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Ahmadreza Djalali, professeur iranien de la VUB condamné à mort, sert-il de monnaie de change du régime iranien?

Ahmadreza Djalali, professeur iranien de la VUB condamné à mort, sert-il de monnaie de change du régime iranien?
28 nov. 2020 à 06:003 min
Par A.T.

Le scientifique iranien et professeur invité à la Vrije Universiteit Brussel (VUB) Ahmadreza Djalali a été placé en isolement et risque d’être exécuté, prévenait mardi son collègue et urgentiste à l’UZ Brussel Gerlant Van Berlaer. Une annonce qui tombe juste avant le début du procès contre un couple iranien qui avait tenté de perpétrer un attentat en Belgique lors d'un événement de l'opposition iranienne à Paris. Le régime de Téhéran utiliserait-il le professeur condamné comme monnaie d'échange pour faire pression sur la justice belge? C'est en tout cas ce que pense Tom Sauer, professeur en politiques internationales à l'Université d'Anvers.

Le professeur irano-suédois invité à la VUB Ahmadreza Djalali est incarcéré en Iran depuis avril 2016, accusé d’espionnage et de la mort de deux experts en nucléaire iraniens. Il a été condamné à la peine capitale à l’issue d’un simulacre de procès selon les organisations de défense des droits humains. De nombreux efforts internationaux en faveur de sa libération, y compris une déclaration des Nations Unies, ont échoué jusqu’à présent. 

Dernière étape avant l'exécution

Alors que peu d'informations circulaient sur l'état de santé du professeur emprisonné depuis de nombreux mois, on a appris il y a quelques jours que sa situation se dégrade: l'épouse de M. Djalali, Vida Mehrannia, a reçu un coup de fil inquiétant mardi matin, selon M. Van Berlaer. Son mari, en pleurs, lui aurait fait ses adieux. Il a expliqué qu’il allait être placé en isolement dans une prison de la ville de Karaj, ce qui est souvent considéré comme la dernière étape avant l’exécution d’un prisonnier.


►►► À lire aussi: Ahmadreza Djalali, professeur de la VUB condamné à mort, placé en isolement, dernière étape avant une exécution


Cette annonce est tombée juste avant le début du procès contre un couple iranien qui avait tenté de perpétrer un attentat en Belgique lors d'un événement de l'opposition iranienne à Paris. Rappel des faits: en juillet 2018, la Belgique a déjoué un attentat qui devait être commis en France, grâce à la collaboration entre le parquet fédéral, la Sûreté de l'Etat, la police judiciaire fédérale d'Anvers et les autorités judiciaires françaises et allemandes. Un couple d'Iraniens a été arrêté à bord de son véhicule Mercedes par unités spéciales à Woluwé-Saint-Pierre dans le quartier de Stockel ce samedi. La police a retrouvé dans leur voiture du matériel pour fabriquer une bombe, comprenant 500g d'explosif TATP et un détonateur, "dissimulé dans une trousse de toilette".

Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif avait alors expliqué sur Twitter que le projet d'attentat déjoué contre un rassemblement d'opposition iranien près de Paris relevait d'un "stratagème" visant à nuire à la République islamique d'Iran.

20 ans requis 

Ce vendredi, le parquet fédéral s'est prononcé sur cette affaire. Il a requis devant le tribunal correctionnel d’Anvers 20 ans de prison pour Assadollah A. et des peines allant jusqu’à 18 ans et la déchéance de la nationalité belge pour les trois autres prévenus, poursuivis pour leur projet d’attentat contre un rassemblement de l’opposition iranienne en France en 2018.


►►► À lire aussi: Procès à Anvers de l'attentat déjoué contre l'opposition iranienne : 20 ans requis contre Assadollah A.


Tom Sauer, professeur en politiques internationales à l'Université d'Anvers explique à la VRT que ce n'est peut-être pas un hasard d'avoir eu des nouvelles négatives d'Ahmadreza Djalali juste avant le procès : "Pendant longtemps, l'affaire Djalali n'a pas progressé et, d'un coup, l'affaire avance quand le procès contre quatre Iraniens commence dans notre pays",. "Nous devons être prudents avec de telles déclarations, mais cela pourrait être un signal de l'Iran à notre pays : "Attention, nous retenons ici quelqu'un qui pourrait vous intéresser. Nous avons une sorte de monnaie de change, assurez-vous de ne pas punir trop sévèrement nos quatre compatriotes"."

Ce ne serait pas la première fois que l'Iran proposerait un tel échange pour ramener ses propres compatriotes, assure Tom Sauer : "Cette semaine encore, la chercheuse universitaire australo-britannique Kylie Moore-Gilbert a été libérée contre trois prisonniers iraniens. Ce n'est pas seulement typique de l'Iran, mais c'est arrivé plusieurs fois cette année."

Soutien à la libération du scientifique

Coïncidence ou pas, le scientifique irano-suédois aurait perdu plus de 20 kilos, résultat de 4,5 ans de privation de liberté dans la prison d'Evin, près de la capitale iranienne Téhéran. En Belgique, des étudiants de la VUB ont organisé vendredi une action devant l’ambassade d’Iran à Bruxelles pour protester contre l’exécution imminente. Les cinq universités flamandes ont également appelé les autorités régionales, fédérales et européennes à exercer une "pression maximale" sur l’Iran.

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