des fruits en quantité suffisante pour être disponibles en magasins. Si de tels résultats venaient à se concrétiser, la bonne nouvelle qui réjouirait les gourmands concernerait le goût des nouvelles bananes appelées à être bien plus savoureuses que la Cavendish, dont on a regretté le goût fade lorsqu'elle a survécu à son aînée, la Gros Michel.

Sur le même sujet

Bananes : cinq grands magasins s’accordent pour garantir de meilleurs revenus aux travailleurs

Monde

Articles recommandés pour vous