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Aide humanitaire en Haïti : comment éviter les erreurs faites en 2010 ?

Aide humanitaire en Haïti : comment éviter les erreurs faites en 2010 ?
31 août 2021 à 06:553 min
Par RTBF La Première

Le 14 août dernier, la terre tremblait en Haïti, faisant 2 millions de sinistrés, 2000 morts et 12 000 blessés, selon les chiffres de l’ONU. Les besoins médicaux sont considérables, les ressources financières et logistiques manquent. Mais les défenseurs des droits humains tirent la sonnette d’alarme : ne refaisons pas les mêmes erreurs, dans l’aide humanitaire, que lors du séisme de 2010.

En effet, selon Human Rights Watch, l’aide humanitaire avait été désorganisée, menant à des violences, des abus, voire des décès, qui ont tout particulièrement touché les femmes et les fillettes.

Avec Rosy Auguste Ducéna, avocate et responsable de programmes du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), depuis Port au Prince, on fait le point sur la situation et la meilleure façon de venir en aide aux sinistrés.

La distribution de l’aide

Tout de suite après le séisme, il y a eu un élan de solidarité citoyenne, sans précédent. "Aujourd’hui, on peut dire que c’est carrément une solidarité qui vient d’un peu partout, de plusieurs Etats et on voit que les promesses sont énormes."

Le Réseau National de Défense des Droits Humains et Human Rights Watch ont toutefois plusieurs préoccupations. Ils craignent notamment que l’aide n’atteigne pas vraiment les victimes. L’une des règles primordiales de la distribution de l’aide humanitaire est que ce soit les vraies victimes qui soient concernées, que les informations sur les distributions, les méthodes et les critères de choix puissent circuler, bien avant d’en arriver aux distributions proprement dites, explique Rosy Auguste Ducéna.

"Et ce n’est pas le cas pour l’instant. Au contraire, on a l’impression qu’il y a un certain chaos. Peut-être peut-il s’expliquer par le fait qu’il y a les mouvements de solidarité citoyens, l’intervention de l’Etat et l’aide qui vient de l’étranger, jusqu’à présent on a l’impression que la machine n’est pas encore bien huilée. Or les personnes qui font partie des groupes vulnérables – les femmes, les filles, les mineurs, les personnes qui vivent avec un handicap - sont souvent oubliées."

Plus les personnes sont vulnérables, plus elles sont exposées au marchandage

La deuxième préoccupation, c’est qu’il y a beaucoup de risques de violation des droits humains, poursuit Rosy Auguste Ducéna. Les victimes sont souvent victimes une deuxième fois, soit parce que les personnes impliquées dans les distributions ne connaissent pas les règles de distribution alimentaire, soit parce qu’elles ne sont pas sensibilisées en matière de droits humains. Ainsi, certains distribuent l’aide en échange de quelque chose.

Il y a eu beaucoup de cas de marchandage sexuel, au lendemain de la catastrophe de janvier 2010, ou de vol de l'aide, qui n’est pas arrivée aux victimes. C’est particulièrement le cas quand les entreprises qui donnent se contentent de donner, sans exiger de rapports transparents de distribution.

"Plus les personnes sont vulnérables, plus elles sont exposées au marchandage, et c’est une véritable préoccupation. Pour améliorer la distribution, il faudrait déjà que les ONG et les Etats exigent des rapports, pas seulement à la fin des distributions, mais tout au long du processus, en matière de critères de choix, de lieux d’intervention.

L’instabilité politique en Haïti risque de compliquer encore les choses, en particulier le monitoring de ce qui se passe dans le grand sud.

Encourager la reconstruction

La troisième erreur à ne pas commettre est de garder les personnes victimes dans un état d’assistanat perpétuel. Aujourd’hui, encore il y a des camps, créés après 2010, qui existent encore. Les autorités étatiques doivent s’arranger pour éviter cela et, un peu plus tard, aller carrément vers la reconstruction, explique Rosy Auguste Ducéna.

"Tout de suite après 2010, une invitation a été lancée à la population de reconstruire selon des normes parasismiques. Mais par la suite, tous les travaux sont restés dans les tiroirs. Il n’y a pas eu vraiment de sensibilisation. Au fur et à mesure, les personnes qui ne pouvaient plus attendre, sous les tentes, l’intervention étatique, ont fini par retourner dans les maisons. Et malheureusement, puisqu’il y avait à l’époque beaucoup de problèmes économiques […], il y a eu beaucoup de cas de rafistolage des maisons. Et aujourd’hui, Port-au-Prince, est dans un aussi mauvais état qu’avant 2010. Ce qui nous fait d’ailleurs craindre n’importe quel séisme. On risquerait d’avoir les mêmes dégâts, les mêmes pertes humaines et matérielles."

Comment aider depuis la Belgique ?

La Direction de Protection civile a recommandé que l’aide passe par son intermédiaire, elle utilisera les structures qui sont sur le terrain.

"C’est une bonne chose, observe Rosy Auguste Ducéna, mais je conseille à tous de ne pas simplement donner l’aide, mais d’aider les personnes qui sont sur le terrain à utiliser les mécanismes, comme Sphère ou HAP, pour exiger que les personnes directement impliquées dans la distribution soient redevables par rapport à cette distribution. C’est la seule façon de 'pister' l’aide en tant que telle et de nous assurer qu’elle atteigne vraiment les personnes qui en ont besoin."

Ecoutez Rosy Auguste Ducéna ici

Invitée : Rosy Auguste Ducéna, avocate et miliante haïtienne pour les droits humains

Aide humanitaire en Haïti : comment éviter les erreurs faites en 2010

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